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A l'école des chemins
une expérience pédagogique active interdisciplinaire
Par Roger Petitpierre, Collège Camille Saint Saëns, Chaumont.
Pendant plus de 7 ans, une classe de 5ème du collège de Nogent, en Haute-Marne, a vécu une expérience pédagogique d’ouverture sur l’extérieur dans l’interdisciplinarité. C’est en 1989 que le projet a été défini par trois professeurs de l’établissement. Acceptée par l’administration, répondant aux besoins d’une population scolaire en difficultés, cette action a été reconduite et enrichie avec succès au fil du temps.
Les objectifs
Le projet relève au départ d’un constat des enseignants dans leurs classes : la crise économique et sociale des années 80 touche durement le bassin coutelier nogentais et engendre un échec scolaire, aggravé de problèmes de comportement. Situé dans un canton rural, au cœur d’un département en voie de désertification, le collège est à l’écart des grands axes. De nombreux élèves n’ont jamais quitté, ni le milieu familial, ni la région. Certains enfants, travailleurs mais lents, ou livrés à eux-mêmes finissent par se décourager de résultats jugés insuffisants. L’enseignement classique ne valorise pas certaines qualités, réelles mais non chiffrables, dans l’évaluation traditionnelle. Assouplir, dans la légalité, la structure scolaire, afin de l’adapter à ceux qui vivent mal leurs difficultés, amener au travail librement consenti, tel est le premier but dégagé de la réflexion. Ouvrir le collège sur le monde, élargir l’horizon culturel de jeunes qui subissent leur environnement économique, tel est le second objectif de la démarche. Sortir, découvrir, partager des émotions, vivre ensemble, définir des règles pour être en harmonie avec soi-même et avec les autres, telle est la finalité plus subtile du projet.

Développer l’autonomie en s’assumant financièrement, bâtir un projet d’action éducative autour d’un thème historique, avec une classe en difficultés ou très hétérogène, sans moyens financiers, est à priori une gageure et un défi. Objectifs certes généreux que de rendre l’école attrayante à tous, qui ont valu à ce projet le nom de “ classe de remotivation ”. Mais objectifs ambitieux qui ont nécessité une équipe d’enseignants engagée et soudée, une démarche pédagogique originale et une réflexion appropriée sur les modes de financement.
La démarche pédagogique
“ Apprendre ailleurs et autrement ”, pour briser les habitudes et modifier ses rapports avec l’école implique une sortie lointaine et prolongée. La curiosité doit aiguiser la motivation. L’expérience s’inscrit nécessairement dans le cadre d’une classe-découverte. Le déplacement du groupe se situe en fin de parcours annuel et dépasse deux semaines. Temps fort du projet, il doit s’effectuer dans une région à forte identité, riche en sites naturels, historiques ou archéologiques. Pour préparer durant de longs mois le voyage-découverte, la démarche est présentée en liaison avec un projet d’action éducative “ à caractère patrimonial ”. La structure de classe est conservée. Celle-ci s’adresse plus particulièrement aux enfants en difficultés, qui désirent travailler et progresser à leur rythme. La mixité ne pose aucun problème pour la vie de groupe en 5ème. D’autre part, la curiosité, naturelle à cet âge, est source de motivation ; les enfants sont aptes à parcourir des kilomètres sans fatigue. Le nombre d’élèves, volontairement limité à une vingtaine, offre les meilleures conditions de travail, de déplacement, de participation. Une adhésion basée sur le volontariat entraîne une coopération sans restriction ni exclusion aucune. Et l’emploi du temps subit quelques aménagements pour favoriser aide et soutien.

