Au lycée : géographie et environnement

Par Pierre Pech , Maître de conférences, Université Paris I.

 

 

Les relations géographie-environnement sont le fil intégrateur

 

des programmes de Seconde. Comment les aborder ?

 

 

1. Environnement, milieu et géosystème

 

 

Si l’on part de l’idée que l’homme s’est échappé de la nature dont il faisait partie au départ, on peut se demander ce qui reste des relations entre sociétés humaines et environnement.

 

1- L’environnement est une notion caméléon, tous les éléments de notre société l’utilisent.
exemples : l’environnement d’une usine, d’un tableau dans un musée, l’environnement informatique…

 

Derrière ces expressions, deux idées prévalent :

• l’environnement, c’est quelque chose qui entoure ; "ce qui me déplaît, c’est ton atmosphère" dit Jouvet à Arletty.
• l’environnement, c’est le milieu naturel.

 

2- Le milieu naturel est aussi un concept très flou.

C’est tout ce qui est sauvage, qui n’est pas le produit d’une activité humaine. Or toute la terre est anthropisée et les hommes, les sociétés humaines ne sont plus contraints par les milieux naturels, ils aménagent. Le terme naturel peut aussi être entendu comme non productiviste, avoir une connotation idéologique ; peut-être même contient-il une critique de la modernité : "la terre ne ment pas".

En fait même devant un paysage rural (exemple : Hautes-Alpes), il y a une profondeur, un substrat naturel (morphostructural, climatique…)

Enfin, un milieu naturel peut être quelque chose de très complexe.
exemples : les marais de Brouage, conquis dès le XVIème siècle sont aujourd’hui abandonnés et il y a des écologistes pour défendre le milieu actuel et empêcher sa remise en eau. Les prairies d’altitude des régions méditerranéennes (exemple: Ventoux). On pense qu’elles ont toujours existé et les troupeaux ont empêché la pousse des arbres. Mais si on laisse faire l’abandon, une hêtraie se développera, ce que condamnent certains écologistes parce que c’est plus commun qu’une prairie d’altitude.

A toutes les échelles, il faut tenir compte de l’interaction entre les sociétés humaines et le milieu dans lequel elles sont installées.

3- Le concept de géosystème prend en compte dans un espace la complexité des relations entre lithosphère, soleil, érosion, sociétés humaines… Mais il faut passer par une démarche analytique pour étudier la complexité et l’environnement ne peut être évoqué que de manière systèmique.

 

 2. les ressources

 

La notion de ressource, c’est évaluer des besoins en eau, en sources d’énergie. Il faut donc partir de la notion de consommation.

Par ailleurs, la notion de ressource évolue.
exemples : la Champagne, région riche au Xème siècle est devenue une région de savarts ; ceux-ci ont été reboisés au XIXème siècle, défrichés après 1950 pour être cultivés. Les sites métallurgiques de montagne (le plomb argentifère sur les flancs de l’Alpe d’Huez) ne sont plus aujourd’hui exploités, la ressource n’existe plus aujourd’hui.

 

Donc une ressource est rentable en fonction de besoins et de niveau de développement définissant des niveaux techniques et des coûts de transport ; exemples l’eau, le sol, la végétation, les ressources minières, touristiques…

Il existe des ressources permanentes et non-permanentes ou potentiellement renouvelables : l’air, l’eau, les plantes…

Si l’on fait intervenir le temps :

• les hydrocarbures se sont formés à l’ère secondaire,
• le charbon s’est formé au primaire,
• les métaux au primaire ou au secondaire,
• les sols ont besoin de plusieurs milliers d’années

On peut intégrer le temps de la nature au temps des sociétés humaines pour aboutir à la notion de gaspillage, à celle de préservation des ressources. Mais la notion de ressource fluctue aussi (exemple : l’uranium) et des objets de la nature peuvent avoir une valeur patrimoniale ou l’acquérir (exemple: les parcs naturels). Pour finir, il faut prendre en compte les composantes les plus variées de l’environnement, comme la beauté des paysages du massif des Aurès ou de celui du Bromo ; on peut éduquer à la beauté des paysages.

 

 3. Contraintes et risques

 

 

Ils sont à mettre en relation avec les sociétés humaines affectées par les catastrophes physiques ; exemple : étudier des risques sismiques, volcaniques, c’est localiser ces phénomènes sur une carte des plaques tectoniques puis expliquer par les mécanismes de subduction par exemple (même démarche pour étudier des cyclones).

Les étudier, c’est aussi évoquer les problèmes d’aménagement : on peut se prémunir devant des risques et des contraintes sismiques, prévoir des risques et des contraintes volcaniques, lutter même pour éviter des catastrophes naturelles.

On aboutit alors à la notion de coût ; exemple : la construction d’un barrage sur une petite rivière d’une commune des Hautes-Alpes pour prévenir une crue millénaire. Le coût élevé de ce barrage fait que ce type d’aménagement n’est possible qu’en pays développé.

 

En conclusion, les sociétés humaines utilisent les ressources, les potentialités du milieu naturel .

Elles ont été et sont encore essentiellement prédatrices. Mais il y a une prise de conscience que ces ressources sont limitées. Le fait de subir les contraintes amène à les prévoir. Les milieux naturels sont constitutifs de l’environnement des sociétés humaines ; ils portent la trace du passé. La terre comme notre peau porte la trace des blessures anciennes.

 

 

 

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     * Compte-rendu par Marie-Claire Ruiz  de la conférence du 14 mai 1997, organisée par l'APHG.

 

 

© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. 13  , 1997.