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FORUM de l'APHG

La Régionale de l'Association des Professeurs d'Histoire Géographie qui organisait les 7, 8, et 9 mars 2000 son forum annuel, a rassemblé plus de 150 collègues historiens-géographes, hispanistes et économistes sur le thème

Amérique latine : histoire, espaces et culture

 

 

Intervenants:

Bernard Grunberg (Université de Reims) Les Conquistadores
Laurent Vidal (Université de la Rochelle) Villes et urbanisation d'Amérique Latine du XVIème au XIXème siècles
Thomas Gomez (Université de Paris X Nanterre) L'invention de l'Amérique Latine
Pernette Grandjean (Université de Reims) Les problèmes agraires au Brésil
Noëlle Demyk (Université de Paris VII) Coopération et développement en Amérique centrale
Claudio Jedlicki (CREDAL) Le Mercosur
Laurent Faret (Université de Paris VII) Migrations et sociétés hispaniques dans le sud des Etats-Unis
Atahualpa Lichy réalisateur L'évolution du cinéma en Amérique Latine depuis les années 50
Marion Aubree (EHESS) Aspects culturels du fait religieux au Brésil et au Mexique
Pierre Vayssière (Université de Toulouse) Cuba, une île révolutionnaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Migrations et sociétés hispaniques
dans le sud-est des Etats-Unis

 

Par Laurent Faret, Université de Paris VII.

 

La présence hispanique dans le Sud des Etats-Unis n’est pas étrangère aux phénomènes migratoires, donc le sujet inclut une grande partie du Mexique et d’autres espaces d’origine en Amérique du Sud.

Il convient d’abord de faire l’état des lieux de cette présence hispanique. Pour cela, il est indispensable de distinguer population d’origine latino-américaine (plus difficile à mesurer) et population née en Amérique du Sud. La distribution des populations aux Etats-Unis répond à un certain nombre de modèles migratoires: la spécificité du Nord-Est et du Nord-Centre tient aux courants d’origine européenne, celle du Sud (Texas inclus) à une forte concentration de gens d’origine cubaine; les habitants d’origine sud-américaine se retrouvent dans le Nord-est, le Sud et l’Ouest. On distingue quelques pôles de concentration comme la Californie, la Mégalopolis, la Floride, le Texas et la région des Grands Lacs (surtout Chicago). La part des hispaniques dépasse 25% (à l’échelle du comté) dans le Sud-Ouest. La toponymie montre le gradiant des noms à consonnance hispanique du Sud vers le Nord, témoignant aussi du fait que le Sud et l’Ouest appartenaient au Mexique jusqu’au milieu du XIXème siècle. Cette étude de la distribution spatiale des hispaniques doit être croisée avec la dynamique migratoire d’ensemble. La part des hispaniques croît après 1960 et surtout après 1980 grâce à des flux existant auparavant mais qui évoluent en raison de problèmes politiques, puis sont de plus en plus liés aux aspects économiques. En 1996, on comptait 1,7 million de centre-américains aux Etats-Unis, ce qui représente parfois une part importante de la population nationale (10 à 12% de celle du Salvador, par exemple). Les aires de départ vers les Etats-Unis s’étendent jusque dans les Andes, au Pérou, en Bolivie, en Colombie. Le nombre d’immigrants légaux sud-américains est passé de 100 000 en 1980 à 286 000 en 1990.

L’étude des migrations latino-américaines montre certaines évolutions et tendances.

On remarque une diversification des origines socio-professionnelles, et elles concernent de plus en plus des classes moyennes urbaines et des gens qualifiés, alors qu’auparavant elles étaient surtout le fait de ruraux paysans ayant au moins une période libre dans l’année.

La répartition par âges évolue également: la médiane reste 25-30 ans pour les actifs, mais on note l’augmentation de la part des jeunes et une certaine féminisation due non seulement aux regroupements familiaux mais aussi à des nécessités économiques.

Les migrations se dirigent de plus en plus vers les grands centres urbains (alors que le programme «brasero» en attirait beaucoup en milieu rural jusque dans les années 60) comme Los Angeles, San Francisco ou Chicago; les villes du Texas n’attirent plus autant les migrants récents nés au Mexique.

Parallèlement à cette évolution, on constate l’allongement de la durée du séjour et le passage d’une migration saisonnière à une installation durable. L’I.R.C.A. (loi de 1987 qui réforme et contrôle l’immigration) a permis la régularisation de la situation de 3 millions de «sans documents» devenus résidents des U.S.A. Il faut aussi compter avec les regroupements familiaux.

Ces installations donnent naissance à des souches migratoires en raison de la concentration dans certains périmètres qui fonctionnent comme des relais, des points importants des logiques migratoires.

