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François Bonhommé :
peintre, témoin de la vie industrielle au XIXème
siècle

Par Gracia Dorel-Ferré

 

Le musée du Fer a organisé en 1996 une exposition qui devait faire date dans l'histoire de l'art associé à l'industrie. Pour la première fois, en effet, on avait pu réunir la totalité de l'oeuvre subsistante de Bonhommé, le seul peintre français à avoir consacré son art et sa vie à la représentation ses espaces et des métiers de l'industrie.

Rappelons les grands traits de la biographie et de l'oeuvre de Bonhommé, paradoxalement très connu pour quelques-uns de ses tableaux fréquemment publiés dans les manuels d'histoire, et totalement méconnu comme personne et comme peintre.

Né en 1809, dans un milieu modeste mais sensible à l'art (son père est décorateur de voitures), il se forme auprès d'Horace Vernet et Paul Delaroche. Ses premiers tableaux sont, suivant le goût de l'époque, des scènes mythologiques et jusque 1835, la voie qu'il suit est celle d'un classicisme de bon aloi, mais sans originalité particulière. Tout se décide en 1836, lors de circonstances qui nous sont connues grâce à Alexandre Dumas, qui fut son ami fidèle sa vie durant: " François Bonhommé, écrit-il, a commencé à faire la peinture de tout le monde. Mais un jour par accident, pendant un voyage en Belgique, il entra dans les Forges de Philippeville. Là il fut frappé tout à la fois par le mouvement, la vie et la lumière particulière à ces sortes d'établissements. Il lui parut dès lors que ce côté de la lutte de l'homme contre la matière était trop négligé par l'art.... ". Cette prise de conscience était peut-être préparée par le fait que Bonhommé avait des engagements personnels forts. Proche de l'idéologie saint-simonienne, il était persuadé que le progrès social était intimement lié au progrès industriel. Ceci allait de pair avec un immense respect pour les ouvriers. Dans un manuscrit conservé au musée du Fer, il écrit: " Ils sont les soldats de l'industrie, des conquêtes pacifiques...Ils nous nourrissent, ils meurent pour nous. Qu'attendons-nous donc nous mêmes, artistes et poètes, pour leur dédier nos livres et nos tableaux ? "

Le grand mérite de l'ouvrage de Marie-Laure Griffaton, d'où nous tirons nos informations et nos citations, est d'avoir analysé de façon chronologique et synthétique l'oeuvre de Bonhommé. L'ensemble monographique d'Abainville réalisé en 1836 nous présente le site de la forge, de différents poins de vue, mais aussi avec tous ceux qui y travaillent: leurs silhouettes, croquées au lavis, sont d'une vivacité extraordinaire: commis à l'exploitation du bois, aide fondeur, lamineurs, forgeron en train de bourrer sa pipe, contremaître, comptable, épouse du maître du forge, etc. Tout ce petit monde a été représenté dans son allure, son vêtement, sa pose. C'est un témoignage exceptionnel.

Les forges de Fouchambault (1840) ont donné lieu à de vaste compositions, intérieurs et extérieurs, fourmillant de détails. C'est un exemple de forge à l'anglaise. Bonhommé a tout particulièrement fait ressortir, selon son propre témoignage, les effets de jour et de feux. Plus connus peut-être les tableaux qui lui sont commandés pour le Creusot, Montceau les Mines, Blanzy et Montchanin, les forges d'Indret. Là encore, il a laissé, à côté de vastes compositions, des esquisses représentant ouvriers et ingénieurs. L'essentiel de l'oeuvre de Bonhommé est produite dans les années du Second Empire. Tout ne nous est pas parvenu, puisque son oeuvre majeure, un ensemble monumental de panneaux en vis-à-vis évoquant les travaux de l'exploitation du charbon et des minerais et leur transformation industrielle, qui décoraient la salle d'étude du dessin de l'Ecole Impériale des Mines, ont été détruits en 1905.

Toute sa vie, Bonhommé travaille sans rien remporter qu'un succès d'estime et l'encouragement de quelques indéfectibles amis. Son atelier est détruit pendant le siège de la ville de Paris en 1871. Ceux-ci interviennent pour le faire nommer professeur à la Manufacture de Sèvres, mais, victime d'un dérangement cérébral, il devra abandonner son poste et meurt à Sainte-Anne en 1881. Une partie de son oeuvre est dispersée ou détruite, après sa mort.

Seul dans sa catégorie, Bonhommé peut être assimilé à un peintre d'histoire, une histoire de l'industrie contemporaine qu'il dépeint avec réalisme, justesse et tendresse. Toutes ses représentations sont d'abord des reportages sur le vif, qu'il sait mettre en scène avec une grande intensité dramatique et un indéniable sens du récit. Son témoignage est essentiel, non seulement en lui-même, mais aussi en ce qu'il est attentif aux progrès de l'industrie et en rend compte, scrupuleusement. Le catalogue publié à la suite de cette exposition, dû à Marie-Laure Griffaton, la spécialiste du peintre, constitue pour les enseignants et les chercheurs une mine d'informations et de documentation essentielles, où le sujet est totalement renouvelé.

Cet ouvrage* serait à recommander à tous les CDI du fait de son accessibilité et de la qualité de ses reproductions. Il comprend, outre le catalogue raisonné de l'oeuvre du peintre, une suite d'études sur l'homme, sa peinture, le contexte dans lequel il a exercé, une chronologie, un ensemble de textes d'époque le concernant ( dont un manuscrit du même Bonhommé et un superbe texte de Dumas père), une bibiographie. Bref, un livre d'art doublé d'un outil particulièrement utile aux élèves de Ière, en TPE, aux enseignants d'histoire-géographie et d'une façon générale, à tous ceux que l'histoire industrielle intéresse.

 

*Marie-Laure Griffaton, François Bonhommé, peintre, témoin de la vie industrielle au XIX siècle, Editions Serpenoise, 1996

 

Le forgeron au repos, lavis de F. Bonhommé.
Musée de l'Histoire du Fer, CCSTI du Fer et de la Métallurgie, Jarville, Nancy.

 

 

© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. N°22, 2000.

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