FORUM A.P.H.G. TELEVISION et HISTOIRE 3,4,5 mars 1997

 

Marie-Claire RUIZ, Lycée Libergier REIMS

Marie-Cécile BERTIAUX, Lycée M. de Champagne TROYES

 

 


Le forum Télévision et Histoire organisé par l’Association des professeurs d’Histoire-Géographie, dans le cadre des stages de la Mafpen , a connu un succés remarquable avec 11O participants pour 123 inscrits . Par le nombre de stagiaires ce Forum est devenu l’un des regroupements les plus importants , toutes disciplines confondues , de l’Académie. Nous avons là une preuve éclatante de la nécessité de la formation continue et du dynamisme des professeurs d’Histoire-Géographie .La Régionale espère que ce rendez-vous deviendra habituel, le nombre d’inscrits au Forum 98 " La France et l’Europe face à la Mondialisation ", qui se déroulera fin mars, dépasse celui de 1997 ce qui est de bonne augure.

Dans le Bulletin précédent ( numéro 12) nous avions proposé quelques comptes-rendus du Forum Télévision et Histoire, vous trouverez ci dessous la deuxième partie composée de différents résumés des conférences et ateliers proposés.

 

 

Le Président de la Régionale : Claude RUIZ

 

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3 mars :

  • François NINEY (Réalisateur-professeur associé à l’école Normale Supérieure)


  • Le documentaire : mémoire, image, histoire

  • Isabelle VEYRAT-MASSON (CNRS)


  • La télévision et l’Histoire

  • Danielle CHANTEREAU (Déléguée aux Relations Culturelles de l’INA)


  • Problèmes juridiques de l’image dans la classe

4 mars :

  • Ateliers : analyse de l’image à partir de documentaires et d’actualités télévisées


  • François GRANDE (Mafpen), Patricia HUBERT-LACOMBE (Enseignant chercheur), Danièle MOREAU (Mafpen), Marie-Claire RUIZ (Professeur-Formateur)

  • Marc FERRO (Directeur de recherche EHESS)


  • Le document historique à la Télévision

5 mars :

  • Présentation des ressources (CRDP,Terres Ardennaises)


  • Pierre WEIBEL ( Directeur de la production du CNDP)
    Les productions d’Histoire du CNDP

  • Débat : Quels documents audiovisuels pour enseigner l’Histoire ?


  • Avec J. BAUDOU (CNAT),D.CHANTEREAU (INA), DJ. JAY APHG-IUFM Versailles), J.WALLET (Univer. Rouen), P. WEIBEL (CNDP).
    ATELIERS : ANALYSE de L’IMAGE
    L’IMAGE FILMIQUE DE PROPAGANDE (François GRANDE, formateur MAFPEN)

 

A noter que le compte rendu, par nature fragmentaire, est incomplet car l’intervention était accompagnée de la diffusion d’extraits de films guidant la progression du propos.

1-Problèmes de définition :

 

 2- Problèmes pédagogiques

 

 3- Problèmes posés par le film de propagande :

 

 4- Les approches possibles :

 

 5- Et aujourd’hui ?

Y a-t- il encore des propagandes ? Lesquelles ? Qu’est ce que l’art d’utiliser les médias ? (cf la guerre du Golfe)

6- Un exemple de document :

Le cauchemar rouge (a red nightmare), G. Waggner, 1952, 8’, N B, Etats Unis, 1952

 Enfin pour terminer (ou plutôt poursuivre !) une citation de Marc Ferro : " Tous les documents doivent être analysés comme des documents de propagande. Mais le tout, c’est de savoir de quelle propagande il s’agit. Les images d’archives ne sont pas mensongère sur un point : ce que l’on a voulu dire aux gens. Ce, c’est une vérité historique ! "

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 Danièle Moreau : Formateur MAFPEN et responsable du CLEMI

 1- Généralités

Le Journal Télévisé peut être utilisé pour comprendre l’histoire immédiate mais aussi l’histoire du passé. Il est important d’aider les élèves à décoder la TV car elle est une des pratiques sociales essentielle pour eux. Mais elle brouille les pistes : quand elle dit un documentaire il y a un décodage clair mais le JT comment décoder on s’attend à la vérité, on oublie le montage.

L’étude du JT contribue à l’étude du citoyen, il faut donner les clès pour le comprendre :
- le JT ne dit pas tout, il faut savoir comment il se fabrique : comment faire un journal sur l’Algérie s’il n’y a pas d’images, on n’en parle pas ? se pose le problème de l’émotion par le poids des mots et des images et l’apport de l’information
- le JT est soumis à l’audimat alors qu’il devrait relever du service public. Il est mis en scène comme un divertissement. Celui ci fait partie du JT lors de la sortie d’un film, c’est plus de la publicité qu’une véritable critique. Il peut être intéressant de traiter l "’oubli " d’un fait ou l’évolution de son traitement.
- le JT est soumis à un cahier des charges à la mie journée et le soir, pas forcément à 20h. On peut la chaîne
- le JT présente l’actualité, le réel ou un jeu ? Quel est le rôle du présentateur qui annonce le programme de la chaîne en fin de journal ? La vérité de l’information n’est pas le soucis premier, il faut garder le public pour le prime time ; Quel est le lien avec la publicité ? Comment parler d’une entreprise en grève, en crise sans perdre un annonceur ?