Mais ce projet peut aussi s’appliquer à une classe hétérogène, dont l’effectif ne dépasse pas 23 élèves. Il offre dans ce cas une ouverture d’esprit aux meilleurs, tout en s’appliquant à remotiver les plus faibles. Il convient alors d’exploiter avec maîtrise le dynamisme déployé tant le groupe s’investit dans la démarche. Le nombre de professeurs enseignant dans la classe est également restreint. Il permet d’utiliser avec souplesse l’emploi du temps, facilite la concertation, tantôt formelle, dans le prolongement des conseils, le plus souvent informelle, dans des relations amicales. La limitation des intervenants soude les participants autour du projet dont s’approprient les élèves. Ainsi, cette 5ème s’identifie-elle réellement au fil du temps à une classe-découverte, une classe transplantée, une classe-patrimoine au sein du collège, valorisée et souvent enviée… Un thème porteur, choisi de préférence en fonction du programme et de l’âge des enfants, est proposé en début d’année. “ Marcher avec un âne dans les pas de Stevenson ” (1989-90) ; “ Revivre l’âge roman sur le chemin des étoiles ” (1990-1991) ; “ Apprendre la tolérance dans la Cévenne des Camisards ” (1991-92) ; “ De Carcassonne à Foix en pays cathare ” (1992-93) ; “ Un itinéraire roman sur les chemins de Saint-Jacques» ”(1993-94) ; “ Robes de bure et cottes de mailles, autour du Larzac des Templiers ” (1994-95) ; “ Chemins d’eau en Languedoc ” (1995-96)… Une interdisciplinarité soutient le travail de l’année. Progressivement, la phase préparatoire développe le goût de l’aventure, exalte le désir de partir. Le rêve fait naître le besoin d’évasion.
Le P.A.E. patrimoine
Avant le séjour, la préparation documentaire est essentielle. Elle permet de donner au périple toute sa dimension. L’enseignement dispensé au long de l’année scolaire est presque toujours adapté au projet dans le respect des programmes. L’abondance des documents peut ainsi servir, dans une perspective pluridisciplinaire, de support aux enseignements traditionnels qui trouvent leur finalité durant l’année entière : études de cartes, calculs d’échelles, utilisation d’une boussole, connaissances diététiques, examen d’horaires de chemin de fer, rédaction de courrier, documentation géographique et historique, lecture d’ouvrages, problèmes sur des distances et des durées de trajets, maniement de l’ordinateur, initiation à l’orientation, recherches personnelles… donnent une signification concrète au français, aux mathématiques, à la technologie, l’histoire, la géographie, la biologie, le dessin…

Au cours du séjour, élèves et enseignants visitent des lieux chargés d’histoire : dessins, croquis, comptes-rendus, montage vidéo illustrent parfaitement la richesse et l’ampleur des découvertes. Après le séjour itinérant, les enfants réalisent la synthèse de leurs écrits, observations, impressions, pour concevoir un journal de voyage. L’absentéisme de fin d’année n’existe pas dans cette classe et l’atmosphère de travail dure jusqu’aux vacances de juillet. L’évaluation, assez large au 1er trimestre, doit redonner confiance aux élèves et les encourager au travail. Elle se rapproche progressivement au cours des mois de celle d’une 5ème courante pour ouvrir les perspectives d’une classe de 4ème à ceux qui auront retrouvé le niveau nécessaire.
La classe-découverte
L’école ne peut plus vivre sur elle-même. Un des moyens de l’intégrer au monde est de partir à sa découverte. Le voyage est la conclusion de tout le travail préalable, mais aussi le moyen de s’assurer que tout le savoir acquis ne restera pas livresque. C’est au mois de juin, lorsque la tension atteint son paroxysme, quand la nature se fait toujours plus accueillante, que le départ tant attendu devient réalité. La classe transplantée par train et minibus dans la région si longtemps rêvée, se déplace à pied, de gîte en gîte, sur un parcours de 250 km. Elle retrouve les lieux mêmes des faits historiques, les paysages décrits, expliqués, les curiosités annoncées. Elle vit au rythme du temps, du passé, du ciel et des nuages, elle apprend. Elle écoute, observe, chante, écrit, dessine. Enfants et adultes partagent leur vie au quotidien. Les découvertes sont nombreuses : découverte d’un premier voyage pour certains, découverte de soi-même, à travers ses capacités physiques à marcher pour la plupart, ses aptitudes intellectuelles à comprendre sur le terrain, l’accomplissement d’un projet audacieux ; découverte, non sans appréhension, de la vie de groupe, d’une vie sociale différente, sac au dos, avec repas collectifs, dortoirs communautaires en gîtes ou en refuges ; découverte des autres, des camarades, des adultes aux compétences et personnalités variées. Enseigner, bien sûr, mais aussi cuisiner, marcher, soigner, aider… telles sont les aptitudes souvent insoupçonnées d’un professeur animateur. Les liens du groupe-classe se resserrent, se clarifient, loin des sonneries et des murs d’un établissement.
