patrimoine industriel GDF blphg 11 année 1997

LE PATRIMOINE INDUSTRIEL,

UN NOUVEAU TERRITOIRE PEDAGOGIQUE :

suite sur internet

 

Par Gracia Dorel-Ferré, IPR-IA, Académie de Reims.

 

A la suite de l’article paru dans le numéro précédent, à propos du patrimoine industriel, "un nouveau territoire pédagogique", le service de l’Action Culturelle du Rectorat nous a demandé de présenter le patrimoine industriel de l’Académie. Voici le texte que vous pourrez donc lire sur la page web d’Internet.

Le patrimoine industriel de Champagne-Ardenne

 

Le patrimoine de l’industrie est formé, dans une région donnée, des traces de toute nature, plus ou moins bien préservées, qui ont trait à son activité passée et présente, à son insertion dans le paysage et à sa place dans la société. En Champagne-Ardenne, ce patrimoine est particulièrement varié puisqu’il concerne, pour ne citer que les secteurs les plus importants, la métallurgie haut-marnaise et la métallurgie ardennaise, la bonneterie troyenne et la draperie sedanaise, les silos et les moulins de Champagne, le vin de Champagne, sans parler des ardoisières ardennaises et de la verrerie de l’Argonne et du Bayel...

Comment prendre conscience d’une activité parfois encore vivace, parfois disparue, et qui dans tous les cas a modelé la région, et en a fait la richesse? Comment intégrer tout ce domaine scientifique, jusqu’à présent tristement négligé, dans notre enseignement ?

1. la métallurgie haut-marnaise a une longue tradition, depuis la fin du Moyen-Age, avec la mise au point du haut-fourneau à charbon de bois qui donne une grande impulsion économique à la région, laquelle ne se démentira pas avant le XXe siècle: en 1860, la Haute-Marne était le premier département métallurgique de France. Cent ans plus tôt, les forges de la région avaient servi de modèle pour les planches de l’Encyclopédie consacrées à l’art du fer.

Des vestiges importants de la splendeur passée demeurent à Joinville et dans la vallée de la Blaise (Haut-fourneau de Dommartin). L’essentiel de l’activité est aujourd’hui concentrée à Saint-Dizier, qui a vu son extension grâce à la métalllurgie, au siècle dernier, avec la création de ses faubourgs de La Noue, Clos-Mortier et Marnaval.

L’équipe d’enseignants qui travaille sur ce patrimoine est formée de Marie-José Anikinow, collège de La Noue, de Philippe Delorme et Colette Marchal, collège Clos-Mortier et d’Anne-Lise Pleux et Emmanuel Thiry, au lycée Saint-Exupéry, tous établissements de Saint-Dizier. Leurs travaux sur l’approche pédagogique du patrimoine industriel sont en cours de publication au CDDP de la Haute-Marne. Ils poursuivent leur réflexion sur le paysage industriel et son évolution. Sur ce thème, Philippe Delorme a déjà publié, dans le cadre d’un PAE, un travail original sur la forêt et son exploitation en métallurgie, que l’on peut acquérir au collège Clos-Mortier.

2. La métallurgie ardennaise couvre des domaines très vastes puisqu’elle concerne la fabrication, dans des structures de production variées, qui vont de la "boutique" à l’usine, de pièces pour véhicules jusqu’aux clous et boulons qui ont fait sa notoriété. Aussi le paysage qui en résulte est lui-même d’une extrême originalité. Sauf quelques cas, il mêle ouvriers et patrons, petites maisonnettes, coopératives et maisons de maîtres, ateliers et usines.

Deux enseignants, qui font partie de l’équipe "Patrimoine-Ardennes", se sont spécialisés dans son étude: Didier Bigorgne, au collège de Monthermé et René Colinet, au lycée de Rethel. Le premier est connu pour ses travaux scientifiques sur la vie ouvrière, le second, spécialiste d’histoire métallurgique, s’est signalé récemment pour son action en faveur du sauvetage du "Château Marcadet", à Bogny sur Meuse, une coquette villa du début du siècle avec une véranda aux vitraux peints d’une exceptionnelle qualité, racontant en six séquences l’activité des boulonniers en usine et en boutique.