 Conclusion :
- montrer que l’information est une marchandise qui subit les lois du marché.
- l’urgence est le critère premier donc on traite le direct sans recul pour être le premier
- l’audience est le deuxième critère, on donne aux gens ce qu’ils veulent entendre
- enfin le format, le sujet ne doit pas dépasser 2 minutes

 2- Méthodes de travail

Trois exemples ont été traités : Reportage sur l’Algérie : l’enlèvement de trois français, TF1 le 25octobre 1993, l’insurrection au Chapas (Mexique) F2 janvier1994, la spoliation des biens juifs TF1 le 3 février 1997

Exemple de script :

 

France 2. 20 h du 3 janvier 1994

 

Présentateur : Après l'insurrection dans le sud du pays de paysans armés protestant contre le sort réservé aux indiens, le bilan s'alourdit d'heure en heure, au moins 65 morts, certaines sources parlent d'une centaine de victimes. Des insurgés qui se sont emparés temporairement de quatre villes dont celle de SAN CRISTOBAL. Ces paysans se réclament directement du nom et de la cause d'Emiliano Zapata, le dirigeant mythique de la révolution agraire abattu en 1919. Rappel signé Dorothée Ollieric.

 

Dorothée Ollieric : San Cristobal de las casas, l'image d'une ville aujourd'hui reprise par l'armée. C'est ici que l'armée zapatiste de libération nationale a commencé son insurrection. Ils étaient peut-être 600, tous paysans, tous indiens, c'était le jour de l'an. Le face à face avec les militaires a duré des heures et fait plus de 60 morts. De la bataille, il ne reste que des ruines, du sang et les revendications indiennes : le partage de la terre mais aussi les menaces, la révolution ou la mort. Une histoire qui n'est pas sans rappeler une autre histoire, celle d'Emiliano Zapata, un métis indien aux idées largement révolutionnaires. La terre à celui qui la travaille, c'est avec ce slogan que Zapata a construit sa légende. En 191 1, il lève son armée de libération du sud, rallie les indiens et réclame la distribution aux paysans des terres des grands propriétaires. Avec Pancho Villa au Nord, ils incarnent la résistance des villages indiens. L'apothéose sera en 1914, avec l'entrée dans Mexico de Zapata et Villa avec tous leurs muchachos. Emiliano Zapata sera assassiné en 1919 mais le mythe survivra. Des mouvements de guérilla se sont formés dans les années 70 et aujourd'hui on a la drôle d'impression que l'histoire pourrait recommencer.

 

 

Danièle Moreau - Forum Régional : Télévision et enseignement de l'histoire - mars 1997

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 J. BAUDOU ( CNAT, Reims), D. CHANTERRAU (INA), D.J. JAY (APHG-IUFM Versailles), J.WALLET (Université de Rouen), P.WEIBEL (CNDP)

Débat animé par Caroline LAIR (journaliste)

 Première question :
Une question essentielle à l’heure où l’image est omniprésente, quelle utilisation peut-on faire, en classe des documents audiovisuels ? A quoi peut servir le document et quel document ?

 M. WALLET : lecture de l’image et analyse historique, cela signifie que l’analyse historienne des images implique que l’image est intégrée dans le cours.
Le statut du document est ambigu :
- le film et la TV ne sont pas des documents canoniques en histoire et en géographie à la différence de la pyramide des âges, par exemple, ils sont tolérés, cités. Mais des changements apparaissent, les enseignants ont pu intégré les films dans les cours
- un contexte juridique, le plus souvent la pratique est illégale. La législation actuelle ne permet pas l’usage libre du film. Il y a très peu de littérature didactique sur la façon d’utiliser tel film (exception Télescope)
A ce jour l’utilisation des films progressent plus par les stages que par des instructions officielles.
Quelle méthode pour former l’esprit critique des futurs citoyens ?
-éveiller les élèves à un discours critique des images, ne pas réduire l’analyse critique à une seule traque de l’erreur historique. Il est nécessaire de faire une analyse classique du film accompagnée d’un autre document

D. J. JAY :
Le document audiovisuel est un document comme les autres. C’est un plus dans le cours car c’est dans l’air du temps, il permet de ramener l’attention de l’élève et de faire comprendre les questions d’histoire abordées. Mais cette utilisation est soumise à certaines conditions ce qui nécessite des efforts à fournir par le professeur .