La région urbaine de Los Angeles sert de point de redistribution des Mexicains vers tout le territoire, tant vers le Nord (Seattle), le Sud, le Sud-Ouest que vers le Nord-Est (phénomène limité mais nouveau); la polarisation reste forte sur Los Angeles, mais la croissance des effectifs s’avère plus rapide ailleurs, donc il y a bien diffusion de cette migration. Les flux demeurent importants vers le reste de la Californie et le Texas, donc les migrations saisonnières vers des espaces ruraux se poursuivent. La provenance des mandats reçus à Ocampo témoigne bien de la diffusion de la migration: en 1987, ils arrivaient essentiellement du Texas, de la région de Chicago puis de Californie; en 1993, les origines sont les mêmes, mais il en part aussi de toute la côte Est.

A l’échelle intra-urbaine, en reprenant l’exemple de Los Angeles, on note une concentration dans les villes-centres, en périphérie des centres-villes (East Los Angeles) et à proximité des centres secondaires, donc dans les lieux centraux des villes. Les lieux de premières arrivées restent identiques, preuve du fonctionnement là aussi des souches migratoires et des filières : le groupe procure des fonds, un logement, des documents (souvent faux) envoyés par une personne (ce qui est plus sûr que la poste) et rendus une fois la frontière franchie …On retrouve ce renforcement de la présence péricentrale à Dallas (Oak Cliff).

On remarque une ségrégation spatiale par rapport aux populations d’accueil (installation très liée au type d’activité, souvent dans les quartiers à proximité des anciennes industries) et entre Latinos du fait de logiques externes (liées à l’espace) et internes (volonté d’être ensemble …)

Tous les travaux permettent de caractériser la logique de canalisation par l’importance des réseaux sociaux (qui peuvent être familiaux, mais aussi souvent communautaires) tant pour entrer aux Etats-Unis (80% de la migration sont effectués par des indocumentados) que pour la distribution spatiale des immigrés: les premières implantations nouvelles (comme à Atlanta) sont la conséquence d’expériences isolées qui se traduisent par des réussites et semblent transposables, puis sont connues grâce à un réseau d’informations. Les études révèlent également un jeu complexe des circulations migratoires avec des installations plus ou moins durables, des retours (peu nombreux mais avec souvent la volonté de mettre en valeur les connaissances acquises, les contacts conservés par la pratique du commerce par exemple), des changements d’Etat … facilités par le développement des transports et communications.

On peut s’interroger sur la dimension culturelle de cette présence hispanique, vaste question au regard de l’hétérogénéité du groupe …

L’origine nationale reste souvent mise en avant par les populations immigrées, mais les recensements aux Etats-Unis comptabilisent les blancs non hispaniques, les hispaniques et les noirs, ce qui masque la variété des origines. On décèle peu à peu l’émergence d’une certaine conscience d’appartenance à une aire culturelle, la cristallisation se faisant moins sur le terme «hispanique» que sur le mot «latin» (Latinos), mais c’est un processus récent et moins ancré que l’attachement à l’origine nationale. Quelle peut être leur implication politique ? L’évaluation du nombre de Latinos pouvant participer à un vote à Chicago fait apparaître le contraste entre l’importance de cette population par son nombre et son faible poids politique au plan local: 41% (dont 83% nés aux U.S.A) ont moins de 18 ans; sur les 59% de majeurs, 56% sont éligibles et 60% sont inscrits sur les listes électorales. Cet exemple est sans doute transposable ailleurs. Par contre, il existe des groupes de pression en leur faveur au Parlement, et dans les Etats (ce qui se traduit surtout par une influence sur la politique de l’éducation en Californie).

Par ailleurs, la langue espagnole est de plus en plus apparente dans les rues, aux carrefours où l’on embauche des Latinos pour quelques jours de récoltes agricoles en Californie, sur des chantiers … Les hispaniques possèdent parfois leur propre entreprise et recrutent alors essentiellement dans leur communauté. Celle-ci s’organise peu à peu souvent autour de l’église catholique, à la fois lieu de rassemblement et de création d’activités, et grâce à la naissance d’associations notamment sportives (activités sur les places, dans les parcs, surtout en fin de semaine): il existe un Ocampo Soccer Club à Dallas (réciproquement, on trouve un Deposito Dallas Oak Cliff, nom d’un dépôt de boisson à Ocampo).

Finalement, il n’existe pas forcément une logique d’installation ni d’intégration dans ces migrations hispaniques, mais plutôt des courants de circulation et d’échanges. L’importance des mesures prises à la frontière mexicaine (multiplication des barrières métalliques ou de béton comme à San Diego, ou à Tijuana) renforce la difficulté de cette immigration sans parvenir à la tarir. Quant à la création de l’A.L.E.N.A., elle n’a rien fait changer car le Mexique n’avait pas les moyens d’imposer la discussion de cette dimension dans les négociations.

Compte rendu Maryse Baudson

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Les Conquistadores

 

Par Bernard Grunberg, Université de Reims.

 

Les conquistadores présentés sont ceux du Mexique, soit environ 2100 à 5000 personnes qui ont soumis ce territoire de 1519 à 1525 sous la direction de Fernand Cortez. Ce mot renvoit à la Reconquête espagnole au cours de laquelle le conquistador était celui qui repoussait les infidèles. Les sources proviennent de différents fonds d’archives, en particulier ceux du XVIe siècle comme par exemple les documents indigènes et les histoires officielles. Elles permettent tout d’abord de faire un portrait de ces hommes.

