Cinéma et histoire

 

Par Marc Ferro* , Directeur de recherche EHESS.

 

 

Le 4 mars dernier, les journées de la Régionale ont une nouvelle fois accueilli Marc Ferro, dans le cadre du thème "Histoire et Télévision". Le personnage n'est plus à présenter : pionnier de l'histoire de la télévision, de l'U.R.S.S. ou de la Grande Guerre, il a publié cette année un ouvrage central sur "Cinéma et histoire".

 

 la matière historique devient éphémère

 

Pour Marc Ferro, l'image historique est omniprésente sur le petit écran (vingt émissions à caractère historique par jour en janvier 97 sur le PAF). La matière historique (images, livres, cours du professeur) devient éphémère et l'on devient victime de la médiatisation de l'histoire : on privilégie ce qui revient le plus dans les média. Par exemple, on voit au journal télévisé, un historien révisionniste nous parler des Mémoires de Goebbels sans qu'aucun journaliste n'explique le terme révisionniste…

 

Alors, comment discerner les différents types d'histoire ?

Pour le sens commun, l'histoire, c'est ce qui a eu lieu. Pour beaucoup, Byzance s'arrête en 1453 alors que son empreinte historique marque encore le présent dans les Balkans. En fait, l'histoire se définit comme étant la connaissance du passé pour expliquer le présent.

L'histoire a quatre sources principales :

- L'institution. C'est l'histoire officielle. L'Etat détermine la connaissance historique en décidant des programmes et en nommant les enseignants. C'est le discours du pouvoir.
- La contre-histoire. C'est le contraire de ce que dit l'histoire officielle par opposition au pouvoir, mais elle tend à passer de l'histoire idéologique à une autre histoire officielle.
- La mémoire. On s'en sert pour écrire l'histoire. Cette mémoire est discréditée par l'institution qui voit en elle une histoire vue sous un angle personnel. En fait, la mémoire nous trompe aussi, comme l'histoire.
-L'histoire analytique. Elle expose des problèmes en occultant les récits trop subjectifs.

 

Nous retrouvons ces quatre sources historiques dans le cinéma : films d'histoire officielle, films d'opposition, films de mémoire, films d'histoire analytique.

 

  sans archive, pas de légitimité

 

Alors, comment l'historien peut-il s'y retrouver ?

Il lui faut étudier les archives. Sans archives, pas de légitimité, même si l'histoire peut s'en passer. Le problème de l'étude des archives est de vérifier leur crédibilité. Pour cela, il faut les confronter à d'autres et ne pas les sortir de leur contexte.

Après avoir critiqué ses sources, l'historien doit les mettre en perspective. Trois parcours sont possibles :

- Le récit. C'est la forme la plus accessible mais aussi la plus partielle et la plus subjective. C'est souvent une histoire chronologique.

- La problématique. Il faut apporter des réponses à des questions posées. On parle alors d'histoire expérimentale, à l'image de l'Ecole des Annales. C'est une histoire logique, même si le récit sert de support à l'analyse.

- Le parcours personnel grâce au CD-rom. Ce nouvel outil permet de mettre en place une "histoire en étoile" : d'un point central, on peut accéder à l'ensemble des connaissances, chacun selon son choix et ses centres d'intérêt.

On retrouve le même principe dans le cinéma :

- Les films de fiction. La dramaturgie y est sans rapport avec le contexte historique. "Tout a été inventé dans le Potemkine d'Eisenstein, mais c'est plus vrai que vrai !", et le film explique bien la révolution de 1905.

Le film de fiction a l'avantage de pouvoir exprimer le non-dit : le rêve, les grandes idées (exemple : La Grande Illusion). Il peut aussi se révéler efficace dans la dénonciation de problèmes :

- Pour le nazisme, voir les Damnés de Visconti.

- Pour le stalinisme, voir Soleil Trompeur de Mikailkov.

 

 toute image est fabriquée

 

Pour la pratique en classe, le mieux est de se servir de séquences d'une minute qui serviront d'entrée à l'analyse historique des sociétés. Utiliser un documentaire peut servir de tremplin à la problématique historique en gardant en mémoire que toute image est fabriquée.

*Compte-rendu réalisé par Olivier Caruso,Collège Thibault de Champagne, Fismes.

 

 

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© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims.   n°13 , 1997.