REFLEXIONS SUR LE PATRIMOINE

 

Par Mireille Conia,  LP Le Haut du Val, Chaumont.

 

 

Depuis plusieurs sessions, des actions de formation continue ont été conduites dans le cadre du Plan Académique de Formation afin de réfléchir sur les ouvertures qu'offre la notion de Patrimoine et il nous est apparu intéressant de nous en faire ici l'écho.

L'intégration du patrimoine dans la progression pédagogique vise à une mise en oeuvre dynamique des programmes scolaires. La spécificité de cette notion facilite l'acquisition de connaissances et la maîtrise de savoir-faire par l'application de principes pédagogiques de méthodologie: observation, recherche documentaire, analyse, synthèse.

Le terme de patrimoine définit en fait vaguement tous les biens ou trésors du passé, mêlant et entrelaçant faits religieux, faits historiques, prise de conscience du fait national et démarche scientifique par le biais d'une reconnaissance administrative. Par conséquent, la première phase de réflexion oblige à préciser le sens de ce terme en fonction de l'objectif à envisager. Monsieur le Professeur PELTRE, Professeur Emérite, Directeur du Laboratoire de Géographie Humaine de l'Université de Nancy 11, intervenant dans le cadre du stage de 1992, a montré les incidences que sous-entend l'évolution de cette conception quant à ses applications théoriques et pratiques, introduisant par là-même les éléments d'un débat.

Cette question semble, du reste, de tout temps d'actualité. En effet, dans une civilisation chrétienne, l'idée de patrimoine culturel prend ses racines dans le concept de l'héritage sacré de la Foi. L'Eglise le reconnaît elle-même, dans le culte des reliques mais l'exprime réellement dans l'architecture d'où une certaine confusion entre patrimoine et fait religieux. Dès lors, les églises, les abbayes vont susciter une double analyse: illustration de techniques expérimentées, puis maîtrisées dans plusieurs domaines dont l'économique, étape politique évidente compte tenu de leur rayonnement historique au Moyen Age, continuité entre l'Antiquité et la naissance d'un monde nouveau qui va perpétuer ces valeurs en en donnant une nouvelle lecture.

Cette approche va dorénavant s'appuyer sur les principes de la construction monarchique. Aux archives et bibliothèques ecclésiastiques, vont s'adjoindre celles constituées par les rois et les princes. La création en

1537 par lettres patentes du dépôt des imprimés fait obligation à tous les imprimeurs de déposer un exemplaire de chaque ouvrage entre les mains du Bibliothécaire du Roi ce qui constituera l'embryon de la future Bibliothèque Nationale ainsi que du Dépôt Légal. Cette volonté de vouloir assurer une légitimité passe également par un certain renouvellement. N'est-ce-pas selon cette façon de voir que nombre de forteresses ont été démolies pour laisser la place à des châteaux de séjour agréable de style Renaissance, vision concrète de la politique culturelle engagée au départ par François ler? Dès lors, on peut craindre que s'impose durablement une idée d'effacement mais même pendant la période révolutionnaire, l'instruction de l'An Il sur la manière d'inventorier et de conserver ... ainsi que la démarche de Lenoir qui donnera naissance au Musée des Monuments Français, révèlent au contraire un changement des mentalités, mettant en lumière le lien et la relation qui existent entre patrimoine et culture. Suivant les époques, l'une ou l'autre de ces approches parait privilégiée, Ainsi, à l'heure actuelle, l'accent est mis sur le patrimoine industriel. La publication par les Cahiers Haut-Marnais des travaux d'un stage du PAF 1991 sur la métallurgie haut-marnaise fait mieux comprendre la compétition née de la révolution industrielle et peut servir de fil conducteur pour appréhender l'impact des techniques face aux défis économiques. Par conséquent, cette notion de patrimoine illustre bien les changements des temps et l'action des hommes et ne sont-ce pas les fondements de l'histoire etde la géographie?

Ainsi, la notion d'espace justifie interrogations et réflexion. Le paysage traduit lui aussi outre des données géographiques de situation, des indications non négligeables sur les structures agraires et les incidences de l'évolution des techniques agricoles, Les recherches engagées dans ce domaine paraissent éclairer sous un aspect différent les transformations du monde rural. En effet, le parcellaire indique soit les cultures pratiquées soit les pratiques utilisées. Ceci permet à la fois une lecture historique et géographique dans la liaison environnement et habitat. Nous avons pu nous en rendre compte lors de notre étude sur l'environnement et le village de Neuilly l'Evêque lors du stage PAF 1992.