Qui sont-ils ?

Qui sont-ils? En grande partie ils sont des Andalous (1/3) et des Espagnols originaires des provinces du centre de l’Espagne. On compte aussi 6% d’étrangers comme par exemple des Portugais. Des femmes sont présentes, pour l’essentiel des Andalouses. Ces conquistadores sont surtout des hommes dans la force de l’âge, soit entre 20 et 30 ans. A 84 % ils savent signer un document. On remarque un petit nombre d’hidalgos (6%) alors qu’ils représentent 10% de la société espagnole de l’époque. Ils exercent des métiers variés: 1/3 sont liés à la mer (marins, pilotes etc...); 1/3 relèvent du commerce et de l’artisanat. Le dernier tiers regroupe des musiciens, des clercs et des trados (ceux qui sont passés par les écoles). Les “ soldats ” sont peu nombreux. En fait, ceux-ci préfèrent être appelés compagnons ou chrétiens. Il est étonnant de ne voir mentionné à aucun endroit la présence de paysans. Ceci s’explique par le désir de taire une apppartenance à un monde peu reluisant. Il est cependant fort probable qu’une bonne partie des conquistadores du Mexique ont exercé un métier lié à l’agriculture et à l’élevage.

Ils partent pour un voyage très risqué. Qu’est-ce qui le justifie?

Pourquoi ce départ ?

 

On peut avancer deux raisons:

1) tout d’abord le service de Dieu et de Sa Majesté, les deux étant imbriqués. Pour les conquistadores, il s’agit de faire reconnaître les droits du roi d’Espagne sur ses nouvelles possessions mexicaines et de faire admettre aux Indiens leur vassalité. D’ailleurs la tout puissance de Dieu les protège selon eux. Ils vouent un culte tout particulier à la Vierge et à Saint Jacques qui est leur saint patron.

2) La seconde raison est la quète de la fortune. Pour les uns il s’agit d’avoir le plus d’or possible, aller ensuite à Cuba afin d’en profiter. Pour ceux issus de couches sociales modestes, l’objectif est de posséder des terres et donc de coloniser le Mexique. C’est ainsi qu’au début des années 1530, sous leur pression, la monarchie doit leur en donner.

Ils demandent aussi des armoiries comme reconnaissance officielle de leur fait d’armes et ancrage dans la famille du rôle joué par le conquérant. Ils espèrent bénéficier par voie de conséquence d’une rente annuelle. On comprend alors pourquoi 84 % y resteront.

Comment se fait leur installation ?

 

A partir de 1524, Cortez pousse les conquistadores à se marier afin de faire un colonie de peuplement. Ceux qui ne le faisaient pas, perdaient tout ce qu’ils avaient gagné En fait, lors de leur arrivée, les femmes étant peu nombreuses ceux-ci ont d’abord vécu avec des concubines indigènes. Le mariage devient progressivement la règle et ils épousent surtout des Espagnoles. Celles-ci sont soit des filles ou des veuves de conquistadores, soit des femmes qu’ils sont partis chercher en Espagne. Seulement 10% d’entre eux se marient à des Indiennes: ce n’est pas la coutume et l’Eglise a interdit ces unions dans les premières années de la conquête. Mais elles sont souvent des princesses ou des filles de cacique.

Dans l’ensemble, le nombre de naissances par couple est inférieur à celui de la métropole, car les séparations sont longues et les mariages sont tardifs. Leur place est la même que celle des premiers conquistadores, même si certains réussiront à mieux s’en sortir. En 1573, ils reçoivent le statut de colons et sont considérés en Amérique comme des hidalgos, avantages qu’ils perdent dès qu’ils reviennent en Espagne.

Peu de documents contemporains et indigènes fournissent des renseignements sur les rapports entre les Conquistadores et les Indiens. La plupart sont postérieurs. Dans un premier temps la civilisation aztèque les éblouit, même si les Indiens restent à leurs yeux des barbares en raison de leurs pratiques déroutantes comme l’anthropophagie et le polythéisme. Très rapidement les indigènes deviennent, soit des alliés, soit des adversaires. Selon eux, la logique conflictuelle qui naît ensuite est le fait des Espagnols qui se battent contre tout ce qui s’oppose à leur logique conquérante. Cortez avait d’abord préféré oublier les crimes des Indiens quand ils venaient se soumettre. Il a pu ainsi avoir une réputation de magnanimité et de l’ascendant sur beaucoup de populations. Mais quand la domination espagnole s’intensifie, la répression s’accroît notamment après la défaite de la Noce Triste en 1530. Cortez mène alors une guerre totale ce que les Aztèques ne connaissaient pas et il utilise les alliances qu’il a passées avec des peuples qui voulaient détruire l’empire aztèque.

Quand la guerre est terminée, indigènes et Espagnols se côtoient comme par exemple dans les villes où existent néanmoins des quartiers réservés. Des indiens sont devenus des esclaves au fur et à mesure que se développait la conquête, mais l’esclavage a été théoriquement aboli en 1542.

