SENSIBILISATION DES ELEVES AU PATRIMOINE LOCAL ET EUROPEEN
Par Geneviève Douay, Professeur danglais au collège de Guise.
Le Lycée Professionnel de Guise a projeté cette année une action visant à revaloriser dans l'esprit de ses élèves le patrimoine qu'ils cotoient quotidiennement et dont ils ignorent la valeur.
GUISE est une petite ville de 6000 habitants située aux portes de la Thiérache dans laquelle, il y a un siècle, s'est installé un chef d'entreprise, Jean-Baptiste Godin (appareils de chauffage en fonte). Sa réussite industrielle fulgurante permit à celui-ci de concrétiser ses idées, très en avance sur son époque. S'inspirant des philosophes utopiques, Godin réalisa près de son usine une cité ouvrière avant-gardiste: le Familistère ou Palais Social, mettant à la portée de chacun "les équivalents de la richesse" et abritant 1500 personnes.
Les familles ouvrières jouissaient non seulement d'un logement salubre et très moderne pour l'époque, mais aussi de magasins coopératifs, d'un lavoir, d'un pouponnat, d'écoles, d'un théâtre, d'une bibliothèque, d'un jardin d'agrément, d'un kiosque et même d'une piscine. L'idée générale de Godin était que l'homme, une fois détaché de ses problèmes matériels, pourrait améliorer sa condition intellectuelle et ainsi devenir meilleur. Son système, essentiellement basé sur l'éducation, mais aussi améliorant la condition ouvrière et celle de la femme, débouchant sur l'autogestion, ses idées internationalistes, ne peuvent que laisser rêveur l'homme du XXème siècle. Malgré de nombreuses difficultés, ce précurseur de génie aux multiples facettes réalisa une oeuvre grandiose et pourtant méconnue.
Qu'en reste-t-il aujourd'hui? Une usine qui produit toujours et qui a été rachetée, et un ensemble architectural très original, classé depuis peu monument historique, mais en très mauvais état.
Il est donc important que ce site unique soit réhabilité dans l'esprit des jeunes Guisards.
ler objectif : les familiariser avec le contexte de la Révolution Industrielle, le personnage de Godin et le site lui-même. Cette première étape a été réalisée en collaboration avec l'équipe pédagogique et le concours d'intervenants extérieurs lors du premier et second trimestre et divers moyens ont été mis en oeuvre: visites de musées, conférence, projection de films et visite détaillée du site lui-même
Le second objectif était de montrer aux élèves un autre site comportant beaucoup de similitudes avec celui du Familistère, mais celui-là rénové et exploité pour la recherche et le tourisme: celui de New-Lanark, en Ecosse, oeuvre des industriels Dale et Owen. La première difficulté de taille était financière, les élèves de lycée professionnel étant souvent issus de milieu très défavorisés. Ils ont donc dû s'investir dans diverses activités consistant à trouver les fonds nécessaires : stand à la braderie, ventes de petits pains, friandises, posters, tombola, etc., démarches auprès des mairies, entreprises, ce qui a permis de les responsabiliser.
Le coût par participant au départ de 1400 Francs a pu être réduit à 1000 Francs, le fond d'aide aux lycéens finançant les plus démunis d'entre eux et deux places gratuites étant réservées aux plus méritants. Un groupe de lycéens, en collaboration avec les enseignants responsables se chargea d'établir le programme: visite de Beamish, près de Newcastle, de New-Lanark, d'Edimbourg et des Trossachs. Grâce à la perspective du voyage, leur intérêt pour l'enseignement de l'anglais s'en trouva accru !
50 élèves et 4 accompagnateurs se sont donc rendus en Ecosse du 12 au 18 avril. Tous étaient hébergés en familles d'accueil près de Stirling. Le bilan du séjour a été très positif : de très nombreux adolescents qui n'avaient jamais voyagé ont découvert un pays étranger, une autre façon de vivre. Il leur a permis de mettre en pratique leurs connaissances en anglais dont l'enseignement leur avait paru abstrait jusque là. Une cohésion s'est établie au sein du groupe qui a rapidement effacé toute tendance à l'individualisme et leur a permis de nouer entre eux des relations privilégiées, ainsi qu'avec leurs enseignants. De plus, force leur a été de constater que la rénovation du site de New-Lanark est une réussite originale et passionnante et qu'un site tel que celui du Familistère peut intéresser de nombreux visiteurs et mérite une véritable réhabilitation.
Stages et examens n'ont pas permis une sérieuse exploitation du voyage au cours du dernier trimestre. Mais un troisième objectif reste à atteindre: nous envisageons de mettre sur pied une exposition dans le courant du premier trimestre 92-93 mettant en parallèle les deux sites Familistère-New-Lanark. Ce travail s'effectuera en cours d'anglais (exploitation des documents rapportés de New-Lanark), en français et en histoire avec la collaboration de la documentaliste (synthèse des documents et élaboration de textes accompagnant le reportage photo), en dessin d'art (maquette des panneaux) et en bureautique (mise en page des divers textes explicatifs).
Le bilan de cette action a été jusqu'à présent positif, mais il faut tout de même signaler qu'un travail en profondeur n'a pu être réalisé, compte tenu des contingences horaires et de programme. La mise en place de l'exposition posera quelques problèmes, puisqu'il faudra remotiver les élèves, et que parmi les participants au voyage, nombreux sont ceux qui auront quittés l'établissement puisqu'ils étaient en fin de cycle. Si nous parvenons à maintenir l'intérêt de ces jeunes vis à vis de leur patrimoine, nous pourrions peut-être envisager une participation du lycée à la rénovation du site du Familistère, et peut-être à son animation future.
© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. N°6, 1993.