Les moyens financiers
Ils doivent être de nature à couvrir les coûts du transport, de la nourriture, de l’hébergement, des visites, etc, sans peser sur les frais de fonctionnement de l’établissement. De ce point de vue, le projet se veut le plus autonome possible afin de ne subir aucune restriction ni objection de la part de l’administration, des collègues, des familles concernées. L’argent ne doit pas être sélectif, d’autant moins que le projet s’adresse aux enfants les moins favorisés. La base du financement est assurée par un service quotidien des élèves eux-mêmes au collège, à savoir la vente de boissons, pâtisseries, croissants… à chaque récréation, lors des rencontres parents-professeurs, et à certaines occasions privilégiées de l’année… Cette opération est réalisée sous la tutelle et la responsabilité des professeurs-animateurs.

L’exclusivité de la vente reconnue à cette classe lors des premières années n’a pu résister à la pression de volontés concurrentes par la suite, mais sans conséquence sur la pérennité du projet car les ressources sont variées. Une participation symbolique de 250 F par famille, 100 F pour parents sans emploi, dont le versement est étalé sur l’année scolaire, marque l’engagement individuel sans pénaliser les budgets familiaux. Des cartes postales dessinées par l’un des professeurs participant, imprimées au C.D.D.P., sont proposées à la vente au collège et à l’extérieur. Représentant des sites connus ou des activités du secteur scolaire de Nogent, elles se vendent particulièrement bien au moment des fêtes de fin d’année. Plusieurs modèles de pin’s, à l’époque où ceux-ci étaient en vogue, ont été commercialisés dans les mêmes conditions… Des aides complètent les ressources : des élèves, particulièrement motivés par la démarche, s’investissent dans la rédaction d’un courrier qui trouve écho auprès des établissements industriels, employeurs de la région, du Conseil général, d’associations ou d’autres organismes, publics ou privés. Enfin, pour placer les enfants dans les mêmes conditions de confort lors de la grande aventure pédestre de fin d’année, il a été indispensable de trouver l’équipement approprié à moindre frais. L’expérience étant nouvelle et unique, divers fabricants spécialisés en matériel de randonnée sont devenus partenaires de la classe et ont fourni l’équipement nécessaire, complété ou rajeuni au fil du temps : chaussures de marche, sacs à dos, panchos, boussoles, etc. répondant aux sollicitations enthousiastes des élèves. Une marque automobile a prêté la première année un véhicule d’assistance neuf. Un minibus de location, par la suite, a pu assurer le transport du matériel (couchages, intendance), faciliter le ravitaillement, garantir la sécurité du groupe à distance lors des déplacements entre chaque étape.
Les conditions de la réussite
Elles reposent sur la solidité et l’harmonie de l’équipe d’encadrement, pour la coordination des actions, pour l’animation pédagogique, pour la mise en confiance des enfants, pour la sécurité du groupe. Trois professeurs, piliers du projet, ont mis en commun les ressources de leur amitié pour dépasser le cadre professionnel. De la même génération, ils bénéficient d’une longue expérience issue de leur formation commune. Mais chacun apporte sa richesse personnelle au-delà de la discipline enseignée. Ils sont tous trois sportifs dans des spécialités différentes. L’initiateur du projet enseigne les mathématiques ; sa pratique de la randonnée lui permet de préparer l’itinéraire, de reconnaître les chemins une année à l’avance, repérer les centres d’intérêt, retenir les gîtes d’étape. Il coordonne les actions, guide le groupe sur les chemins, s’occupe de la gestion et de l’intendance, prend la mesure de toutes les difficultés pour trouver une réponse. Le second, professeur de technologie, initie les élèves à l’ordinateur. C’est un voyageur aux destinations lointaines habitué aux contacts et aux situations matérielles délicates. Il gère en partie les problèmes de “ vie scolaire ”. Photographe averti, il prépare le reportage du voyage. Le troisième enseigne les lettres et les arts plastiques. Sa formation d’historien-géographe lui a permis d’éditer des ouvrages sur le patrimoine local. Il anime les activités pédagogiques de la classe-découverte avec ses collègues. Une complémentarité parfaite des tempéraments, des goûts et des compétences liée à une polyvalence de chacun permet aux élèves de trouver au sein d’une équipe restreinte l’encadrement sécurisant du collège et l’interlocuteur privilégié à ses questions. Une quatrième personne, adjointe à l’équipe, apporte une présence féminine à cette équipe masculine : professeur de biologie, personnel ATOS ou administratif selon les possibilités de l’établissement au moment du voyage-découverte.
