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LA GAULE ET LES GAULOIS
AVANT LA CONQUETE ROMAINE

 

Compte-rendu de la conférence de M. Goudineau professeur au collège de France.23.06.1999 . Espace Evénements Ecureuil, Reims, par Jean-Pierre Frérot.

Le professeur Christian Goudineau a passionné son auditoire en livrant une synthèse des recherches les plus récentes sur la Gaule et les gaulois avant la conquête. Les connaissances ont beaucoup progressé depuis une dizaine d’années en grande partie grâce aux découvertes archéologiques. Cette conférence était à l’initiative de la fédération des sociétés archéologiques de Champagne-Ardenne, qui invitait.

A propos des gaulois, le professeur Goudineau a choisi de se limiter aux aspects socio-économiques.

L’idéologie dominante était au siècle dernier celle-ci : le progrès n’a pu venir que de la conquête romaine. L’empereur Napoléon III s’attelle personnellement à l’histoire de César pour démontrer que le césarisme a du bon. Plus récemment, dans la bande dessinée qui met en scène Astérix, on nous fait croire que tout commençait et que tout finissait par un banquet. On voit surtout des artisans, Obélix est livreur de menhirs. Les agriculteurs sont absents.

L’archéologie, spécialement l’étude des pollens, la palynologie, nous apprend que les rendements en céréales étaient élevés. Ils ne seront pas dépassés avant longtemps .La majorité des gaulois ne mangent pas de sanglier, la chasse est aristocratique. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, la taille des animaux domestiques (chevaux, bovins, porcins) a diminué depuis le néolithique.

Un peuple gaulois occupe l’équivalent de deux à trois départements actuels. L’occupation de l’espace est très structurée.Tout en haut de la hiérarchie, ce qu’on appellera des villes même si le terme prête à discussion. La capitale des éduens, Bibracte, est une agglomération très lâche, avec beaucoup d’espaces vides. Au 19e siècle, le site a été identifié par un érudit local M. Bulliot. Pour tous les contemporains, Bibracte ne pouvait être qu’Autun. Mr Bulliot prouve le contraire : il suffisait de partir des récits de César dans La Guerre des Gaules. Napoléon III est finalement convaincu et les fouilles commencent sur les deniers personnels de l’Empereur. A la mort du découvreur du site de l’antique Bibracte, son neveu J. Dechelette poursuit l’oeuvre jusqu’en 1914. Les fouilles ont repris en 1984 à l’initiative de François Mitterrand qui en a fait un centre archéologique européen où collaborent différentes universités (voir le bulletin n° 20).

Les archéologues se sont livrés entre autres à de fructueuses expériences de reconstitution historique, dont le célèbre murus gallicus, rempart gaulois décrit par César. On a pu prouver que pour 5 km de remparts (Bibracte ), il fallait 50 tonnes de fer (les clous) et défricher plus de 100 ha de chênaie.

 

 

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murus gallicus d'après J. Déchelette

 

Le site est impressionnant, l’oppidum culmine à plus de 800 mètres. (Mont Beuvray). Il y a de la majesté dans cette capitale.

Le monnayage a commencé en Gaule vers -300, par des imitations du statère en or de Philippe de Macédoine. La symbolique tourne autour du char d’Apollon. Du jour au lendemain cette monnaie est remplacée par le denier d’argent qui qui a la même valeur que le drachme de Marseille ou le ½ denier romain ! Et l’iconographie change : la Rome casquée prend la place,en -147. Sur l’autre face de la monnaie, le mythe grec est abandonné pour être remplacé par le personnage en majesté.

 

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denier d'argent à la légende

Dubmnoreix

 

Nous avons vécu le passage à l’euro et nous pouvons tenter de comprendre ce que signifient des monnaies qui ont le même poids et peuvent s’échanger facilement. Cela correspond à une volonté politique.

A Bibracte, mais aussi sur d’autres sites gaulois, les archéologues découvrent des tonnes et des tonnes d’amphores. L’archéologie sous-marine en plein essor remonte à la lumière des cargaisons entières de navires faisant le commerce entre l’Italie et la Gaule. Bien évidemment, on ne retrouve pas une cargaison de céréales qui a passé des années sous l’eau. On sait par d’autres sources qu’elles étaient un des termes de l’échange avec l’Italie.

Le vin est arrivé d’Italie par millions d’hectolitres ! Il était échangé contre des céréales gauloises, des salaisons, des peaux qui ne laissent pas de traces archéologique non plus. Par contre on a retrouvé une épave contenant des lingots de métal gaulois.

Et on a retrouvé des entraves à esclaves .Ces liens métalliques ressemblant à des menottes d’aujourd’ hui servaient à attacher les esclaves entre eux , ou à les entraver pendant la nuit...Voilà ce que la Gaule encore libre échange contre le vin importé d’Italie. Les récentes découvertes archéologiques mettent en évidence ces entraves à esclaves dans ce que nous appellerons de grosses fermes fortifiées qui ont d’étranges similitudes avec les châteaux forts du Moyen-Age : des murailles épaisses, des tours protégeant l’entrée,une basse-cour comportant des logements pour les domestiques ou les esclaves, une haute-cour avec une autre grande maison et une tour. Or, César parle de guerres continuelles, tous les ans. Au début , on se procure des esclaves sur son territoire, puis on est obligé de partir de plus en plus loin. Une autre conception de la liberté individuelle a pris corps, si l’on peut dire. On sait qu’il y avait beaucoup de gaulois dans la révolte de Spartacus .

 

On ne peut donc pas parler d’un peuple mais des peuples gaulois à des niveaux différents de développement. Les interventions de César telles qu’elles sont notées dans La Guerre des Gaules, ont toujours lieu , année après année, au nord et à l’ouest de la Gaule, en marge de la zone centrale et sud alliée aux romains. Jamais au centre où l’on trouve le denier d’argent.

La romanisation a commencé bien avant la conquête de la Gaule par César. Elle s’est faite de proche en proche à partir de la province romaine de Transalpine conquise, elle, à partir de -125. La Gaule centrale était conquise par le commerce bien avant l’époque de César.

Au fait, les gaulois avaient-ils les cheveux blonds et de grandes moustaches ?

 

 

© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. N°21, 2000.

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