Beaucoup de conquistadores s’installent sur les terres (ou encomiendas) que la monarchie leur a concédée ainsi que la main d’oeuvre indienne qui y vivait. Leur superficie varie entre 1/3 et ¼ de village C’est une façon pour l’Espagne de les rétribuer sans se mettre en position de débitrice. Elle leur demande en échange d’instruire les indiens dans la religion chrétienne. Ces concessions ne sont pas à l’origine des grands domaines, car dès 1542, la monarchie diminue la taille des concessions et les limite dans le temps. Elle leur accorde néanmoins des tributs en nature pour leur entretien. Quant aux autres espagnols, ils vivent de rentes ou se servent de leur qualification . Certains s’improvisent muletiers ou exploitants de mines. Dans tous ces cas, on peut entrevoir les origines rurales des Conquistadores. Ils jouent aussi un rôle politique bien que la monarchie installe ses structures de gouvernement. Ils détiennent surtout des offices municipaux comme celui d’alcade, c’est-à-dire de juge municipal. Les conquistadores mettent donc la main sur l’administration locale, ce qui est une façon d’avoir une place honorable dans la colonie. Ils sont donc surtout des hommes qui recherchent ailleurs ce qu’ils ne peuvent trouver sur place. Or beaucoup n’ont pas tiré profit de leur situation ( décès, pauvreté).

Leur arrivée au Mexique est aussi la rencontre entre deux mondes complètement différents, ce qui ne peut se terminer que par la guerre. Ils ont vécu dans une situation insolite qui mettait toujours leur vie en jeu. Ils ont dû s’adapter et donc développer une nouvelle société.

Compte rendu Jean Lou Coquillard

 

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Aspects culturels du fait religieux
au Brésil et au Mexique

 

Par Marion Aubree, EHESS.

 

Le catholicisme

Comme dans toute l’Amérique latine il y a, au Brésil, prépondérance du catholicisme (92 % de catholiques en 1992) mais ce dernier est affecté de mouvements centrifuges. On peut distinguer deux branches à l’intérieur du catholicisme :

Le catholicisme romain.

Depuis une quarantaine d’années il a été affecté par deux dynamiques. La plus ancienne date des années 1960 et est aujourd’hui en déclin : c’est la théologie de la libération. Elle repose sur la formation de communautés de base et prend parti pour les pauvres. Elle a permis de faire progresser l’alphabétisation par la nécessité de lire la Bible. Au Brésil, même des évêques y ont adhéré mais elle a été combattue par la dictature militaire au pouvoir de 1964 à 1985 (avec de 1968 à 1976 une phase particulièrement violente).

C’est dans ce contexte qu’à partir d’un moment la théologie de la libération est devenue plus politique entraînant le surgissement de nouvelles formes plus proprement religieuses et en particulier le renouveau charismatique. D’origine américaine (du nord), il s’agit d’une forme très émotionnelle de religiosité. Elle a d’abord, dans les années 1980, touché les classes moyennes avant de gagner ensuite les couches populaires.

Le catholicisme populaire.

En fait il faut l’entendre au sens d’un catholicisme non institutionnalisé et pas d’un catholicisme touchant uniquement les classes populaires. Il trouve son origine au Brésil dans une série de mouvements messianiques ou millénaristes qui se sont développés entre 1820 et 1940 et souvent dans le Nordeste (Sertao).

Ces messianismes ont fondé des communautés agraires qui se sont coupées des autorités et du reste de la nation formant de petits états à part. Le cas le plus connu est celui d’une communauté de 30 à 40000 personnes qui , sous la direction d’un leader charismatique, Antoine le conseiller, va résister quatre ans, de 1893 à 1897, aux troupes gouvernementales. Cet épisode est connu comme «la guerre de Canudos» (cf. l’ouvrage de M.VARGAS LLOSA : La guerre de la fin du monde).

Aujourd’hui, ce catholicisme populaire continue par le biais de pèlerinages (comme celui de la vierge de Nazareth à Belem) ou du culte de «saints curés»(tel le padre Cicero rejeté par l’Eglise officielle mais vénéré par la population). Les fidèles vont pour payer une promesse et souvent paient de leur corps (cf. les femmes ou les hommes qui processionnent sur les genoux).L’importance du rapport au corps peut aussi se voir dans ces ex-voto assez particuliers où les mots sont remplacés par la représentation du corps qui a été guérie.

A côté du catholicisme, on peut analyser les dynamiques des autres mouvements religieux.

Le protestantisme

Ce dernier a connu deux vagues de développement :

Au XIXe siècle il y a des migrants protestants : anglais, allemands, américains du nord. Pendant longtemps ils ne peuvent pratiquer qu’en privé car le catholicisme est religion officielle. Mais la République à son avènement en 1889 donne la liberté totale pour toutes les religions à l’exception des religions médiumniques. Chrétiens, juifs et musulmans (esclaves noirs islamisés) peuvent ainsi pratiquer librement.

