UNE NOUVELLE ASSOCIATION :
L'APIC

Gracia Dorel-Ferré - Présidente de l'APIC

L'assemblée constitutive de l'association "Patrimoine industriel de Champagne-Ardenne" (APIC), s'est tenue le 17 décembre dernier. Ce texte en définit les principaux objectifs.

  1. Une association indispensable

  2. Une association qui jouit déjà d'un acquis solide

  3. Une association dynamique : Les activités prévues pour 1997-1998

  4. Une association au service d'un grand projet


Une association indispensable
La présence, dans la région de Champagne-Ardenne, d'un patrimoine culturel d'une grande richesse, la variété et la spécificité du patrimoine juridique, économique, social, industriel (succursalisme, secteur viti-vinicole, tradition textile et métallurgique, etc.), une production littéraire de premier ordre, et cela dès le Moyen-Age, une histoire religieuse, militaire et politique déterminante à certaines époques (sacres royaux, guerres mondiales), sans compter un extraordinaire patrimoine artistique qui rassemble quelques-unes des œuvres majeures du monde entier, tout ceci fournit de fructueuses pistes pour la recherche scientifique et alimente des manifestations aussi bien savantes que tournées vers le grand public ainsi que le tourisme culturel, de plus en plus apprécié. Il en découle une meilleure connaissance de la région et de ses ressources, tant pour ceux qui y vivent que pour ceux qui s'y intéressent, au niveau national et international. L'activité de l'association s'inscrit donc dans la démarche régionale de valorisation de la richesse patrimoniale de la Champagne-Ardenne, en particulier dans les domaines agroalimentaires, textile et métallurgique. Elle s'articule avec les actions qui vont dans ce sens, et notamment avec celles du pôle d'économie du patrimoine soutenu par la DATAR.

 

 Du point de vue de l'aménagement, et plus particulièrement de l'action qui porte sur les objets patrimoniaux à inscription spatiale comme sont les monuments industriels et sociaux, le patrimoine présente des traits spécifiques par lesquels ces édifices, quels qu'ils soient, bâtiments industriels, maisons patronales, habitat ouvrier, équipement divers (coopératives d'achat, cinémas, bains douches etc.) sont étroitement solidaires de leur environnement. L'abandon de leur utilisation, les dégradations, voire les destructions qu'ils subissent, entraînent, depuis quelques années, une prise de conscience de leur valeur, comme témoin d'une activité passée, le plus souvent florissante, et d'une société disparue. Menacé, ce patrimoine, dûment étudié et sélectionné, implique que l'on prenne à son endroit des mesures de protection assorties d'un arsenal législatif réglementaire. Du coup, la protection du patrimoine crée une série de contraintes pesant sur les actions d'environnement d'autant qu'il ne s'agit pas simplement de préserver mais de mettre en valeur, de façon durable.

Dans les domaines économiques et sociaux, le patrimoine sous ses différentes formes peut être considéré comme un potentiel de développement et comme une ressource pour peu qu'il ait été identifié et étudié. Sa prise en compte est d'autant plus cruciale qu'il se constitue en général sur des lieux économiquement et socialement en difficulté (friches industrielles). L'activité des aménageurs tient compte de ces deux contraintes : protection et valorisation, dans un cadre d'expérimentation qui a déjà des lettres de noblesse, si on se réfère aux nombreuses réhabilitations opérées par le cabinet d'architectes Reichen et Robert, responsables, récemment de la ré affectation du site de Noisiel pour le compte de Nestlé-France.

Le cadre associatif, parce qu'il facilite la prise de conscience et l'émergence des besoins, parce qu'il permet l'étude de solutions qui sont soumises aux instances décisionnelles, a paru être désormais indispensable à la réalisation de nos projets.

 Sommaire APIC


Une association qui jouit déjà d'un acquis solide
L'association qui se crée pour la "défense et illustration du patrimoine industriel de Champagne-Ardenne", avec pour siège social le Rectorat de Reims, est le résultat de plusieurs années d'expérimentation sur le patrimoine industriel dans l'enseignement primaire et secondaire, qu'il s'agit aujourd'hui d'élargir à l'Université, et au public amateur.

Rappelons que l'Académie de Champagne-Ardenne avait lancé dès 1990, à partir du CDDP de Troyes et avec les encouragements de l'inspection Générale d'Histoire et Géographie, une recherche-action sur le thème de l'utilisation du patrimoine urbain dans le quotidien de la classe. Cette expérience, couvrant aussi bien des classes du primaire, du collège et du lycée avait aboutit, trois ans après, à une publication inscrite au catalogue national du CNDP (Centre national de documentation pédagogique). En même temps, des équipes de réflexion à la fois scientifiques et pédagogiques étaient lancées sur le thème de l'identification, la valorisation et l'utilisation en classe des patrimoines de l'industrie : la bonneterie à Troyes, la métallurgie à Saint-Dizier, les activités industrielles ardennaises (ardoises, textile sedanais, boulonneries de la vallée de la Meuse).

