Gracia Dorel-Ferré - Présidente de l'APIC
L'assemblée constitutive de l'association "Patrimoine industriel de Champagne-Ardenne" (APIC), s'est tenue le 17 décembre dernier. Ce texte en définit les principaux objectifs.
Une
association indispensable
La présence, dans la région de Champagne-Ardenne,
d'un patrimoine culturel d'une grande richesse, la variété et la spécificité du
patrimoine juridique, économique, social, industriel (succursalisme, secteur viti-vinicole,
tradition textile et métallurgique, etc.), une production littéraire de premier
ordre, et cela dès le Moyen-Age, une histoire religieuse, militaire et politique
déterminante à certaines époques (sacres royaux, guerres mondiales), sans compter
un extraordinaire patrimoine artistique qui rassemble quelques-unes des uvres
majeures du monde entier, tout ceci fournit de fructueuses pistes pour la recherche
scientifique et alimente des manifestations aussi bien savantes que tournées vers
le grand public ainsi que le tourisme culturel, de plus en plus apprécié. Il en
découle une meilleure connaissance de la région et de ses ressources, tant pour
ceux qui y vivent que pour ceux qui s'y intéressent, au niveau national et international.
L'activité de l'association s'inscrit donc dans la démarche régionale de valorisation
de la richesse patrimoniale de la Champagne-Ardenne, en particulier dans les domaines
agroalimentaires, textile et métallurgique. Elle s'articule avec les actions qui
vont dans ce sens, et notamment avec celles du pôle d'économie du patrimoine soutenu
par la DATAR.
Du point de vue de l'aménagement, et plus particulièrement de l'action qui porte sur les objets patrimoniaux à inscription spatiale comme sont les monuments industriels et sociaux, le patrimoine présente des traits spécifiques par lesquels ces édifices, quels qu'ils soient, bâtiments industriels, maisons patronales, habitat ouvrier, équipement divers (coopératives d'achat, cinémas, bains douches etc.) sont étroitement solidaires de leur environnement. L'abandon de leur utilisation, les dégradations, voire les destructions qu'ils subissent, entraînent, depuis quelques années, une prise de conscience de leur valeur, comme témoin d'une activité passée, le plus souvent florissante, et d'une société disparue. Menacé, ce patrimoine, dûment étudié et sélectionné, implique que l'on prenne à son endroit des mesures de protection assorties d'un arsenal législatif réglementaire. Du coup, la protection du patrimoine crée une série de contraintes pesant sur les actions d'environnement d'autant qu'il ne s'agit pas simplement de préserver mais de mettre en valeur, de façon durable.
Dans les domaines économiques et sociaux, le patrimoine sous ses différentes formes peut être considéré comme un potentiel de développement et comme une ressource pour peu qu'il ait été identifié et étudié. Sa prise en compte est d'autant plus cruciale qu'il se constitue en général sur des lieux économiquement et socialement en difficulté (friches industrielles). L'activité des aménageurs tient compte de ces deux contraintes : protection et valorisation, dans un cadre d'expérimentation qui a déjà des lettres de noblesse, si on se réfère aux nombreuses réhabilitations opérées par le cabinet d'architectes Reichen et Robert, responsables, récemment de la ré affectation du site de Noisiel pour le compte de Nestlé-France.
Le cadre associatif, parce qu'il facilite la prise de conscience et l'émergence des besoins, parce qu'il permet l'étude de solutions qui sont soumises aux instances décisionnelles, a paru être désormais indispensable à la réalisation de nos projets.
Une
association qui jouit déjà d'un acquis solide
L'association qui
se crée pour la "défense et illustration du patrimoine industriel de Champagne-Ardenne",
avec pour siège social le Rectorat de Reims, est le résultat de plusieurs années
d'expérimentation sur le patrimoine industriel dans l'enseignement primaire et
secondaire, qu'il s'agit aujourd'hui d'élargir à l'Université, et au public amateur.
Rappelons que l'Académie de Champagne-Ardenne avait lancé dès 1990, à partir du CDDP de Troyes et avec les encouragements de l'inspection Générale d'Histoire et Géographie, une recherche-action sur le thème de l'utilisation du patrimoine urbain dans le quotidien de la classe. Cette expérience, couvrant aussi bien des classes du primaire, du collège et du lycée avait aboutit, trois ans après, à une publication inscrite au catalogue national du CNDP (Centre national de documentation pédagogique). En même temps, des équipes de réflexion à la fois scientifiques et pédagogiques étaient lancées sur le thème de l'identification, la valorisation et l'utilisation en classe des patrimoines de l'industrie : la bonneterie à Troyes, la métallurgie à Saint-Dizier, les activités industrielles ardennaises (ardoises, textile sedanais, boulonneries de la vallée de la Meuse).
Tout ceci aboutissait en 1995 à une
triple manifestation :
- les Assises du patrimoine troyen, en avril 1995,
- le séminaire exceptionnel de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
de Paris, les 2 et 3 juin 1995, à Saint-Dizier
- l'Université d'Eté de Bazeilles,
fin août début septembre 1995, présidée par le Recteur de l'Académie. Elle synthétisait
l'ensemble des efforts accomplis, depuis cinq ans.
L'objectif est maintenant d'élargir notre champ d'action afin de mieux faire connaître le patrimoine champardennais, "urbi et orbi", et de le mettre en perspective avec d'autres, pour mieux le comprendre et l'apprécier. Faute de dimension comparative, nous négligeons actuellement des pans entiers de notre patrimoine industriel. Dans le même temps, on ignore ou l'on sous-estime nos ressources. Il ne faut donc pas perdre de temps.