Une pédagogie active, sur le terrain
L’originalité du projet réside dans le déplacement d’une classe entière au cœur d’une région éloignée, sur une période de 15 jours. Pour des élèves de Haute-Marne, en Champagne-Ardenne, il est enrichissant de découvrir, dans des conditions inhabituelles, au rythme de ses pas, des horizons aussi différents des leurs que ceux du Sud de la France :
- Certains ont traversé l’Aubrac, les grands Causses, les Cévennes.
- D’autres ont parcouru le Velay, la Margeride, le Gévaudan, le Rouergue.
- Un groupe a pu visiter les Corbières, une partie des Pyrénées Orientales.
- Un circuit s’est déroulé en Languedoc, en partie à pied et en partie sur le canal du Midi, etc.
L’organisation tient compte des conditions matérielles d’un retour à la nature. Les professeurs sont présents en permanence, du lever au coucher, sans tableau ni craie. Les rythmes horaires des sonneries sont remplacés par ceux du soleil et des intempéries. Sur les chemins, la connaissance s’acquiert au fil des pas. 12/13 ans d’âge moyen, un sac à dos et de bonnes chaussures, 20 à 25 km quotidiens pendant une douzaine de jours. Des paysages grandioses, des sites historiques impressionnants… chaque journée est trop courte dans cette aventure. Lever dès 6 h 30, il faut déjeuner copieusement, refaire son sac pour la journée, remettre le gîte en ordre avant 9 h. Au sein de la classe, trois groupes à tour de rôle, se répartissent les tâches domestiques journalières sous l’œil attentif des adultes : rangement, cuisine, vaisselle. De 9/10 heures jusqu’à 17/18 heures, c’est la découverte en marchant, l’observation, l’écriture, le dessin, le repas sur l’herbe, les visites, les rencontres fortuites mais toujours enrichissantes… les chansons mais aussi les petites souffrances vite oubliées. La prise de notes est faite sur le terrain, sans attendre, afin de ne rien oublier. Les enfants portent dans leur sac le matériel indispensable : carnet, stylos, feuilles, crayon, gomme. Les arrêts sont fréquents. Tout est sujet à explication : le relief, la végétation, l’histoire, l’habitat, la toponymie, les activités humaines… Les recherches de l’année, la préparation des enseignants avant le départ trouvent à point nommé leur aboutissement. Des questions s’ajoutent aux questions et dépassent parfois les prévisions, la curiosité est sans borne. 18/22 heures, c’est l’arrivée au gîte, la découverte et la prise de possession des lieux, l’installation ; les sites les plus divers enrichissent chaque étape d’impressions nouvelles : bergerie ou chalet de montagne aménagé, camping au bord de l’eau, château historique, collège en ville, ancienne abbaye perdue dans un vallon, village de vacances, demeure particulière ouverte au voyageur, cabine d’une pénichette… Le groupe s’organise de nouveau. Après la douche rédemptrice, la préparation du repas et des courses du lendemain. La rédaction des comptes-rendus de la journée, l’achèvement des croquis, la mise au point du journal de voyage ravivent les émotions : la traversée de l’Aubrac à travers les prés couverts de narcisses, la découverte surprenante des remparts de Carcassonne, l’héroïque descente des gorges du Tarn en canoë-kayak, l’ascension émouvante du pog de Montségur, la vision féérique de l’Aven armand, la montée avec deux ânes au sommet du Mont lozère, le dépaysement ressenti dans la bambouseraie d’Anduze, la vie au fil de l’eau pendant une semaine sur le canal du Midi, le parcours dans le vent des pistes des Grands Causses, l’escalade vertigineuse du rocher de Quéribus, la vision étincelante de la crête frontalière des Pyrénées ariégeoises, le pittoresque cheminement du petit train à vapeur des Cévennes, entre saint-Jean-du-Gard et Anduze, les innombrables visites de musées, au Puy-en-Velay , à Foix, Minerve, saint-Guilhem-le-Désert, Conques, Millau, Mas Soubeyran… les veillées nourries d’histoires locales : la bête du Gévaudan, les bûchers cathares, la résistance des Camisards… Tant d’images qui, pour chacun, à chaque voyage, laisse d’indicibles empreintes… A 22 heures, c’est le repos mérité, plein de songes étoilés.