Au XXe siècle se développe un protestantisme de type pentecôtiste auquel s’ajoutent les sectes révélées : Mormons, Adventistes du 7e jour, témoins de Jéhovah. C’est un protestantisme évangélisateur, prosélyte, qui réunit d’abord les pauvres, les discriminés . C’est aussi une religion très émotionnelle qui met l’accent sur l “ Esprit saint lequel octroie des dons à n”importe qui ( il n’est pas obligatoire d’être puissant ou d’avoir fait des études). Elle attire beaucoup de femmes qui ont moins de possibilités de s’exprimer dans une société encore machiste. Il ne faut pas oublier non plus que, sous la dictature militaire, elle pouvait constituer une voie d’expression même si celle-ci était très limitée.

Au fond il s’agit d’une dynamique qui permet d’exprimer un imaginaire.

 

Les religions médiumniques

Ce sont d’abord les religions afro-brésiliennes. Parfois le noyau africain est maintenu : le bien et le mal existent mais on peut les manipuler. Dans cet univers le visible côtoie le non visible où il y a le double de ce qui existe dans le visible. D’autres fois elles deviennent de véritables syncrétismes comme l “ UBAMDA (mélange d’éléments catholiques, afro-brésiliens et amérindiens).

C’est aussi le résultat d’un véritable «zapping» religieux comme le montre l’exemple du spiritisme carneciste. Créée au XIXe par Léon Rival, un français originaire de Lyon qui prétendait être la réincarnation du druide Alain Carnec, cette nouvelle religion a beaucoup de succès dans les classes moyennes intellectuelles et entretient nombre d’œuvres sociales (dispensaires, médecins, écoles). Parmi les nouvelles religions figurent aussi des groupes orientaux, des sectes spécifiques au Brésil et des dérivés de rituels chamaniques utilisant des boissons hallucinogènes d’origine indigène.

Tous ces groupes diffusent à l’étranger et en particulier en Europe (communautés de langue portugaise) et en ce sens deviennent des dynamiques internationales. Cependant il faut être conscient aussi de l’envers du décor avec la crainte d’une pénétration du Brésil par les sectes. L’actualité, d’ailleurs, nous en donne une illustration avec la polémique sur l’Eglise universelle du royaume de Dieu qui figure sur la liste française des sectes dangereuses.

Compte rendu Michel Royer.

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Coopération et développement économique
en Amérique centrale

 

Par Noëlle Demik, Université de Paris VII.

 

 

L’Amérique centrale est un territoire fragmenté et dominé. peut-être un de ces angles morts de la mondialisation qui a tendance à accroître les inégalités entre les blocs des pays émergents et les pays dont on se demande s’ils arriveront à participer à cette globalisation des circuits économiques.

En préalable, qu’entend-on par Amérique centrale ?

Si on prend une définition géographique fondée sur des éléments physiques de la définition d’un isthme, l’isthme irait de la partie méridienne du Mexique jusqu’à la partie Nord de la Colombie. La définition géopolitique n’est pas la même : dans son acception la plus fréquente, la plus usuelle. en particulier pour les historiens, l’Amérique centrale désigne un ensemble de cinq pays ( Guatemala, Salvador, Honduras, Nicaragua, Costa Rica ) qui correspond au bloc historique de la capitainerie générale du Guatemala de cinq provinces coloniales, bloc qui avait donné naissance au XIXème siècle, après l’indépendance, à une fédération des républiques unies d’Amérique Centrale qui est significative d’une communauté identitaire entre ces républiques. A côté de ces cinq populations, il y a le cas particulier du Panama qui, pour les géographes, est rattaché à l’Amérique centrale et à l’isthme mais qui, pour les historiens, pose problème parce que la province du Panama était rattachée aux provinces espagnoles d’Amérique du Sud ( elle constituait le débouché. vers la métropole. de l’or du Pérou) . Elle a été rattachée après l’indépendance à la Colombie et n’est devenue un Etat souverain qu’en 1903 Quant au Belize, petit pays ( 250 000 habitants sur 23 OOOkm2 ) il est indépendant depuis 1981 seulement et est différent. Il appartient peu à l’Amérique centrale hispanophone dans la mesure où il s’agit d’une ancienne colonie britannique qui est marquée par la langue, les institutions anglaises même s’il y a eu pénétration d’une population hispanophone dans les dernières décennies. Il échappe largement aux dynamiques générales de l’Amérique centrale. L’Amérique centrale, c’est donc un bloc bien qu’il y ait de fortes différenciations internes, une aire culturelle à part entière. C’est un ensemble de sept pays qui découpent politiquement l’espace centre-américain, une population de 35 millions de personnes sur un espace de 522 760km2. Les populations, les superficies ainsi que les IDH sont très variables. On distingue deux ensembles : le Costa Rica et le Panama ont des IDH et un PIB plus élevés que les quatre autres pays. C’est donc un ensemble géopolitique marqué par une très grande pauvreté, avec, cependant. des écarts de développement qui ne correspondent pas forcément aux écarts de richesse. Les deux points noirs sont le Guatemala et le Salvador. Le Guatemala a une importante population indienne ( plus de la moitié de la population ) très pauvre. Le Costa Rica a une situation moins mauvaise que les autres et constitue une exception : il a connu des lois sociales, un Etat providence qui ont permis une élévation du niveau de vie. En revanche. l’IDH de Panama est trompeur dans la mesure où les inégalités de revenus entre les différentes couches de la population sont très fortes. Le Honduras est l’un des trois pays les plus pauvres de l’Amérique latine avec la Bolivie et Haïti. Toutefois, ces pays ont en commun de nombreux traits culturels et économiques qui résultent, à la fois. d’une histoire partagée et d’une trame territoriale commune qui ex-prime l’emprise des sociétés sur un espace physique très différencié.

