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    LES SERVICES EDUCATIFS DE L'EDUCATIF
DE L'ACADEMIE
ET L'EDUCATION AU PATRIMOINE

Par Gracia DOREL-FERRE, IPR. IA,  Académie de Reims.

Depuis cette année, les services éducatifs ainsi que les différentes actions culturelles qui relèvent de l’Inspection d’histoire et géographie de l’Académie sont regroupés sous la mention " équipes patrimoniales ". Il ne s’agit pas d’une nouveauté mais de la réaffirmation des missions qui sont dévolues à celles et ceux qui travaillent, pour partie de leur emploi du temps, dans ce domaine.

Réfléchir sur le sens des mots, sur leur genèse et leur évolution fait aussi partie du travail de l’historien. Le terme patrimoine, que l’on emploie abondamment et dans toutes les situations, mérite que l’on s’interroge sur son récent succès. La définition habituelle, soit le legs de nos parents que nous aurons à transmettre, sauf à le dilapider, nous vient du XVIIIème siècle. Auparavant, on connaissait le goût pour les Antiques ou pour les Cabinets de curiosités, qui nous renvoient à une certaine idée du patrimoine, mais celle-ci tournée, avant tout, vers l’Antiquité. Dans les consciences, elle était nettement associée aux catégories sociales aristocratiques et ne satisfaisait pas la mentalité bourgeoise naissante. D’où, à la fin du XVIIIème siècle, la mode des " Antiquités nationales ", visible dans la peinture d’histoire et la recherche de héros nationaux, qui se fraie un passage entre la mode pompéienne et l’Egyptomanie pour triompher pleinement avec les romantiques et la ferveur pour le Moyen-Age. Certains épisodes qui seront largement popularisés par l’école de la IIIème République datent de cette époque-là : le martyre de Saint Denis, la mort d’Etienne Marcel, les bourgeois de Calais.

On sait que cette redécouverte du Moyen-Age avec tout ce qu’elle a supposé de distorsions et de filtres a tout de même permis le repérage, le sauvetage et pour partie, la restauration de nombreux monuments français. Nous le devons à Mérimée, à Viollet-le-Duc et à ses successeurs, confortés par la mode du temps, les succès littéraires tels que celui de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, l’engouement des élites bourgeoises au pouvoir, les grands courants artistiques qui ont intégré, en particulier dans l’éclectisme la vogue néogothique. C’est du Second Empire que date la création et l’organisation d’un service d’Etat des Monuments français. Parallèlement, les historiens positivistes mettaient en avant l’usage du document écrit ou iconographique. La IIIème République incorpora tout cet ensemble de préoccupations dans l’enseignement obligatoire, se situant ainsi dans une lignée sans ruptures depuis un siècle.

On sait aussi que le choix qui s’est alors opéré a prioritairement sélectionné les oeuvres majeures issues des élites de ce passé : châteaux, cathédrales, monastères. Il reste encore de nos jours, pour la majeure partie des sites sélectionnés, celui de la Caisse des Monuments Historiques, auquel on a ajouté quelques villes " d’art et d’histoire ". Cependant la notion de patrimoine a été notablement enrichie durant le dernier tiers de ce siècle écoulé. Les désindustrialisations opérées massivement à partir de la fin des années 60 ont porté l’intérêt du public et les feux de l’actualité sur les grands vestiges architecturaux légués par la deuxième industrialisation. S’il n’est pas encore le moment de crier victoire, on se rappelera cependant que le siège des groupes sociaux européens de Nestlé se trouve maintenant dans l’ancienne chocolaterie Menier, à Noisiel, près de Paris ; que le centre national des archives du monde du travail se trouve dans l’ancienne filature Motte-Bossut à Roubaix, et que plus près de nous à Chaumont, la bibliothèque-musée de l’affiche est installée dans les anciens silos à grain près de la gare. Comment expliquer l’intérêt toujours croissant que suscite un patrimoine divers, qui recouvre aussi bien les commandes d’une élite que le cadre d’existence du monde du travail ?

Là encore, il faut aller chercher des réponses dans l’immense réserve d’expériences humaines que constitue l’histoire. On a vu plus haut que le retour en force de l’idée de Moyen-Age était largement dû à la sensibilité des classes bourgeoises pour qui les références à l’Antique étaient trop éloignées. En fait, le mouvement a démarré en Angleterre, après une révolution qui a abouti, rappelons-le à la décapitation du monarque et à la mise sous surveillance de ses successeurs. Après une guerre civile particulièrement dure, il avait fallu inventorier les dégâts et reconstruire. Du coup, on s’était mis à reconsidérer les bâtiments endommagés, que la plupart du temps on n’avait pas les moyens de raser pour en édifier de neufs. La proximité géographique assortie de la puissance narrative de l’art médiéval gothique ont fait le reste.

Aujourd’hui, nous avons un réflexe analogue. Depuis un quart de siècle une culture planétaire qui nous vient de la puissance dominante et dont nous soupçonnons l’ambivalence et l’ambiguïté des objectifs, nous envahit de repères identiques, de formules identiques, de modes d’expression identiques. Alors, spontanément, nous nous retournons vers ce qui a constitué notre environnement passé, dans sa diversité, dans sa richesse, dans son inventivité. Là réside l’attrait actuel du patrimoine, proche, parlant et sensible. C’est en cela qu’il est devenu une composante de notre enseignement : il suppose qu’on l’identifie, qu’on l’étudie, qu’on le prenne en compte à l’heure de décider de l’aménagement de notre environnement pour le présent et le futur.

