UN CENTRE DE CULTURE TECHNIQUE ET INDUSTRIELLE A BOGNY-SUR-MEUSE (ARDENNES)
Par René Colinet, lycée Verlaine, Rethel.
UN MUSEE SUR LE TRAVAIL DES METAUX EN PREFIGURATION
Les activités de la transformation des métaux ont engendré en Ardenne du Nord une identité collective forte dont les éléments les plus lointains datent du XVIème siècle au moins. Mais la restructuration a montré, depuis 1973, la vulnérabilité de cette "rue usinière" mosane, du pays d'Yvois à GIVET. Aussi fut bien venue la création, en 1986, d'A. T. I. M. A. (Association Traditions et Innovations Métallurgiques Ardennaises) sous l'égide de la Mission à l'Ethnologie Régionale. Des hommes de bonne volonté -travailleurs des métaux, chefs d'entreprise, élus et chercheurs -se regroupaient entre Meuse, Goutelle et Semoy pour sauver un passé industriel en péril, faire valoir les atouts trop ignorés du présent et éclairer autant que faire se peut l'avenir. Le Centre sur la métallurgie sis à Bogny (quartier de Levrezy), à moins d'une vingtaine de kilomètres en aval de Charleville, résulte de cette prise de conscience collective.
Ouvert en 1988, il a trouvé sa place dans un atelier module (300 m2) de l'ancienne Manufacture Ardennaise fondée par E. Despas, ingénieur des Arts et Métiers, en 1884. Face à une cité ouvrière dont il ne reste que quelques maisons (la Cité de Madagascar), entre voie ferrée et Meuse qui fournissait l'énergie hydraulique, cette usine désaffectée depuis 1967 offre un exemple d'une des localisations caractéristiques de cet étroit couloir d'une Meuse encaissée et aux versants colonisés par une forêt omniprésente. Jusqu'à maintenant, on y présente la boulonnerie qui fit la fortune industrielle des bourgs composant l'actuelle commune Bogny, Château-Regnault, Levrézy et Braux, et des villages de la Semoy. Grâce à des subventions publiques, ce centre de la métallurgie va s'embellir, s'agrandir de 300 m2 et pouvoir s'intéresser à d'autres secteurs : fonderie, moulage, estampage, emboutissage, usinage, forge...
UN CENTRE DE DECOUVERTE DE LA BOULONNERIE EN EVOLUTION
A juste titre, on expose une "boutique", c'est-à-dire une forge familiale où l'on fabriquait des clous, de la quincaillerie... pour les demandes de commanditaires, les "facteurs" établis à Charleville. Mais l'installation de "mécaniques" à partir de la seconde moitié des années 1820 contribua au déclin de cette activité nourricière de la population du massif forestier et schisteux. Sans ce terreau proto-indutriel (les hommes et leur savoir-faire), la boulonnerie n'aurait pu se développer et assurer une exceptionnelle croissance usinière (1820-60). Bogny en est l'exemple parfait : 1300 cloutiers en 1817 ; 57 cloutiers et plus de 1900 boulonniers en 1887.
Comme le montre le plan d'exposition, on y présente des machines de fabrication locale -les savoir-faire, les produits d'hier à aujourd'hui. Le visiteur bénéficie de l'aide de nombreux descriptifs près des machines, de bornes audio (reportages techniques, témoignages sur les vécus), de montages de diapositives, de vidéos. A cela s'ajoutent un fonds d'archives (papiers d'entreprises, catalogues de produits, extraits d'écrivains et d'historiens), des objets divers liés à la vie interne des usines, des cartes postales, des photographies. Bien sûr, on met en parallèle le patronat local d'origine en majorité "cloutière" -les Marcadet, les Despas, les Bivoit, les Mernier ; surtout les Maré, Joseph et Gérard de la "Grosse Boutique" qui se hissèrent au rang de l'establishment industriel-, et le monde ouvrier caractérisé par une importante endotechnie familiale. Les premiers vivaient dans des "château", les seconds logeaient dans des corons comme celui dit "L'Echelle". Les actes paternalistes ne peuvent effacer la dureté de la vie ouvrière, ni les conditions pénibles de ces métiers. Comment ne pas rappeler la longue grève à la "Grosse Boutique" en 1885 et la figure emblématique de J. B. Clément ?
A la fin de la visite, grâce au dépliant "Rubrique et Grosse Boutique", chacun peut partir à la découverte du passé et du présent par les rues de cette agglomération dominée par le haut-lieu des "Quatre Fils Aymon".
QUELLE UTILITE POUR LES ENSEIGNANTS DE L'ARDENNE DU NORD ?
Actuellement, le centre culturel de Bogny vise les enseignants et le public scolaire de l'Ardenne du Nord. Son utilisation souffre de sa période d'ouverture limitée de juin à fin septembre.
Quoi qu'il en soit, en s'appuyant sur une riche documentation, les enseignants peuvent construire plusieurs thèmes en fonction de la classe et des centres d'intérêts retenus : de la proto-industrie à la première industrialisation ; la boulonnerie : une activité de reconversion dans le premier XIXème siècle ; l'évolution des techniques et des savoir-faire dans un secteur métallurgique sur la longue durée - la formation d'un patronat ; genèse et évolution de la classe ouvrière ; les rapports entre les patrons et les ouvriers dans les usines et les bourgs ; découverte et lecture d'un paysage urbain et usinier en devenir ; à partir du cas de Bogny, recherche de l'originalité du modèle mosan d'industrialisation...
INDICATIONS DOCUMENTAIRES ET RENSEIGNEMENTS PRATIQUES
- BIGORGNE D. "J. B. CLEMENT" - 1985 Editions Terres Ardennaises
- COLINET R. "Métallurgie Ardennaise" - 1989, Editions Guéniot
- COLINET R. "Les Maré, Joseph et Gérard : généalogies patronales" in Revue Historique Ardennaise T XXVI 1991
- "Métallurgie - Travail des métaux/Meuse, Semoy, Goutelle" ATIMA 1990, Editions Guéniot
S'adresser:
- à la Mission à l'Ethnologie ... 4 place G. Braque 51100 REIMS Tél.26 060174
- à la Mairie de Bogny sur Meuse Tél. 24 32 13 16
- au Bureau de Tourisme - rue de la Vallée - Bogny sur Meuse
Tél.24 32 11 99 Quartier de Levrezy
Accès:
- route : Charleville à Bogny par Nouzonville
- train : ligne Charleville - Givet.
© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. N°5, 1992.