La fragmentation territoriale et la subordination de l’isthme centre-américain

Il s’agit d’un espace montagneux. étroit compartimenté qui s’étire sur plus de 2000 km entre deux masses continentales. Il n’ jamais eu de territoire unifié et fonctionnellement cohérent. Ce sont, au contraire, des forces centrifugés et une tendance à la fragmentation qui dominent. Les cartes montrent une division tripartite, longitudinale de l’espace centre-américain qui rappelle celle de l’Amérique des Cordillères : oppositions hautes terres / basses terres, terres tempérées montagnardes / terres chaudes, terres sèches/ humides. Les deux milieux fondamentaux pour l’occupation humaine sont les hautes terres centrales et la façade pacifique. On distingue une dissymétrie climatique entre les plaines littorales étroites de la façade pacifique et les plaines plus développées, basses, chaudes et très humides de la façade pacifique. Les hautes terres centrales ainsi que la façade pacifique constituent le centre de gravité de la plupart des pays sauf Belize ) avec une nuance pour le Honduras qui a sa capitale dans les hautes terres centrales mais a aussi une ville importante sur la côte atlantique, née du développement de l’enclave bananière. Ces hautes terres centrales étaient déjà le noyau majeur de l’occupation de l’isthme à l’époque précolombienne entre l’époque Maya postclassique et l’arrivée des Espagnols ). La colonisation espagnole a pris appui sur les noyaux précolombiens existants , les premières phases de peuplement et de mise en valeur se sont faites dans les bassins intra-montagneux des hautes terres puis il y a eu colonisation progressive des versants de la façade pacifique avec culture de café et de canne à sucre au milieu du XIX ème siècle puis colonisation des basses terres avec culture de coton et de canne à sucre et élevage. En revanche, les basses terres de la façade atlantique ont été mal contrôlées jusqu’à une époque récente. Elles ont toujours été des marges où se jouaient différents types de conflits, notamment entre les puissances espagnoles et britanniques. Ces plaines ont maintenant donné lieu à un type de développement très spécifique et limité à partir du début du siècle : l’enclave bananière. Plus récemment. elles sont devenues le domaine d’expansion de fronts pionniers qui sont le fait soit d’une petite paysannerie à la recherche de terres, soit de grands propriétaires qui créent des domaines d’élevage, soit d’entreprises de foresterie. L’aspect transversal met en évidence la dimension méridienne : des isthmes transversaux, méridiens, parfois courts. Les frontières politiques coupent transversalement ces zones longitudinales. ce qui a pour conséquence un schéma spatial commun à tous les pays ( cf. chorèmes de la G.U. ) : les trois zones décrites, la route panaméricaine méridienne construite dans les années 1960 et des noyaux de population indienne souvent d’origine maya dans la montagne ou d’origine caraïbe sur le littoral atlantique. Transversalement, la route ou le chemin de fer relient la capitale aux littoraux et sont les grands couloirs d’exportation des produits agricoles, axes fondamentaux pour des économies agro-exportatrices. Dans la zone atlantique, l’enclave bananière dispose de ses propres infrastructures de communication. Le modèle est ensuite adapté aux spécificités nationales. Au Nicaragua, la population est plus métissée, plus acculturée qu’au Guatemala. Le Costa Rica est conforme an modèle mais la faiblesse numérique des Indiens a permis aux Blancs de les dominer plus facilement. En adoptant une perspective historique sur le long ternie, on constate que cette fragmentation de l’espace est une constante. Cet isthme est un espace de transition naturel, culturel, un espace de marge des grands empires, un espace dominé à la périphérie des centres qui ont exercé successivement leur influence sur la région. Depuis l’Antiquité précolombienne, cette fragmentation territoriale est un élément structurel des sociétés centreaméricaines. Pour comprendre cet espace, il faut prendre en considération la nature et l’évolution des pôles qui ont dominé au Nord et au Sud et qui ont joué le rôle de forces centripètes par rapport à l’isthme. fin point de vue de l’isthme, on a donc des forces centrifuges qui se dirigent soit vers le Nord, soit vers le Sud. Au moment de la conquête, l’empire aztèque dominait toute une aire méso-américaine qui s’étendait jusqu’à la façade atlantique et il y avait des migrations de populations aztèques vers l’actuel Guatemala, Salvador, le Nicaragua. En revanche, le sud de l’isthme est un ensemble beaucoup moins structuré qui se rattache à l’aire colombienne (Costa Rica. Panama ). A l’époque coloniale, on constate les mêmes phénomènes de fragmentation ; ces provinces sont encore également marginales par rapport aux centres stratégiques de la colonisation espagnole au Nord, le royaume du Mexique et au sud, le vice-royaume du Pérou. Ces provinces sont écartelées, mal reliées entre elles. Les provinces du Guatémala du Salvador et du Honduras exportent leurs produits par Vera Cruz plutôt que par les ports locaux et. en revanche, le Panama ainsi que le Costa Rica sont dans l’orbite du vice- royaume du Pérou. On constate donc, à partir de la colonisation, que l’espace isthmique n’a de valeur que par rapport aux espaces maritimes qui l’encadrent et par rapport aux économies- monde dans lesquelles ont été insérées les provinces coloniales. L’ébauche d’un système- monde dominé par l’Espagne puis les Etats indépendants arrivent rapidement dans l’orbite nord-américaine après une période conflictuelle au XIXème siècle entre l’hégémonie britannique et l’hégémonie nord-américaine. Cela explique que c’est moins la valeur intrinsèque de ces pays et de leurs ressources qui intéresse les empires que les relations maritimes et en particulier les voies interocéaniques. C’est pourquoi, depuis la colonisation espagnole, on peut prendre le prisme de la voie transisthmique pour montrer l’importance de l’Amérique centrale par rapport à l’Europe et aux Etats-Unis. Les Etats-Unis sont la source majeure des interventions dans la région. Par exemple, au Nicaragua, interventions au XIXème siècle puis occupation entre 1912 et 1932 car il offre les voies transisthmiques les plus intéressantes. En 1903, le Panama se déclare indépendant et se sépare de la république de Colombie. Cependant, les Etats-Unis ont joué un rôle important dans le calendrier de cette indépendance : en effet, l’indépendance a été proclamée trois jours avant le traité sur le canal. signé à Washington... Cette fragmentation et ces liens permanents avec des empires expliquent aussi largement le caractère extraverti de ces économies.

