LA PROPAGANDE A L'ÉCOLE
DE 1914 à 1918 *Par Christian Peureux, Lycée Diderot, Langres.
Introduction : Rôle attribué à l'école dans le conflit
L'école doit être la grande inspiratrice du "sens national" autour de laquelle se rassemblent toutes les forces du pays qui ne contribuent pas directement à la défense du territoire. On espère par l'intermédiaire de l'école, atteindre l'ensemble des foyers français et leur insuffler ainsi la flamme du dévouement et du sacrifice total à la patrie.
Les pouvoirs publics ont très bien su discerner tout le parti que l'on pouvait tirer de cette influence et ils se sont efforcés, à travers l'école, d'unir plus étroitement la nation et de la mettre en état de supporter l'une des plus terribles épreuves de son histoire.
Première partie: L'école et la mobilisation de la haine contre l'ennemi
Susciter la haine pour l'ennemi auprès de ses nationaux apparaît au gouvernement comme une tâche importante, mais on pourrait presque dire qu'en août 1914, elle semble superflue. En effet, "l'union sacrée" a montré que l'ensemble de la nation avait répondu pratiquement sans résistance à l'appel aux armes et l'on peut penser que les sentiments germanophobes ne furent pas difficiles à réveiller si l'on considère le climat de tension qui régnait entre les deux pays depuis déjà plusieurs années.
Cet enseignement de l'histoire de la guerre se voit enrichi par l'édition d'affiches, émanant d'un service de la propagande du Ministère de l'instruction Publique. L'une de celles-ci est consacrée aux buts de guerre de l'Allemagne.
L'union amicale d'Enseignement par l'image patriotique se donne pour tâche de fournir aux établissements scolaires des collections de diverse nature: bons points et autres récompenses, cartes postales, images murales.
Témoignages sur cette propagande exposant les atrocités de l'ennemi, deux dessins de Poulbot, présentés en images scolaires et conservés au musée d'Histoire et de l'Education.
Deuxième partie : L'école foyer national
L'école, par l'intermédiaire des enfants, devait être en contact permanent avec les familles et assurer ainsi, en cette période de crise, le maintien et l'affermissement de la confiance.
Elle avait également pour rôle de rassembler les énergies et de les engager dans la voie de réalisations au service de la communauté nationale, la participation de tous à l'effort de guerre se faisant de plus en plus impérieusement sentir, à mesure que le conflit se prolongeait.
Propagande pour l'emprunt
C'est certainement à l'occasion des quatre emprunts de guerre que la propagande à l'école va se faire la plus intensive. Parallèlement à l'émission des "bons du Trésor" et des "bons de la Défense Nationale", l'emprunt va jouer un rôle prépondérant pendant la guerre de 1914-1918. Et c'est en partie grâce à l'influence de l'école sur les familles, qu'il connaîtra un vif succès,
La campagne de propagande pour l'emprunt se situe dans le cadre d'une action plus vaste, menée dès le début de la guerre, en faveur d'une restriction de la consommation en général, destinée à favoriser les productions directement nécessaires à la lutte. Et l'on va souvent faire appel à l'école pour promouvoir dans la Nation le sens de l'économie.
Participation aux travaux agricoles
C'est surtout au cours des deux dernières années de guerre qu'un effort va être tenté dans le pays pour accroître la production agricole. En effet, à mesure que le conflit se prolongeait, il apparaissait de plus en plus nécessaire de garder les ressources financières pour acheter le matériel directement utile aux combattants, et pour cela, le pays devait se suffire à lui-même sur le plan des denrées alimentaires.
On va s'efforcer d'associer l'école à cette entreprise, soit en faisant, une fois encore, le porte-parole des espoirs gouvernementaux , soit en mobilisant directement les écoliers pour la production agricole.
Troisième partie : L'école et la propagande vers l'extérieur
Ayant mobilisé la haine contre l'ennemi et travaillé à maintenir dans le pays un moral élevé et une volonté tenace de combattre pour la victoire, le gouvernement de la métropole devait également mener une propagande vers ses territoires d'Outre-Mer afin de marquer "leur communauté de destin et de sacrifice", une propagande de sympathie et d'amitié auprès de ses alliés et enfin une propagande vers les neutres.
C'est surtout vers l'empire et les alliés que les éducateurs vont être invités à diriger l'attention des élèves; une fois encore, on espère ainsi accroître la cohésion nationale et hâter la victoire du camp des "alliés" en renforçant leur union.
Témoignage de cette propagande, une Affiche scolaire éditée par le "service de la propagande du Ministère de l'instruction Publique" en 1918 et qui rend un vibrant hommage "aux milliers de volontaires indigènes qui ont combattu pour la France bien-aimée" et souligne le précieux apport en denrées de toutes sortes fourni par les possessions d'Afrique, d'Asie, d'Amérique, d'Océanie.
CONCLUSION: Perspectives d'avenir
Les méthodes de propagande moderne dont la première guerre mondiale voit l'apparition vont connaître un développement considérable dans la période suivante au point de devenir un facteur déterminant du second conflit mondial. Elles ont montré leur efficacité dans l'instauration et l'affermissement des régimes fascistes et totalitaires.
Si la propagande est, en certaines circonstances exceptionnelles, un moyen indispensable pour assurer la survie d'une nation, elle ne doit jamais devenir une méthode de gouvernement des sociétés, sous peine d'anéantir le principe de liberté, base de toute démocratie véritable.
* à partir dun mémoire de maîtrise
© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. N°8, 1994.