Le patrimoine : un enseignement renouvelé par les nouvelles orientations officielles.

Le patrimoine recouvrant d’une façon large le legs de nos pères, il est bien sûr mutiforme. On le trouve à chaque détour de rue, mais on le trouve tout particulièrement concentré dans des lieux déterminés que sont les archives nationales, départementales et municipales, les musées et les bibliothèques aux statuts divers. Parmi toutes ces structures, les archives ont une grande ancienneté et une grande pratique : elles accueillent des classes depuis longtemps et publient des dossiers de travaux et des catalogues d’exposition. Toutes, cependant présentent des points communs : on s’y rend en classe entière ; les élèves sont confrontés à des "objets " inhabituels issus du passé ; ils sont conduits à en décoder le sens par des exercices appropriés. Elles sont parfois intégrées à des procédures pédagogiques ambitieuses que sont les sorties. Elles sont associées alors à un parcours urbain, une classe découverte, voire une classe-patrimoine. Pour ces dernières, nous avons mis en place une opération d’inventaire pédagogique de ressources patrimoniales qui devrait commencer à formaliser ses résultats sur le site Internet de l’Académie.

A chaque fois, que ce soit pour un parcours limité ou pour une action de longue durée pouvant atteindre la semaine dans le cadre d’une classe transplantée, la structure du cours est mise de côté au profit d’autres procédures d’enseignement: l’observation in situ, le parcours dont le contenu défile au rythme de la marche, les interventions ponctuelles. Cet enseignement qui ne se constitue pas en leçons mais en collectes d’informations a un sens tout particulier. Il a une valeur absolue, aussi efficace et aussi productive qu’une séquence de classe. Cependant, les diverses contributions nécessitent une récapitulation structurée à un moment déterminé faute de quoi les élèves risqueraient de s’y perdre.

Jusqu’à présent, le recours aux services éducatifs n’a pas été massif, tant s’en faut. On sait que la clientèle est avant tout composée du primaire et en moindre quantité du premier cycle du second degré. En fait, les services éducatifs ont constitué un luxe pédagogique, dans la mesure où seule une élite professionnelle convaincue faisait appel à eux, à la suite de montages administratifs particuliers qui requéraient la conviction des chefs d’établissement et la bonne volonté des collègues. Il n’en sera plus de même dans le futur, car des espaces précis dans l’emploi du temps seront réservés désormais à des " parcours croisés " en classe de 4e au collège et à des " travaux personnels encadrés " en classe de 1ère au lycée. Il s’agit dans les deux cas d’activités menées par des tous petits groupes, sur la base d’un thème interdisciplinaire, utilisant de préférence l’informatique dans la présentation des résultats. On voit tout de suite que ce qui était un recours quasiment exceptionnel va devenir une pratique courante: aux archives, exploitation des cahiers de doléances en français-histoire, à la bibliothèque, étude du livre manuscrit au livre imprimé en français-histoire-arts plastiques, au musée, paysage et société en français-histoire-arts plastiques, etc. Nous demanderons prochainement aux équipes académique collège et lycée de se pencher sur cet aspect des choses afin de nous aider à produire des listes de sujets possibles compte tenu des ressources locales.

Là encore, il s’agira de formes d’enseignement différentes. Pas de modification radicale : l’essentiel de notre action pédagogique reste définie par une structure en séquences, appelées cours, et dans bien des cas il s’agira d’institutionnaliser ce que l’on faisait déjà. Il reste que notre pratique se diversifie notablement, et que nous ne devons pas craindre cette orientation. Elle va nous permettre de connaître nos élèves selon des facettes variées et complémentaires tout en les initiant à une autonomie devenue de plus en plus nécessaire. Certains concours proposés tout au long de l’année pourront être traités dans ce cadre-là.

Pour vous aider à préciser votre panorama des ressources patrimoniales de l’Académie, nous avons demandé à chaque service éducatif de produire une fiche d’identité vous donnant tous les renseignements utiles. C’est le dossier qui suit. Espérons qu’il réponde à vos besoins et à vos attentes.

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Quelques références utiles :

Le patrimoine urbain dans le quotidien de la classe, CDDP de l’Aube, 1993
quatre dossiers expliqués au niveau de l’école, du collège, du lycée, précédés d’un guide pédagogique, sous la direction de Gracia Dorel-Ferré, IA-IPR

- Patrimoine et didactique, CRDP de Lille, 1994
nombreux exemples, sous la direction d’Alain Nolibos, IA-IPR

- Les voies du patrimoine, Terres ardennaises, 1997, sous la direction de Gracia Dorel-Ferré

- Art et patrimoine, Revue de l’IREHG, n°6, 1998

- Enseigner le patrimoine industriel, le cas de Saint-Dizier, CRDP de Reims, 1998, sous la direction de Gracia Dorel-Ferré

- Etudier le patrimoine, à l’école, au collège, au lycée, CRDP de Besançon, 1999.

 

© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. N°20, 2000.

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