Le Rôle et la place de l'Histoire, de la Géographie et de l'Education Civique dans les établissements

 

Gilbert Gaudin, IGEN

 

 

état des lieux au 1er janvier

L'Inspection générale et en particulier Gilbert Gaudin, IGEN du groupe Histoire-Géographie, nous a aimablement autorisés à reproduire les résultats de l'enquête, menée sur un échantillon "représentatif", montrant le rôle et la place de nos disciplines dans les établissements.

140 enquêtes ont été recueillies au1er janvier 99 : 60 collèges, 40 lycées et 40 lycées professionnels. La représentativité de l'échantillon est sujette à discussion ; ont répondu plutôt des "bons" établissements mais l'ensemble est assez varié. Les lycées professionnels ont bien répondu. Parmi les IPR, 4 académies n'ont pas donné de réponse.

 

 

1. Les services des enseignants

• Des heures d'enseignement avant tout donc peu de place pour les actions périphériques. A peine 1% des heures sont liées à un projet (un peu plus en L.P.) toujours académique.

• La disponibilité des enseignants :

- Les Heures Supplémentaires : entre 3 et 4 % des services, c'est-à-dire bien en dessous des taux imposables de 2/18 ou 2/15 mais parfois services très lourds de 21 heures.

- Les services partiels : très importants. 14% en collège, 8% en lycée ; il s'agit parfois de sous-service. Peuvent être un facteur favorable par la disponibilité ou un facteur défavorable par le désengagement.

• La spécialisation des enseignants :

- En lycée : 30% d'agrégés, 70% de certifiés. Ce sont parfois des professeurs spécialisés seulement en histoire.

- En collège : poids écrasant des certifiés (de toute origine) qui représentent 80% des effectifs. Peu d'agrégés, peu de stagiaires, peu de M.A. Les PEGC sont une "espèce" en voie d'extinction avec un tiers des PEGC en service partiel, donc perte de la bivalence.

- En lycée professionnel : il y a presque exclusivement des PLP2 (90%), donc une uniformisation et une affirmation de la bivalence. Notre problème se pose en d'autres termes dans ces établissements : l'histoire-géographie ne représente qu'un quart des services.

 

 

2. L'implication dans l'établissement et l'institution

• Une très forte implication des professeurs d'histoire-géographie dans l'établissement comme professeur principal. Une classe ayant en moyenne au moins huit professeurs de disciplines différentes, on s'attendrait à trouver un taux de professeurs principaux de l'ordre de 12%: 80% en collège, plus de 50% en lycée et lycée professionnel. La réponse porte peut-être plus sur la potentialité à être professeur principal que sur le fait de l'être cette année. Le professeur d'histoire-géographie cumule trois facteurs favorables : il a la classe entière, il enseigne l'éducation civique, ou tout en moins assure l'élection des délégués de classe, il n'est pas perçu comme un professeur "technique" mais comme un généraliste. La charge de professeur principal est acceptée et même revendiquée.

Un cas très intéressant, celui des lycées professionnels où le professeur principal assure le suivi des stages en entreprises. Ce rôle était plutôt dévolu aux professeurs techniques spécialistes de la branche. On constate une montée en puissance des professeurs de lettres-histoire comme professeurs principaux avec l'accord des proviseurs. Cela marque un changement de rôle, l'affirmation d'un groupe, une forme de reconnaissance.

• Une forte implication dans la vie de l'établissement comme élu au Conseil d'Administration : 22% en collège, 17% en lycée, 25% en lycée professionnel. Un engagement syndical et personnel plus que professionnel, mais un engagement fort.

• Une moindre implication au niveau académique : 20% comme conseiller pédagogique, de 10 à 15% comme formateur. Un vivier très important.

 

 

3. La cohérence de l'équipe histoire géographie autour du cabinet d'histoire géographie

On peut lier les réponses à trois questions sur le cabinet d'histoire, les conseils d'enseignement, la cohérence de l'équipe.

• Les conditions matérielles :

- La décharge. La règle est appliquée et la décharge ne paraît pas menacée. Sauf le cas de dinosaures en place depuis très longtemps, la fonction connaît une rotation annuelle : en lycée, une heure ; en collège, une heure dans les deux tiers des cas, une demi-heure pour les autres, ce qui correspond à la proportion de collèges de moins de quatre professeurs ; en lycée professionnel, aucun horaire prévu ( la question a fait sourire ou a soulevé des protestations) et pourtant cela fonctionne.

- Le local : du placard à balais à la pièce spacieuse et lumineuse.

- l'équipement : des situations très différentes suivant la nature des actions entreprises.

• Les liaisons avec le CDI ne paraissent pas poser de problème avec des solutions variables mais amicales dans le partage de la documentation. C'est au contraire un moyen d'intervention dans la constitution de la documentation.

• Les niveaux de fonctionnement :

- niveau 0 : le stockage des cartes plus ou moins ordonné - environ 10%.

- niveau 1 : constitution d'un stock de matériel pédagogique propre à l'histoire géographie ; réflexion sur les nouveaux programmes et les épreuves du bac - environ 40%.

- niveau 2 : le niveau 1 plus un travail en commun et l'organisation d'épreuves communes - environ 40%.

