HUMEUR

 

Les lectures successives des bulletins destinés aux enseignants d'histoire-géographie de l'Académie de Reims m'ont amené à quelques réflexions, voire à quelques critiques.
D'abord, j'apprécie que le BLPHG existe. La volonté de créer un lien entre nous me paraît une idée positive. Notre métier est suffisamment cloisonné pour qu'on évite de se refermer sur soi-même.

Un Bulletin, très bien ! mais quoi dire, quoi écrire ? J'ai parfois été surpris par quelques articles : tantôt par leur qualité, tantôt par leur platitude. Le Bulletin peut-être, doit être une tribune où se rencontrent des idées, où s'échangent des sensations, où se révèlent des difficultés. Mais pas une énumération des certitudes.

Je ne vois guère d'intérêt à ce que tel ou tel collègue raconte sa sortie pédagogique, sauf à prévenir les lecteurs des obstacles rencontrés. Chacun sait bien ce qu'on peut faire et voir à Verdun. On sait un peu moins que la courbe des visites a considérablement augmenté depuis une dizaine d'années. Notamment en octobre-novembre. Ce qui a pour résultat de voir les groupes conduits par un guide local avoir priorité pour les visites. D'où un handicap pour les groupes "libres".
Il est également préférable de connaître les relations entre l'office de tourisme de Verdun et le conservateur du Mémorial de Fleury. Enfin, il n'y a plus de baïonnettes à la tranchée des baïonnettes.
Ceci n'est qu'un exemple. De même j'ai été impressionné par ce collègue capable de " trancher " son cours avec une rigueur apparemment implacable :12 mn pour tel exercice, 15 mn ou je ne sais plus combien pour tel autre. Peut-être d'ailleurs que ça marche très bien. Mais ça me paraît laisser peu de place à l'inspiration de l'enseignant, à la respiration des enseignés. Que cette méthode soit présentée comme un exemple, chacun la sienne. Mais je ne la veux point pour modèle.

J'arrête là de jouer les iconoclastes. A la lecture de chaque numéro, il ressort que tout va bien, qu'il n'y a de problèmes pour personne. Or cette image ne correspond pas à celle qu'on peut avoir dans une salle de professeurs où par les confidences de quelques collègues plus familiers. Ca ne correspond pas toujours non plus à ce qu'en disent les élèves.

Le Bulletin est encore jeune et avant qu'il ne dérive vers une brochure lénifiante où tout le monde serait beau et gentil, je crois qu'il faut veiller à le maintenir très ouvert, ouvert à toutes les idées, à tous. Oui, je sais, il n'est écrit nulle part qu'il n'est pas ouvert. On y fait même appel aux bonnes volontés.

Mais peut-être faut-il faire autre chose qu'attendre que viennent des articles, des propositions. Il faut aller les susciter, faire réagir les collègues, proposer des débats (les sujets ne manquent pas) quitte à ce qu'on se frictionne les stylos. Prendre la plume et dire ce qu'on pense est une démarche que tout le monde ne fait pas volontiers, pourtant nos différences peuvent faire notre richesse, à condition de faire l'effort de les exprimer, à condition de ne pas avoir de complexe à penser autrement.

Pour des tas de raisons, enseigner l'histoire-géographie (comme enseigner tout court )n'est pas facile pour certains d'entre nous. Etaler nos satisfactions va bien un moment, mais doit-on négliger ceux qui vivent la galère ? Eux aussi, eux surtout, devraient pouvoir s'exprimer sans complexes, sans culpabilité. A nous tous de créer l'atmosphère propice à la franchise et à la sincérité. Tout le monde a à y gagner. Et sur le plan intellectuel, il y a quelque chose d'indécent à laisser cohabiter les difficultés avec l'aisance. Ca fait " Tiers-Monde ".

Il est possible que ces quelques lignes déplaisent agacent. Peu importe, je n'écris pas pour plaire. Mais si cela peut contribuer à ce que notre Bulletin ne soit pas seulement une addition d'articles pontifiants et autoflatteurs, ce ne sera pas si mal.

J.C STEIB

Lycée Camille Claudel

Troyes

 

© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. N°6, 1993.