P.WEIBEL :
Faut-il proposer le document brut ou accompagné d’autres documents ?
Peut-on utiliser les documents audiovisuels sans être formé à la manipulation des codes auxquels ils sont soumis ?
Il faut mener une réflexion différente si l’on utilise des archives animées ou des images montées.

Danielle CHANTEREAU
Il ne faut pas être obnubilé par la TV immédiate. Télescope ne donne pas de réflexion, ni de pistes pédagogiques au sujet des documents utilisables. A l’INA, on dispose d’un catalogue avec des œuvres de référence sélectionnées selon deux critères : la richesse iconographique et les discours savants.
Les commentaires des documentaires posent problème : quel est le rôle de la fiction ?

Deuxième question :
Quels documents propose-t-on en cours d’histoire ?

D. J. JAY :
Il faut utiliser des documents courts ( 2 à 5 minutes)
Pour les élèves, ce qui n’est pas en couleur ne vaut rien…

J. WALLET :
Le problème sous-jacent est celui de l’équipement des établissements en matériel. La télévision en direct n’est jamais utilisée. Le professeur doit " digérer " l’émission avant de la passer aux élèves et surtout l’accessibilité du matériel conditionne l’utilisation plus ou moins fréquente.
D’autre part, la forme du document n’induit pas forcément sa qualité : ainsi un film en costume, n’est pas obligatoirement un document historique, de même que les archives ne correspondent pas toujours ce que l’on croit…

J. BAUDOU :
On peut s’interroger sur la valeur des films de fiction comme document pédagogique. Le problème se pose au niveau du "langage filmique ", le texte préexiste au montage dans un film de fiction, alors que dans un film d’archives s’est l’inverse. Indiquer les sources des images ne suffit pas forcément pour connaître la nature des images.

P. WEIBEL :
Un film de fiction est un objet d’étude en lui-même. Mais dans le cadre de la classe, le professeur a besoin d’un stock d’images pour mettre en valeur le savoir. Il a besoin des sources du patrimoine comment peut-il en disposer facilement ?
Le document dont on a besoin en cours n’est pas un document de télévision, qui est porteur de contraintes. L’historien cherche ce qui va lui servir dans son cours.

D. CHANTEREAU :
Utiliser la fiction sous forme de courts extraits est difficile car on brise la dramatisation du film. Quant au documentaire en histoire, il présente un point de vue celui du réalisateur qui construit son commentaire sur des images

P. WEIBEL :
En fait dans le cours, il doit y avoir deux temps : celui du cours et celui de la critique du document

J. WALLET :
La vidéo ne facilite pas le travail de l’enseignant, il se complique la tâche. L’utilisation de l’image légitime la place de l’Histoire-Géographie dans les programmes.

PAUSES AUDIOVISUELLES
1- Extrait d’Histoire Parallèle, émission de M. FERRO sur l’empire colonial français en 1939

J. WALLET :
Trois questions à poser : qu’est ce qui est dit ?
Pourquoi la production d’un tel document à ce moment là ?
Quelle perception par les élèves aujourd’hui ?

D. J. JAY :
Le film doit être précédé par un travail à partir de cartes

P.WEIBEL :
C’est un film pédagogique à analyser au niveau historique. Mais ce document peut paraître choquant dans certaines classes de banlieues. Il nécessite une profonde explication dans une classe multiculturelle.

2-Extrait de " Baccara " document de fiction, 1935
une femme étrangère, née en Galice, maîtresse d’un banquier international mais qui épouse un français pour avoir la nationalité française. Extrait correspond à une scène au tribunal.

D.J. JAY :
C’est un document qui peut permettre d’aborder la mentalité des années 30.

D. CHANTEREAU :
L’INA a le projet de rassembler des documents courts dans une collection " Images du temps présent à la Télévision (1950-1959). Ces documents sont des bandes de séquences d’actualité.
Projection de la cassette anniversaire et d’une partie des bandes images sur la création de l’Europe

P.WEIBEL :
Ce type de document présente un danger de manipulation de l’actualité

 CONCLUSION : deux problèmes sont à souligner :
- le problème technique, les conditions matérielles d’utilisation
- que faire du document choisi ? Le document brut( ?) est-il à utiliser comme un document écrit ? Le film de fiction nécessite-il une préparation et une discussion ?

 J. WALLET :
Il faut poser la question de la formation des enseignants. En formation intiale, quelle est la place du document audiovisuel dans les concours de recrutement ? La formation continue soulève deux questions : faut-il des formations dans les établissements ou dans des lieux équipés (confrontation de la théorie et de la pratique) ? Est-ce que pour lire les images il faut savoir les produire ? Mais alors quel type de formateur est nécessaire : des spécialistes des images ou d’histoire-géographie ?

 

 Marie- Claire RUIZ , Lycée Libergier REIMS

 

Céline TOTI collège Louise Michel Chaumont