Le bilan
Il semble, sur certains points, dépasser les objectifs poursuivis. La richesse d’une telle aventure peut être évaluée à différents niveaux : Par la perception des enseignants eux-mêmes, par le regard des autres, enfin , le ressenti des enfants à qui est destiné ce projet. Les initiateurs ont le sentiment d’avoir atteint les buts fixés : regain d’intérêt pour l’écrit, goût au travail librement consenti, autonomie. Autonomie financière d’abord dans la mesure où les élèves, acteurs et non consommateurs, doivent être inventifs, imaginatifs pour “ gagner ” leur séjour-découverte. Le succès est dépendant de la capacité de chacun à se mobiliser pour la réussite de tous. La somme d’environ 50 000 F, nécessaire au financement, est toujours réunie. Autonomie vis-à-vis de la famille ensuite, dont il faut se détacher momentanément pour l’accomplissement d’un projet audacieux. Autonomie dans le travail et la recherche documentaire enfin, traitée le plus souvent en salle informatique sous la surveillance du professeur de technologie. La promotion du français et des sciences dites humaines, l’histoire, la géographie, est indéniable. Elle repose sur la recherche personnelle, l’apprentissage et l’utilisation d’un traitement de texte dans la préparation annuelle, l’écriture quotidienne en prévision du journal de voyage au cours de la randonnée, la rédaction et la synthèse collective au retour. La pédagogie active d’ouverture de l’école sur le monde extérieur permet à l’enfant de construire un nouveau savoir en s’appropriant la réalité qui l’environne. Le sentiment d’échec scolaire chez les plus faibles diminue sensiblement et par là même favorise certains succès au sein de l’institution. Il est significatif de constater un regain d’intérêt pour l’école, dans la dernière semaine de juin, à une époque de l’année où les motivations ne sont plus évidentes : chacun tient, par sa participation, à mener à son terme l’élaboration collective du journal de voyage dont il aura un exemplaire relié. Aussi, n’est-il pas facile de se séparer après une telle aventure ! Les vacances qui suivent n’ont plus leur saveur habituelle. Le fait est suffisamment rare pour être signalé. Et tous gardent pieusement d’une année inoubliable, quelques traces matérielles : un cahier de pré-voyage, rassemblant toute la documentation traitée et exploitée en travail interdisciplinaire, le journal de voyage, un montage-vidéo de 60 minutes, sonorisé, qui retrace l’épopée. Par le sérieux apporté au travail, la discipline librement consentie, l’intérêt et le désir d’apprendre, les élèves ont souvent forcé l’admiration de personnes extérieures à l’éducation nationale : guides lors de visites, hôtes, touristes ou passants. A titre d’exemple, retenons cette invitation spontanée, par le Maire de Saint-Guilhem, du groupe entier, dès son arrivée (non annoncée), au repas organisé à l’occasion d’une rencontre internationale pour le classement des chemins de Compostelle dans les itinéraires culturels européens (1991). Mentionnons aussi le don anonyme et inattendu de personnes émues par le sérieux des enfants dans l’étude d’un monument à Espalion : 100 F de l’une, puis 500 F quelques instants plus tard d’une autre (1994)… Les élèves eux-mêmes gardent de leur expérience un souvenir inoubliable. Quelques années ont passé. Les plus anciens d’entre eux, actuellement adultes, sont entrés dans la vie active ou poursuivent encore leurs études. La rencontre occasionnelle avec un de leurs anciens professeurs s’accompagne toujours de l’évocation d’un moment de bonheur, dans la classe idéale qui a marqué leur enfance. Les liens empreints d’une considération réciproque sont ceux de l’amitié. Beaucoup avouent toujours visionner le montage-vidéo, certains sont retournés avec des amis ou camarades sur les chemins de leur enchantement ; ils ont gardé le goût du voyage et de la d écouverte. Sans doute, avec le temps, la réalité a-t-elle dépassé le rêve. L’école a rempli un aspect de sa mission. Ses destinataires savent le montrer. N’est-ce pas là sa plus belle récompense…
En conclusion
“ Avec des moyens modestes, il est possible d’ouvrir l’école sur le monde extérieur en partant à l’école des chemins ” (citation de Daniel Badoinot, coordinateur du projet à Nogent). La classe-découverte, le projet d’action éducative à caractère patrimonial, s’appuyant sur un travail interdisciplinaire, peuvent remotiver des élèves volontaires en difficultés scolaires, apporter, grâce à une démarche innovante qui sort de l’acte pédagogique traditionnel, un intérêt nouveau dans l’exercice d’une profession qui demande une remise en cause continuelle.
Enseignants impliqués dans l’expérience :
- Badoinot Daniel (professeur de mathématiques)
- Chaffaut Michel (professeur de technologie)
- Petitpierre Roger (professeur d'histoire-géographie)
© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. N°23, 2001.
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