- niveau 3 : la production de documents versés dans un pot commun d'où un équipement informatique avec un scanner, organisation de stages d'établissement - environ 10%.

• Les conditions de fonctionnement :

- la stabilité de l'équipe entière ou partielle. Dans ce cas, on parle d'un noyau dur de trois ou quatre professeurs,

- un leader,

- un local où on puisse se réunir et travailler sur du matériel,

- la convivialité : la machine à café comme outil pédagogique !

Quand ces conditions sont réunies, le conseil d'enseignement perd son caractère formel pour une coopération au quotidien. La réponse de deux conseils d'enseignement par an (un dans le cadre de la prérentrée, un en fin d'année pour choisir les manuels) est un signe de dysfonctionnement ou du moins de fonctionnement individuel.

 

4. Les champs d'intervention des professeurs d'histoire géographie

• En lycée professionnel :

- organisation autour de trois pôles dans des ensembles sécants : citoyenneté, ouverture, culture ;

- l'objectif de formation globale de l'élève qui assure une cohérence d'ensemble ;

- la relation avec les programmes de français et d'histoire géographie donc une forte interdisciplinarité ;

- le changement de perspective (voir pour cela la synthèse de mmes. Labroille et Landier - IEN/ET Lettres de Bordeaux).

• En lycée (général et technique ou polyvalent) :

- organisation sur trois même pôles dans des ensembles sécants ;

- un fort ancrage disciplinaire donc une approche plus "technique" moins interdisciplinaire, moins globale ;

- des actions importantes en volume et en durée ;

- le point fort est celui d'ouverture ;

- une entrée en force d'internet.

• En collège :

- toujours l'organisation sur les trois mêmes pôles ;

- des actions plus diffuses, moins lourdes, moins organisées ;

- un pôle très fort de la citoyenneté dans lequel on retrouve tous les thèmes du programme d'éducation civique ; il y a donc là une frontière mal établie, un risque de confusion très regrettable ;

- une position incertaine des parcours diversifiés qui tendent à "manger" à la fois le champ de l'éducation civique et le champ de l'histoire (voir les thèmes sur le Moyen Age qui ressemble fort à ceux de l'ancien programme d'histoire) ;

- à la fois un repli sur la discipline histoire géographie et un manque de dynamisme interne ou externe ; 45% des enquêtes restent muettes sur le point 1.3, les projets innovants internes à l'histoire géographie et l'éducation civique comme si nouveaux programmes et parcours diversifiés avaient étouffé les initiatives.

 

conclusion :

L'enquête a pu surprendre certains, déclenché des réactions, encouragé ceux qui avaient su entreprendre.

 

 

synthèse de l'enquête dans les lycées professionnels de l'académie de Bordeaux.

Mmes Labroille et Landier

 

On peut constater au vu des enquêtes réalisées en lycée professionnel que :

 

- dans tous ces établissements, pris au hasard de nos inspections, qu'ils soient ruraux, urbains ou de ZEP, I'ensemble des enseignants PLP Lettres histoire participe activement à la vie de leur établissement. Ils sont fréquemment élus au C.A et sont souvent à l'initiative de divers projets qui sont inscrits dans les projets d'établissement,

- les professeurs animent avec dynamisme des actions dont la forme peut varier de la simple sortie à des projets plus ambitieux qui mobilisent plusieurs établissements d'un même département,

- un même enseignant peut s'investir dans plusieurs projets initiés par plusieurs équipes,

- tous ces projets s'articulent autour de quatre grands thèmes : la citoyenneté, les droits de l'homme, l'environnement, la maîtrise des discours. La bivalence des PLP favorise une dimension transversale qui dépasse le cadre de la simple discipline. L'ouverture culturelle est un souci permanent des équipes,

- cette ouverture se manifeste autant par l'intervention de partenaires extérieurs que par l'utilisation de différents supports,

- ces actions font de plus en plus appel aux nouvelles technologies,

- les projets repérés sont en relation soit avec les programmes d'histoire géographie, soit avec ceux de français. Contrairement à d'anciennes pratiques, ils visent à faire acquérir des savoirs et des savoir-faire spécifiques aux disciplines tout en insistant sur des compétences plus générales comme l'autonomie de l'élève. Ces objectifs favorisent le travail en équipes disciplinaires,

- cette dimension n'est jamais exclusive, elle tente en même temps de s'inscrire dans une démarche plus globale qui sollicite les autres disciplines. Les actions s'appuient de plus en plus sur le travail du documentaliste qui en devient un des pivots.

 

 

Pour conclure, il semblerait que ces projets manifestent une nouvelle approche de la place et du rôle des disciplines "littéraires" dans les L.P. Chacun est convaincu que ces enseignements non seulement participent à la formation globale des jeunes mais aussi qu'ils les préparent à devenir des adultes responsables, ouverts aux autres, capables de s'insérer et d'évoluer dans la société.

L'enquête semble faire apparaître un changement de perspective. L'enseignement général n'est plus mis au service de l'enseignement professionnel, il contribue à la formation du jeune. Il est cependant encore un peu prématuré d'en tirer des conclusions trop optimistes. Il est encore trop tôt pour juger de leur degré de réussite. Un travail de suivi et d'analyse sera nécessaire pour évaluer l'impact de ces projets sur les acquisitions des élèves.

 

 

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© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. n°18  , 1999.