Une association dynamique : Les activités prévues pour 1997-1998
En 1997 :
- installation de l'association et assemblée générale
- participation à la
création de la Fédération Européenne des Associations pour le patrimoine industriel,
Barcelone, nov.1997. Affiliation de l'APIC au CILAC (association nationale pour
le patrimoine industriel) et à TICCIH (association internationale).
- participation
aux journées de l'IUFM consacrées au patrimoine industriel, à Reims (Marne), sur
le thème du patrimoine industriel du champagne.
En
1998 :
- coédition, avec Terres Ardennaises, des actes du colloque
"Tourisme et patrimoine" qui s'est tenu à Bazeilles en août 1995 et
avec le CDDP de la Haute-Marne, du séminaire exceptionnel de l'EHESS à Saint-Dizier,
juin 1995, sur le thème "La métallurgie haut-mamaise, approches scientifiques
et pédagogiques".
- participation au stage organisé par la Mission à
la formation continue sur le thème : "Architecture et patrimoine industriel",
- voyage d'études dans la Catalogne industrielle : accueil par le Musée des
Sciences et des Techniques de Catalogne qui est à la tête d'un réseau
de musées de sites à la thématique variée : l'hydraulique, le textile, la métallurgie,
les mines de lignite ou de sel, le vin méthode champenoise, dont la technique
a été introduite en Catalogne par des champenois au siècle dernier, etc. L'année
suivante, ce serait à nous d'accueillir les catalans.
- préparation au voyage
prévu pour 1999 à Ekaterinenbourg, Oural, région industrielle multimillénaire,
où l'Université locale souhaite nous accueillir, et mettre en place des échanges
d'élèves et d'enseignants.
- conception et co-animation du voyage d'études
organisé par l'APHG en juillet 1998, en Nouvelle -Angleterre, sur le thème "Paysages
et villes de l'industrie".
- participation au 2ème colloque
latino-américain, La Havane, septembre 1998, sur le sauvetage et la mise en valeur
du patrimoine industriel, où la présidente de l'association intervient sur le
thème : "Architecture et urbanisme dans l'habitat social européen",
avec une mention spéciale pour le patrimoine champardennais.
Une
association au service d'un grand projet
L'association se donne
comme objectif prioritaire lorganisation d'une manifestation annuelle, qui
a chaque fois abordera un des aspects des rythmes et des espaces de la révolution
industrielle en Champagne-Ardenne. En effet, l'une des conclusions auxquelles
les équipes qui ont travaillé sur le patrimoine industriel sont parvenues, est
que notre région présente, mieux que nulle part ailleurs, les différentes modalités
par lesquelles les sociétés ont adopté l'industrialisation, depuis le temps des
manufactures et du travail à domicile, jusqu'aux grandes usines. Plus près de
nous, nous trouvons des exemples de désindustrialisation radicales comme la disparition
du textile de Reims ou des résistances à la désindustrialisation par la spécialisation
pointue, comme c'est le cas de Saint-Dizier ou des Ardennes. Ce thème doit nous
permettre d'inventorier, d'étudier et de mettre en valeur les nombreuses ressources,
souvent méconnues, de la région de Champagne-Ardenne, ainsi que ses potentialités.
Thème vaste et fédérateur, il comprend aussi bien l'analyse de j'existant que
la recherche de ce qui a été, et le projet pour l'avenir ; il suppose que l'on
s'intéresse au paysage et à ses représentations, aux modifications qu'il a dû
subir ; il prend en compte les processus de fabrication, les espaces industriels,
les espaces de vie etc., bref, il traite de l'aménagement de l'espace vécu, et
de ses enjeux, depuis trois cents ans. Chaque année, il faudra donc choisir un
aspect particulier, qui soit suffisamment large pour que chaque département et
chaque branche industrielle y trouve son compte, mais aussi que puissent avoir
lieu des confrontations et des parallèles avec ce qui se passe à l'étranger.
Le thème de l'innovation, a été retenu pour la manifestation de juillet 1998. Nous estimons, effectivement, que la région se signale, depuis le XVII siècle au moins, et jusqu'à nos jours, par ses capacités inventives dans le domaine des techniques de production et de commercialisation (avec les châteaux-usines de Sedan), tout comme dans les constructions industrielles et dans l'habitat social (comme le quartier de Chemin- Vert de Reims). Par ailleurs, il est indispensable de faire bien comprendre au grand public que le patrimoine industriel n'est en aucun cas un patrimoine mort, mais bien au contraire le legs vivant du passé, dans lequel plongent nos racines mais aussi dans lequel nous allons nous ressourcer. Par ailleurs, s'il apparaît incontestable que l'industrialisation s'est faite sur des espaces et suivant des temps différents, il serait faux d'imaginer qu'il a suffit à chaque fois, d'appliquer un modèle. Les techniques de production ont toujours été aménagées suivant les savoir-faire locaux et suivant les besoins du marché. Ni le cloutier de "la Vallée", ni le bonnetier troyen n'ont été les serviles imitateurs d'une technique pour avancée et anglaise qu'elle fût. C'est la grande originalité de la Champagne-Ardenne. Cette aptitude doit servir de leçon pour le futur.
Chaque année, la préparation de cette manifestation (exposition, colloque, publications) sera prise en charge par un département, à tour de rôle, avec l'aide de l'association. Des réunions devront permettre d'affiner le projet, de le mettre en place, de veiller à son organisation et à son bon déroulement. Par ailleurs, cette manifestation départementalisée pourra intégrer et mettre en valeur les axes du "pôle d'économie du patrimoine", comme les ardoisières de la vallée de la Meuse, la route du fer de la Marne moyenne et du barrois meusien, la craie de Champagne, les glaisières du bassin de Provins-Sézanne.