Un modèle économique agro-exportateur

Les différents pays d’Amérique centrale proposent une version classique, un modèle traditionnel des économies agroexportatrices fondées parfois seulement sur la monoproduction. Jusqu’en 1950 environ. le café représente presque 80% de la valeur totale des exportations pour le Guatemala, le Salvador, le Costa Rica et le Nicaragua. Les grands produits d’exportation sont le café, les bananes et à partir de 1950, le coton et la viande. Cependant, le modèle a tendance à se diversifier : on constate des éléments d’ industrialisation et les modèles correspondent à des logiques économiques d’époques différentes : - Une logique agroexportatrice, ancienne, qui n’est plus totalement dominante. - Une logique qui a permis un début d’industrialisation à partir des années 1960. On retrouve une politique d’industrialisation par substitution des exportations donc une politique de développement autocentré qui permettait de dégager un certain nombre de productions destinées au marché intérieur. Ce modèle est appliqué à partir de 1960 avec constitution d’un marché commun centre-américain qui permet de développer des productions industrielles modernes comme les pneumatiques. les productions chimiques destinées aux marchés intérieurs avec des capitaux essentiellement nord-américains. Cependant, ce processus d’industrialisation n’a pas été forcément un facteur de développement. D’une part, peu d’emplois ont été créés alors qu’arrivait la grande vague démographique , d’autre part, c’était un processus forcément très limité puisque les marchés intérieurs sont eux-mêmes très comprimés à cause de l’effet de taille ( 35 millions d’habitants seulement ) et d’un effet de société puisque les couches moyennes restent embryonnaires. Par ailleurs, ce début de marché commun et d’industrialisation a eu un effet très négatif : il a creusé les écarts entre pays membres. Dès la fin des années 1970, le mécanisme s’est essoufflé et, dans les années 1980 éclate la guerre civile qui est bien due aux problèmes structurels de société où le pouvoir n’est pas partagé et où la population rurale a été systématiquement écartée des efforts de modernisation. - Une logique d’extraversion économique liée aux politiques d’ajustements structurels et à la promotion des échanges extérieurs. Ces pays pauvres particulièrement touchés par la dette extérieure sont dépendants des grands organismes internationaux donateurs de fonds. Il y a une exigence de réduction des dépenses publiques et de promotion des cultures d’exportation aux dépens des cultures vivrières. Les effets de cette politique sont une diversification des exportations primaires traditionnelles ( légumes, fleurs, crevettes. .. ) et la création de zones franches industrielles d’exportation, les maquiladoras ( textile, confection... ). Le Costa Rica a une longueur d’avance ( pas de guerre civile dans les années 1980 ); il a développé les secteurs électronique et informatique avec des entreprises surtout coréennes et taïwanaises et un peu nordaméricaines. Cette logique d’extraversion met encore en concurrence ces pays puisqu’ils produisent tous la même chose et, par ailleurs, on n’a pas les bases d’un développement un peu autocentré. Il y a là un problème grave de modèle de développement pour des petits pays qui sont très étroitement soumis aux variations de la conjoncture internationale et à qui le modèle néo-libéral ne donne pas les possibilités de recherche de solutions autonomes dans un cadre un peu protectionniste. Plus spécifiquement, les effets matériels et économiques des guerres civiles des années 1980 ont entraÎné des croissances négatives. Elles ont ramené le PIB réel par habitant au niveau de 1970 -1 le Nicaragua, par exemple. est l’un des plus pauvres de la région. Il faut ajouter les catastrophes naturelles qui sont récurrentes : tremblements de terre (1972, 1976, 1987, 199) ouragans (1974, Mitch). Chaque fois, ces catastrophes nécessitent un énorme travail de reconstruction et on mesure toujours l’absence de prévention, l’absence de prise en compte des risques naturels même quand ils sont bien cartographiés. Il existe, par exemple, un projet de complexe touristique sur les pentes d’un volcan actif alors que les risques sont énormes.

