Par Gracia Dorel-Ferré , IPR-IA, Académie de Reims
le programme de géographie
Il convient tout d'abord de relire l'article de Gérard Hugonie paru dans le N°12 du Bulletin, pages 4,5 et 6. Un point particulier mérite de retenir toute notre attention : l'outil cartographique. Il faut insister sur la production cartographique et bien différencier la carte du croquis et du schéma, dont les définitions méritent qu'on s'y attarde :
La carte est un document fabriqué introduit en classe. Elle est l'uvre de spécialistes et se caractérise par la masse des informations qu'elle contient : elle est un état de la question, et est parfois englobée dans un atlas. La démarche à suivre est la lecture.
Le croquis est une production de l'élève ou du professeur, qui a pour finalité la mise en évidence d'un certain nombre d'informations avec des relations entre elles. Attention, il ne s'agit pas du croquis de synthèse qui, comme son nom l'indique, capitalise et met en forme une grande quantité d'informations.. Il ne vaut rien sans sa légende organisée.
Le schéma est un dessin simplifié qui a pour objet la représentation graphique d'une notion, d'une idée essentielle.
Notons bien que la réalisation de croquis géographiques sera obligatoire dans les nouvelles épreuves du Baccalauréat, à partir de 1999. Il faut donc aller systématiquement dans ce sens, sans pour autant réaliser des croquis-types : seuls les résultats des phénomènes observés et compris sont schématisés.
Cette démarche suppose que dessin, coloriages, écriture doivent être progressivement maîtrisés. Une éducation au "beau croquis" doit être mise en place.
l'éducation civique
Dans le contexte actuel, il est vital de faire apparaître clairement l'Éducation Civique dans le cahier de texte, avec le contingent horaire attribué - même s'il existe des passerelles avec l'histoire-géographie. Retenons que l'Inspection Générale réfléchit à une évaluation du cahier de textes : si l'Éducation Civique n'apparaît pas, elle disparaîtra.
le programme d'histoire
Quelques objectifs généraux sont à souligner d'emblée :
1. Le recentrage des périodes : les élèves étudient le Moyen-Age et le XVIème siècle. La part horaire consacrée à cette dernière partie est la même que celle attribuée au Moyen-Age classique. Il est capital d'étudier le XVIème siècle, car c'est une période décisive pour la compréhension du monde contemporain.
2. Le programme définit des localisations géographiques et des repères chronologiques impératifs.
3. L'accent est mis sur les IXème, XIIIème et XVIème siècles. Ainsi, on ne devra pas reprendre le cours du temps, mais privilégier des moments.
4. Le programme présente des religions, qui sont des cadres inévitables avant le XIXème siècle : les christianismes, l'islam, et dans une moindre mesure, les cultes pré-colombiens dont on pourra conserver l'étude.
Ainsi, le nouveau programme présente clairement un recentrage, combiné à un choix et une variété de situations. Dans le détail, les choses se compliquent.
Concrètement, on utilisera deux méthodes : l'étude de documents et le récit.
Les documents utilisés en Cinquième se divisent en trois grands types, qui sont présentés et utilisés de manières différentes.
- Le document illustratif, rapidement exploité.
- Le document pédagogique, qui donne une information dense, qui sert à interpeller l'élève en permettant de poser les questions. Exemple : les Très riches heures du duc de Berry. La fauchaison au mois de juin nous présente le paysage d'une seigneurie, avec son château, etc. Mais il s'agit d'une représentation idéale non exempte de réflexes de classe : les paysans sont rarement beaux...
- Le document patrimonial -qui peut être pédagogique- représente un legs du passé validé par le regard des générations précédentes. Il est une "borne" sur le chemin de l'humanité. Exemples : Sainte Sophie, la Création dans la Sixtine...
Première partie :
de l'Empire Romain au Moyen-Age.
Le professeur utilise comme base une carte des civilisations au IXème siècle ; l'étude porte sur trois empires, ou blocs : l'empire carolingien, l'empire orthodoxe, le monde musulman. Ces cartes doivent être superposées sur une carte de l'Empire Romain ; les élèves doivent comprendre que ces trois civilisations, autour de la Méditerranée, sont, à des degrés différents, des héritières de l'Empire Romain.
On doit se contenter des cartes valables au IXème siècle, sans chercher à les multiplier. Les élèves construisent une seule frise par civilisation, avec les repères inscrits dans les instructions officielles. Pour l'étude de Byzance, on introduira en complément la notion de Croisade et un repère chronologique : 1204 (sac de la ville par les Croisés).
Les Byzantins.
Il faut insister sur l'héritage romain et le christianisme grec. Sur ce dernier point, l'étude d'une petite église byzantine, avec son appareil en briques, son élévation, ses toitures rondes, son intérieur composé de mosaïques et de marbres servira à des comparaisons ultérieures avec une mosquée et une église à plan basilical.