 

3. La bonneterie troyenne n’a plus la même ampleur que par le passé, tant s’en faut, mais elle a profondément imprimé sa marque sur la ville et ses faubourgs immédiats, en particulier celui de Sainte-Savine. Plusieurs ressources sont utilisables pour prendre conscience de ce patrimoine: d’abord le musée de la bonneterie, qui bien que petit, est assez suggestif : machines, produits, reconstitution d’un intérieur proto-industriel; ensuite la ville elle-même qui offre un patrimoine bâti d’une grande variété: ateliers et usines, petites maisons ouvrières, maisons de maîtres, "villas" c’est-à-dire petits lotissements pavillonnaires de la fin du siècle dernier. A contacter: Jean-Paul Hauty, collège Albert Camus, à La Chapelle Saint-Luc, pour le musée, Jean-Louis Humbert, collège Sainte Savine, pour les itinéraires urbains, Xavier Claverie, aux Archives Départementales pour les maisons patronales. En vente au CDDP de l’Aube un important dossier pédagogique "Le patrimoine urbain dans le quotidien de la classe, l’exemple troyen", à partir des expériences proposées par Gracia Dorel-Ferré, IPR-IA.

4. Le patrimoine textile sedanais est composé essentiellement d’un patrimoine bâti, d’une qualité considérable. Il s’agit d’un ensemble de châteaux-usines des XVII et XVIIIe siècles, dont le plus remarquable est le Dijonval, une manufacture de draps du XVIIIe siècle. La draperie sedanaise a fait l’objet d’une thèse doctorale importante, par Gérard Gayot, en cours de publication conjointement aux Editions de l’Ecole des Hautes Etudes et Terres Ardennaises. Plusieurs membres de l’équipe Patrimoine-Ardennes se consacre à l’étude scientifique et pédagogique du sedanais : Anne-Marie Mansuy et Bruno Lassaux, lycée Pierre Bayle, Alain Renard, collège de Raucourt. Une partie de leurs travaux sont en cours de publication dans les Actes de l’Université d’Eté de Bazeilles de 1995 ; en outre, un stage inscrit au Plan Académique de Formation, destiné aux professeurs de collège et de lycée qui en ont fait la demande, aura lieu les 10, 11 et 12 mars 1997, animé par ces mêmes enseignants et chercheurs, au lycée Pierre Bayle.

5. Minoteries et silos marquent notre paysage agricole d’une façon si évidente que cela est dans la norme. Pourtant, il s’agit de la marque d’une mise en valeur d’une ampleur considérable. Les silos commencent tout juste à faire l’objet d’études scientifiques ; les moulins sont mieux connus, en particulier les Moulins de Nogent, d’une qualité architecturale exceptionnelle, qui devraient être transformés en musée, prochainement. A contacter, Christel Werny, collège de Nogent sur Seine qui fait une thèse sur "villes et industries dans l’Aube au XIX-XXe siècles".

6. Les maisons du Champagne n’ont pas encore fait l’objet de l’inventaire pédagogique qu’elles méritent. Or, petites maisons de vigneron et grandes maisons de Champagne appartiennent au mouvement culturel de la fin du siècle dernier et début de ce siècle, et sont de styles variés : médiéval, comme Pommery à Reims, éclectique, ou imitant les châteaux du XVIIIe siècle, ce sont des édifices souvent remarquables. Par ailleurs les archives sont abondantes et accessibles. Une opération de sensibilisation à ce patrimoine est prévue dès cette année, dans le cadre du stage de formation consacré au document, et d’une façon plus systèmatique en 1997-1998. A contacter : Marie-Thérèse Nolleau, collège de Bazancourt, qui fait une thèse sur la publicité et les techniques de communication dans le Champagne.

7. Les ardoisières des Ardennes sont en cours de mise en valeur à Rimogne et à Fumay. Elles témoignent d’une activité qui a été très importante depuis le Moyen-Age, et dont les traces qui subsistent ne sont compréhensibles que pour les regards avertis. Parmi les membres de l’équipe Patrimoine-Ardennes, Jacques Lambert, collège Jean Macé et Jean-Pierre Marby, collège de Villers-Semeuse, travaillent particulièrement ce sujet. Leurs travaux sont en cours de publication dans les Actes de l’Université d’Eté de Bazeilles de 1995.