La diversité de cette notion de patrimoine invite et incite les enseignants à susciter des échanges basés sur une réflexion personnalisée et stimulée grâce à une meilleure motivation des élèves. En s'appuyant sur l'histoire locale, cet objectif, intéresser les jeunes à leur environnement pour les amener à élaborer des réflexions personnelles, peuts'avérer particulièrement utile et formateur. Cela implique la connaissance par l'enseignant du potentiel local. Les atouts du terrain à savoir l'approche du patrimoine monumental, des sources d'archives, les fonds des bibliothèques qui comportent souvent plans, gravures, estampes, portraits, miniatures ou affiches sont des documents qui peuvent permettre d'élaborer des leçons. Ces possibilités ont servi de base à une recherche engagée par une équipe d'enseignants aubois animée par Jean-Louis Humbert, concernant l'exploitation du patrimoine monumental de la ville de Troyes. Il sera fort intéressant de lire le résultat de leurs investigations, d'utiliser comme document de travail les parcours thé(ratiques et les questionnaires réalisés en les adaptant à d'autres situations ou lieux.

Dans le même esprit, mais avec un objectif quelque peu différent, Roger Petitpierre et Daniel Badoinot du Collège de Nogent en Bassigny (Haute-Marne), confrontés au problème de l'échec scolaire, ont cherché à développer chez leurs élèves un intérêt pour leurs études et ont choisi de s'appuyer sur cette notion de patrimoine. A partir d'un thème suivi tout au long de l'année à l'exemple des chemins de Compostelle ou les Camisards, susceptible d'introduire une pratique interdisciplinaire, sont entreprises diverses actions: acquisition de connaissances par le biais du français, de l'histoire, de la géographie, maîtrise de techniques grâce au dessin et pour la préparation du voyage final, l'utilisation d'un savoir mathématique. Les résultats, après deux années d'expérience, s'avèrent très positifs. Les élèves ont développé leur sens de l'observation, ont retrouvé une confiance dans leurs possibilités, résultat d'un travail en commun, et un intérêt pour leurs productions. Il est évident que concrétiser le travail par une visite des sites étudiés comporte un élément de stimulation non négligeable pour une classe d'effectif relativement réduit et d'élèves de niveau faible voire très faible avec une motivation très diversifiée.

Par certains aspects, les actions entreprises peuvent s'apparenter à des activités de PAE. Du reste, elles sont souvent complémentaires, les unes enrichissant les autres, notamment au plan financier, ce qui est à considérer compte tenu des moyens à engager.

Autre aide à solliciter: celle que peuvent apporter les sociétés savantes. Si on s'appuie sur l'exemple haut-marnais, ces associations assurent souvent des publications: les Cahiers Haut-Marnais paraissent par numéros trimestriels ou spéciaux. Il est possible de se les procurer soit à l'exemplaire soit par abonnement en s'adressant aux Archives Départementales de Haute-Marne. La Société Historique et Archéologique de Langres, Rue P. Durand à Langres, regroupe des études soit sous forme de mémoires ou d'articles publiés trimestriellmeent en recueils. Dans le cas de ces deux revues, des index thématiques ont été publiés afin de faciliter les recherches. La Société des Gens de Lettres de Saint-Dizier édite également des mémoires à partir de thèmes particuliers. Pour avoir des renseignements, vous pouvez prendre contact avec notre collègue du Lycée Saint-Exupéry de Saint-Dizier, Jean Claude Ducourtioux, l'un des responsables de cette association.

Autre ressource: l'aide institutionnelle des services éducatifs des musées et des archives.

Il est souvent souhaitable de s'intéresser à des associations à visée plus culturelle comme la Société des Sciences Naturelles de HauteMarne qui a une section d'archéologie. Les travaux en sont régulièrement publiés dans le bulletin, contributions très utiles pour l'étude de la Préhistoire et de l'Antiquité. Cette société a son siège à la Maison des Associations, Avenue Carnot à Chaumont.

Mon propos n'a comme prétention que de jeter quelques pistes de réflexion valables à tous niveaux: collèges, lycées, L.P., faire part de quelques expériences vécues et vous montrer une voie tracée que vous avez tout loisir d'élargir.

 

© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. N°5, 1992.