Travail croisé : la peine de mort d'hier à aujourd'hui
Par Groupe Académique collège, rapporteur, Jean-Christian Jolly.
Les travaux croisés en quatrième sont une des mesures du collège des années 2000, visant à " diversifier les méthodes d'enseignement pour aiguiser l'appétit d'apprendre et accompagner la conquête de l'autonomie " (supplément au B.O. N° 23 du 10 juin 1999). Ils étaient censés devenir obligatoires dans tous les collèges à la rentrée 2000, mais ils pourront finalement n'être mis en place que de façon expérimentale en 2000-2001. Nous présentons ici un thème possible de travaux croisés : la peine de mort d'hier à aujourd'hui. Il convient d'abord d'explorer rapidement la signification de ce thème pour formuler ensuite une problématique simple et claire. Nous proposerons enfin quelques pistes pluridisciplinaires pour mettre en œuvre ces travaux.
Une dimension particulière de la justice :
En tant que peine, la peine de mort renvoie de façon évidente à une des dimensions (parmi d'autres) de la justice : le pouvoir de punir le responsable d'une infraction à la loi. Au delà du simple châtiment individuel, la justice peut se donner pour but de faire réfléchir celui qu'elle punit, et d'éviter sa récidive. Une peine est conçue aussi pour protéger la société, pour la mettre à l'abri de certaines infractions. La justice peut aussi vouloir donner une valeur d'exemple aux peines qu'elle inflige. Ainsi, elle peut attendre d'une peine qu'elle dissuade les auteurs potentiels d'infractions. Par son caractère extrême et indépassable, la peine de mort occupe une place à part au sein de l'échelle des peines. En supprimant la vie d'un condamné la justice renonce à envisager l'amélioration possible de celui là. C'est une façon radicale d'éliminer du corps social une certaine catégorie de contrevenant à la loi.
Ce caractère absolu de la peine de mort renvoie indirectement à une autre dimension de la justice : celle de la recherche de la vérité à propos d'une infraction (en général) et d'un crime (en particulier). En effet, l'impossibilité de revenir sur une condamnation, une fois exécutée la sentence capitale, pose la question de la certitude d'une décision de justice et soulève le problème de l'erreur judiciaire avec une intensité particulière. Mais aussi absolue que soit la peine capitale, elle n'en présente pas moins des nuances en fonction du degré de cruauté avec lequel elle est appliquée (il faut distinguer les supplices d'ancien régime de la guillotine, ou encore la décollation dans la France de la cinquième république de la garrotte dans l'Espagne franquiste). Cela permet de souligner qu'on ne peut étudier la peine de mort indépendamment de son contexte politique, institutionnel et historique. C'est un système judiciaire qui inflige la peine de mort, selon des modalités différentes en fonction des époques et des sociétés. Les sociétés démocratiques tendent à restreindre l'usage de cette peine et bien souvent à le supprimer (exception notable de certains Etats des Etats-Unis).
Problématique
:
la peine de mort, miroir d'une société.
La peine de mort peut être étudiée comme le miroir d'une société et d'une époque. Elle reflète la façon dont une société conçoit la justice, quelle place elle fait au criminel et aux droits de l'homme. Cela renvoie à une série de questions :
Qui a le droit de disposer de la vie d'une personne ?
Une peine peut-elle consister en une torture (morale ou physique) ?
Quel but poursuit la peine capitale ?
Quelle est son efficacité au regard de ces buts ?
Comment légitimer la peine de mort ?
Peut-on être sûr de la culpabilité d'un accusé ?
Quelques idées de mise en œuvre des travaux croisés :
Constitution de dossiers ou d'expositions (en CDI notamment) :
- Recherche historique sur la peine de mort : soit dans le Monde (depuis l'Antiquité), soit en France (depuis le Moyen Age, jusqu'à son abolition).
- Recherche géographique sur les pays abolitionnistes ou non, dans le Monde d'aujourd'hui. Cela inclut la France, et l'étude de son système judiciaire, en rapport avec le programme d'éducation civique.
- Création d'un recueil de textes littéraires (poèmes ou prose) sur la peine de mort.
Créations littéraires :
- Création d'une nouvelle sur le thème.
- Fiche de lecture sur une œuvre en rapport avec la peine de mort (par exemple : Victor Hugo, Le dernier jour d'un condamné ; Fédor Dostoïevski, L'idiot (passage en début d'ouvrage) ; Robert Badinter, L'exécution ; Albert Camus, L'étranger… et bien d'autres œuvres encore).
- Création d'articles de journaux (pour défendre la peine de mort ou son abolition ; pour raconter un procès ou une exécution).
Autres réalisations :
- Campagne d'affiches ou de peintures sur le thème (en arts plastiques).
- Ecriture, mise en scène et jeu du procès de la peine de mort elle-même (la peine de mort est l'accusée, il faut un avocat, un procureur, un jury, un président…). - Mise en scène du procès d'un homme risquant la peine de mort (inspiré d'un fait divers). - Ecrire et enregistrer le commentaire d'images télévisées (extrait d'un journal TV ou d'une émission) se rapportant au procès et à l'exécution d'un homme (aux Etats-Unis par exemple). Puis imaginer et jouer une interview de personnes pour ou contre la peine de mort (réaliser une vidéo).
- Présentation de deux livres (voir plus haut) comme l'émission Bouillon de culture.
© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. N°22, 2000.
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