Les nouvelles formes du leadership des Etats-Unis
sur le continent américain et sur l’Amérique centrale en particulier

1.Les transformations profondes dans la politique de sécurité nationale des Etats-Unis avec la fin de la Guerre froide et la chute du communisme : En Amérique centrale en particulier, on est passé d’une lutte d’endiguement du communisme (surtout sous les deux présidences de Reagan ) à d’autres formes d’interventions au nom d’intérêts nationaux des Etats-Unis comme la lutte contre le narcotrafic, les préoccupations liées à l’immigration et a l’environnement. La lutte contre le narcotrafic : De nombreux flux parcourent l’Amérique centrale en mati ère de drogue. à la fois des flux originaires des centres de production d’Amérique du Sud, des lieux de production comme le Guatemala ( marijuana, pavot ) et les centres financiers de blanchiment de l’argent du narcotrafic comme la ville de Panama et son centre financier international qui regroupe une centaine de banques et qui est un des plus grands paradis fiscaux de la planète. Les Etats-Unis ont tenté récemment d’implanter un centre de lutte anti-drogue à Panama avec, comme arrière-pensées la volonté de maintenir des soldats et des installations militaires performantes, des radars pour surveiller tous les flux aériens. Le problème de l’immigration illégale. L’immigration est ancienne pour les Salvadoriens à cause de la densité très forte de population. L’émigration vers les Etats-Unis a considérablement augmenté pendant les années 1980 à cause des guerres civiles. Los Angeles est la première ville salvadorienne et certainement la deuxième ville guatemaltèque. Le problème environnemental : Officiellement, les armées locales se transformeraient en soldats de la protection des ressources naturelles et du développement durable alors qu’au contraire, on assiste, par exemple. à une déforestation extraordinaire.

2. Les aspects économiques et commerciaux de l’influence des Etats-Unis en Amérique Centrale Les Etats-Unis sont traditionnellement le premier partenaire commercial avec plus de la moitié des importations et des exportations. La marge de manœuvre commerciale se place désormais dans un contexte plus large de développement du libre-échange continental américain. Dans les phénomènes de mondialisation de l’économie, on assiste à la constitution de grands blocs régionaux et, face à la concurrence de l’Europe et de l’Asie, les Etats-Unis redéploient leurs efforts de contrôle commercial sur le continent américain. Ils sont donc les promoteurs d’une vaste association de libre-échange qui engloberait tous les Etais latino-américains à l’horizon 2005. Ils ont commencé avec l’ALENA qui rassemble le Canada, les Etats-Unis et le Mexique.

Actuellement on observe l’existence de sous-groupes régionaux qui sont, selon les interprétations, des étapes de transition vers le libre-échange ou des résistances au libre-échange. On note une redynamisation du marché commun centre-américain des années 1960 au début des années 1990 mais avec un contenu économique différent du précédent : il s’agit d’une ouverture des échanges et non plus une fermeture avec barrières douanières. Il existe, ici, une contradiction très visible - on observe, d’une part. des efforts pour avancer le marché commun mais, parallèlement, on assiste à des négociations bilatérales de chaque pays avec des pays tiers pour bénéficier d’avantages supplémentaires. Par exemple, le Costa Rica. méfiant vis-à-vis de ses voisins, est le premier à conclure un accord de libre-échange avec le Mexique ( ce qui équivaut à une entrée dans l’ALENA ). Au lieu de parler d’une seule voix, les pays d’Amérique centrale s’avancent en ordre dispersé dans des négociations bilatérales au détriment de la cohérence du marché commun centre-américain et de la solidarité.

 

Entre l’ALENA et le MERCOSUR, on a tendance à voir se configurer un ensemble Caraïbe matérialisé par l’AEC dont l’intérêt est de réunir tous les pays du pourtour de la Méditerranée américaine. Il v a, là, mise en évidence d’une troisième configuration géographique entre l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud et cette configuration témoigne de la force de certains liens de proximité entre ces pays ou par rapport aux Etats-Unis.

Compte rendu Véronique Poggioli

 

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© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. N°22, 2000.

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