Par le groupe académique collège*
un premier bilan par l'équipe académique collège
Le débat, mené le mardi 31 mars 1998, a porté sur plusieurs points :
- bilan des actions menées dans le cadre des nouveaux programmes de 6ème et 5ème ;
- missions, méthodes et spécificités de cette discipline.
Il est intéressant de constater que dans ce groupe habitué depuis deux ans aux confrontations de pratique en histoire et géographie, le ton a été ici différent de ce qu'il est d'ordinaire, révélant de la part des participants un fort investissement personnel (tant en classe que dans le débat entre collègues) avec par moments des interventions sur un mode plus passionné, preuves qu'on aborde là un vécu sensible où de nombreuses questions restent ouvertes.
SIXIÈME
En ce qui concerne la classe de 6ème, personne ne s'est résigné à la perte ressentie comme arbitraire d'une demi-heure hebdomadaire. La plupart des collègues des autres disciplines s'investissent peu dans les thèmes qui leur sont théoriquement impartis.
Le fait de ne voir les élèves qu'une heure par quinzaine est très mal vécu (surtout quand une ou plusieurs heures disparaissent pour cause de sorties, jours fériés, conseils de classe...) Dans certains collèges toutefois, les Professeurs Principaux ont en début d'année quelques HSE pour traiter de "la vie au collège". Ailleurs, l'établissement a acheté un fichier et a réparti les fiches entre les différents intervenants.
Certains collègues regrettent que les Principaux n'aient pas la motivation (ou les moyens concrets) de faire appliquer les textes par tous.
CINQUIÈME
Les réactions suscitées par la première année de mise en uvre de l'Éducation Civique, nouvelle formule, en 5ème, sont au contraire globalement très positives. Il y a adéquation entre les contenus et le temps imparti, c'est à dire une heure hebdomadaire.
Les professeurs se félicitent de pouvoir faire passer tout un vocabulaire porteur de valeurs morales et civiques. Les méthodes peuvent être variées car il n'y a pas le stress des programmes trop lourds : travaux de groupes, enquêtes, exposés, interventions extérieures, débats. Grande est la satisfaction de voir les élèves eux-mêmes satisfaits !
Les collègues pensent que l'heure d'Éducation civique est le moment privilégié pour faire émerger le vécu des élèves. Le débat devient alors très passionné sur deux points :
- Notre mission est de leur inculquer des valeurs morales et civiques. Mais l'actualité fourmille de contre-exemples totalement impunis et très médiatisés (ex : vive réaction des élèves, quand récemment un chanteur très populaire a écrit à la une d'un grand journal national qu'il se drogue depuis des années : "lui n'est pas puni. Pourquoi ?" Autre exemple : "La police n'entre plus dans tel quartier de notre ville. Pourquoi ?"). Gérer ces contre-exemples est notre rôle, mais ce n'est pas facile.
- Notre message est souvent totalement en porte à faux par rapport au discours familial. Exemple : nous leur expliquons que le vote est une obligation morale du citoyen ; mais dans certaines familles les parents ne votent jamais. Faire progresser les élèves peut impliquer une déstabilisation momentanée salutaire. C'est certain. Provoquer un dialogue le soir dans les familles à l'occasion du cours d'Éducation civique, c'est très positif. Mais provoquer l'incompréhension, le mépris ou le blâme de l'enfant à l'égard de sa famille ou provoque des mesures de rétorsion violentes de la part des parents, ce n'est pas le but recherché.
Ce nouveau programme centré sur les valeurs à transmettre est très bien accueilli puisque la plupart des élèves de cet âge sont eux-mêmes à la recherche de valeurs. Ils nous demandent des clés pour décrypter l'actualité et les messages des médias (ex : questions multiples autour du procès de Maurice Papon).
En conclusion, ce premier échange sur l'Éducation civique en collège n'est qu'une ébauche (durée : 1h15mn) interrompue par l'heure du déjeuner. Manifestement beaucoup reste à dire. Deux collègues font passer in extremis leur message :
1. Il est incroyable, mais pourtant vrai et constaté que dans certains cas, l'Éducation civique n'est toujours pas assurée en 5ème et que ces heures-là sont utilisées pour l'histoire et la géographie.
2. La dernière remarque est une bonne conclusion partielle du débat : dans aucune autre matière, l'âme et conscience et l'honnêteté morale du professeur ne sont autant impliquées.
* Compte-rendu effectué par Bernadette Fifis

© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims, n°16, 1998.