Le monde musulman.
Pour présenter le moins de stéréotypes possibles, il ne faut pas insister sur la religion. Au contraire, on présente une civilisation de la ville, avec sa mosquée, son marché, qui met en valeur les communications ; on n'omet pas d'évoquer l'hydraulique raffinée des campagnes et des villes.
Le monde carolingien.
Dès la présentation, il faut rappeler qu'il est issu des royaumes barbares (dont l'objectif était de reconstituer l'Empire Romain d'Occident), et qu'un petit groupe, les Francs, dirigés par Clovis, a fait un choix fondateur. En embrassant le catholicisme, Clovis accepte de partager le pouvoir avec l'évêque et l'Église. C'est un acte essentiel, car tous ses successeurs s'y réfèrent, et constitue l'origine lointaine de la laïcité.
La Renaissance carolingienne, relais entre l'Antiquité et les temps modernes (elle a produit les plus anciennes Bibles avant la découverte des manuscrits de la Mer Morte), est l'illustration d'une expansion territoriale et politique, mais aussi culturelle.
Deuxième partie :
la chrétienté occidentale.
L'art chrétien.
Il faut multiplier les exemples d'églises en insistant sur les évolutions architecturales et sculpturales.
Les cadres politiques et la société féodale.
Le mieux est de présenter ici les acteurs de la vie quotidienne dans leurs différents cadres : seigneurie et féodalité - la ville - royaumes, empires, cités-Etats. Il faut arriver à l'idée de pyramide féodale.
La présentation des trois fléaux (peste, guerre, famine) permet d'aborder la fragilité des sociétés féodales.
Les rapports entre villes et campagnes sera abordé sous forme de récits littéraires à travers certains fabliaux ou récits du Moyen-Âge.
Le royaume de France (Xe, XVIe siècles).
La notion essentielle de cette partie est l'évolution d'une royauté féodale à une royauté absolue.On peut ici comparer deux images :
- XIIIème siècle, miniature de Saint-Louis recevant les coutumes de Normandie (BN, Paris) : le roi est ici représenté au sommet de la pyramide féodale. Devant lui se tiennent les évêques, les nobles, le clergé et le tiers-état.
- XVIème siècle, manuscrit représentant François 1er entouré de sa cour (Musée Condé, Chantilly). Le roi est ici représenté au centre dans un geste qui annonce l'autorité absolue.
Une question est à poser : que s'est-il passé ? Il faut y répondre par un récit illustré de la Guerre de Cent Ans où l'on insiste sur l'écroulement de la pyramide féodale et une montée en puissance du pouvoir royal en particulier au travers de l'organisation des finances de l'État.. Deux dates marquent l'évolution vers l'absolutisme, 1474 : la création de la poste royale par Louis XI : le roi s'approprie l'espace du royaume ; et 1539 : l'Edit de Villers-Cotterêts : les gens du royaume auront une langue véhiculaire commune.
Troisième partie :
la naissance des Temps Modernes.
Les "inventions".
Il faut insister sur l'idée que la Renaissance en Europe entraîne une révolution technologique. L'invention et la diffusion du livre imprimé (à partir de 1450) oblige les scientifiques à adopter une démarche "proto-cartésienne".
Dans de nombreux domaines, les progrès sont considérables :
- L'art militaire développe l'artillerie et de nouvelles conceptions architecturales pour s'en protéger.
- Les progrès en optique permettent des avancées en astronomie (lunettes).
- La mécanique permet la mise au point d'engrenages qui perfectionnent de nombreuses machines, de l'horlogerie aux écluses.
- L'alchimie, la médecine, la physique et bien d'autres sciences profitent de toutes ces évolutions. On doit présenter le rôle primordial des mécènes, sans qui, tous ces savants n'auraient pu travailler.
L'humanisme.
L'humanisme donne une part de plus en plus importante à l'individu. On peut présenter cette idée en montrant des peintures de portraits. Cette nouvelle conception de l'Homme entraîne une réflexion profonde sur la religion. Peut-on désormais entamer un dialogue direct avec Dieu ? Il faudra ici présenter les grands traits de la réforme protestante, fondée sur une critique sociale forte. La Contre-Réforme donne une réponse à la question posée : il n'y a pas un individu mais des individus. Pourtant, le monde chrétien de la Renaissance en sort bouleversé. Comparer ici une mort de la Vierge du XVème siècle avec une mort de la Vierge du Caravage.Dans le premier cas on présente le trépas d'une jeune femme noble, dans le second, le Caravage représente le décès d'une fille du quartier.
L'Europe à la découverte du monde.
On insistera sur les échanges des grandes découvertes : cartographie, ethnographie, botanique-faunistique. On peut faire remarquer que certains prennent appui sur d'autres civilisations pour critiquer la leur (Thomas More).

© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. n°13 , 1998.