Tout ceci aboutissait en 1995 à une triple manifestation :
- les Assises du patrimoine troyen, en avril 1995,
- le séminaire exceptionnel de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris, les 2 et 3 juin 1995, à Saint-Dizier
- l'Université d'Eté de Bazeilles, fin août début septembre 1995, présidée par le Recteur de l'Académie. Elle synthétisait l'ensemble des efforts accomplis, depuis cinq ans.

L'objectif est maintenant d'élargir notre champ d'action afin de mieux faire connaître le patrimoine champardennais, "urbi et orbi", et de le mettre en perspective avec d'autres, pour mieux le comprendre et l'apprécier. Faute de dimension comparative, nous négligeons actuellement des pans entiers de notre patrimoine industriel. Dans le même temps, on ignore ou l'on sous-estime nos ressources. Il ne faut donc pas perdre de temps.

 

 Sommaire APIC


Une association dynamique : Les activités prévues pour 1997-1998

   Sommaire APIC


Une association au service d'un grand projet
L'association se donne comme objectif prioritaire l’organisation d'une manifestation annuelle, qui a chaque fois abordera un des aspects des rythmes et des espaces de la révolution industrielle en Champagne-Ardenne. En effet, l'une des conclusions auxquelles les équipes qui ont travaillé sur le patrimoine industriel sont parvenues, est que notre région présente, mieux que nulle part ailleurs, les différentes modalités par lesquelles les sociétés ont adopté l'industrialisation, depuis le temps des manufactures et du travail à domicile, jusqu'aux grandes usines. Plus près de nous, nous trouvons des exemples de désindustrialisation radicales comme la disparition du textile de Reims ou des résistances à la désindustrialisation par la spécialisation pointue, comme c'est le cas de Saint-Dizier ou des Ardennes. Ce thème doit nous permettre d'inventorier, d'étudier et de mettre en valeur les nombreuses ressources, souvent méconnues, de la région de Champagne-Ardenne, ainsi que ses potentialités. Thème vaste et fédérateur, il comprend aussi bien l'analyse de j'existant que la recherche de ce qui a été, et le projet pour l'avenir ; il suppose que l'on s'intéresse au paysage et à ses représentations, aux modifications qu'il a dû subir ; il prend en compte les processus de fabrication, les espaces industriels, les espaces de vie etc., bref, il traite de l'aménagement de l'espace vécu, et de ses enjeux, depuis trois cents ans. Chaque année, il faudra donc choisir un aspect particulier, qui soit suffisamment large pour que chaque département et chaque branche industrielle y trouve son compte, mais aussi que puissent avoir lieu des confrontations et des parallèles avec ce qui se passe à l'étranger.

Le thème de l'innovation, a été retenu pour la manifestation de juillet 1998. Nous estimons, effectivement, que la région se signale, depuis le XVII siècle au moins, et jusqu'à nos jours, par ses capacités inventives dans le domaine des techniques de production et de commercialisation (avec les châteaux-usines de Sedan), tout comme dans les constructions industrielles et dans l'habitat social (comme le quartier de Chemin- Vert de Reims). Par ailleurs, il est indispensable de faire bien comprendre au grand public que le patrimoine industriel n'est en aucun cas un patrimoine mort, mais bien au contraire le legs vivant du passé, dans lequel plongent nos racines mais aussi dans lequel nous allons nous ressourcer. Par ailleurs, s'il apparaît incontestable que l'industrialisation s'est faite sur des espaces et suivant des temps différents, il serait faux d'imaginer qu'il a suffit à chaque fois, d'appliquer un modèle. Les techniques de production ont toujours été aménagées suivant les savoir-faire locaux et suivant les besoins du marché. Ni le cloutier de "la Vallée", ni le bonnetier troyen n'ont été les serviles imitateurs d'une technique pour avancée et anglaise qu'elle fût. C'est la grande originalité de la Champagne-Ardenne. Cette aptitude doit servir de leçon pour le futur.

Chaque année, la préparation de cette manifestation (exposition, colloque, publications) sera prise en charge par un département, à tour de rôle, avec l'aide de l'association. Des réunions devront permettre d'affiner le projet, de le mettre en place, de veiller à son organisation et à son bon déroulement. Par ailleurs, cette manifestation départementalisée pourra intégrer et mettre en valeur les axes du "pôle d'économie du patrimoine", comme les ardoisières de la vallée de la Meuse, la route du fer de la Marne moyenne et du barrois meusien, la craie de Champagne, les glaisières du bassin de Provins-Sézanne.

 

 Sommaire APIC