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par les élèves de l'école 39 d'Ekaterinbourg
Dans le domaine de l'industrie métallurgique, la deuxième moitié du 18e siècle dans l'Oural a été marquée par un véritable boum dans la construction des usines et l'accroissement de la production, qui s'est traduit par une grande quantité de métal fondu au moyen de hauts fourneaux. Les fonderies ouraliennes ont concurrencé les meilleures entreprises métallurgiques de l'époque, y compris celles de l'Angleterre.
La part du métal ouralien dans la fonte russe n'a cessé d'augmenter. Vers la fin du siècle, l'Oural produisait plus de 80% de tout le fer fondu et plus de 90% du cuivre produit en Russie.
La construction des usines de la deuxième moitié du 18e siècle s'est effectuée inégalement. Ainsi, entre 1750 et 1790, on a construit dans l'Oural plus de 50 fonderies de fer et affineries et 22 fonderies de cuivre ; tandis qu'au cours des 20 années suivantes, on n'en a construit que 15.
La plupart des usines de la deuxième moitié du 18e siècle ont été construites par des propriétaires privés mais à l'aide du Trésor public. On explique ce boum de la construction des usines par la demande grandissante de fer russe à l'étranger, par les besoins de l'Etat en cuivre et par les besoins militaires.
La fonte et le forgeage du fer par des usines ouraliennes ont énormément augmenté dans la deuxième moitié du 18e siècle. En 1750 toutes les usines ouraliennes ont produit 45 568 000 livres de fonte; en 1800, elles en ont produit 226 272 000. Le nombre de hauts fourneaux ouraliens est passé de 19 à 75 dans le même temps.
La production du fer s'est aussi considérablement accrue. Pendant la même période le nombre de marteaux forgeant du fer est passé de 178 à 671. En même temps, la production de fer forgé est passée de 31 488 000 à 173 888 000 livres.
Les industries de cuivre.
Dans la deuxième moitié du 18e siècle, l'Oural est devenu le principal producteur de cuivre du pays. On y fondait 90% de tout le cuivre russe. Le cuivre des usines ouraliennes était surtout utilisé pour le monnayage. L'Hôtel des Monnaies d'Ekatérin- bourg battait plus de 80% de toute la monnaie russe.
La production d'or.
L'exploitation industrielle d'un gisement d'or découvert en 1745 non loin d'Ekatérinbourg a commencé en 1752. Cette année-là, l'usine d'Ouktousse a effectué le lavage de l'or. Après, en 1753, le lavage de l'or était fait dans une nouvelle usine sur la petite rivière de Bérïeusovka, l'affluent de la rivière Pychma. Dix ans après, on a construit encore une usine sur la Pychma. L'usine de Bétleusovsk est devenue bientôt le centre le plus important de toute l'industrie de l'or en Oural.
Les entrepreneurs.
Dans la deuxième moitié du 18e siècle les usines changeaient souvent de propriétaires. Les sympathies ou les antipathies personnelles, les relations à la cour, ou la familiarité avec l'Impératrice jouaient un très grand rôle.
Les nobles devenaient entrepreneurs, les entrepreneurs devenaient seigneurs terriens, recevaient des grades et des titres et occupaient des places d'honneur à la cour. Ainsi, les Démidov. Le premier Démidov, Nikita, commença comme un forgeron à Toula et possédait une usine de 4 500 roubles. A sa mort, il a laissé à ses héritiers 25 fonderies, cuivreries et usines de fer, 3 appontements, 95 mines, 215 villages et 3781 maisons. Plus de 38 000 personnes travaillaient pour les Démidov. Son héritier, Akinphï Démidov fut anobli. Et bien que les descendants du forgeron de Toula soient devenus seigneurs terriens et propriétaires de trésors fonciers énormes en Oural, ils continuaient à construire des usines leur procurant des revenus immenses.
En 1762, l'édit spécial de Catherine II a permis à tous ceux qui le désiraient de construire des usines. Cela a provoqué une intense activité entrepreneuriale pendant les années 60. Ainsi, par exemple, Savva Yakovlev a dépensé pendant 13 ans plus de 1 300 000 roubles pour acheter des différentes usines. De plus, il en a construites lui-même et est devenu un des manufacturiers les plus puissants non seulement en Oural mais en Russie aussi. Savva Yakovlev a laissé à ses héritiers 22 usines. Parmi elles, il y avait des unités gigantesques comme celle de Haut-Issets, celle de Haute-Néïva, celle d'Ouktoussk, celle de Néviansk etc.
" L'Etat " des Démidov
Sur la carte de l'Oural de 1736 sur laquelle sont marqués les provinces et les districts, on peut voir aussi un territoire immense dont la surface était presque égale à celle de certains pays européens. Une inscription spécifiait: «Département de la famille des Démidov». Ce département comprenait près d'une centaine des cités, des usines, des faubourgs, des villages. C'était un vrai Etat: avec ses ressortissants, ses lois, son tribunal, son armée, ses forteresses garnies des canons. La capitale de cet «Etat» était l'usine de Néviansk et ce sont Nikita et Akinphï Démidov qui ont fondé cette usine.
Les Démidov étaient de véritables adeptes de Pierre le Grand et de ses réformes. Les caractères des premiers Démidov, surtout celui d `Akinphï, étaient très complexes. Akinphï était un despote cruel mais en même temps un dirigeant talentueux qui a laissé après lui une uvre remarquable, avec non moins de 25 usines !
Et quelles usines ! Les usines les mieux conçues qui produisaient le meilleur métal dans le monde entier .
Chaque année de tous les coins de la Russie des paysans évadés, des soldats, des forçats venaient s'embaucher à l'usine de Néviansk. C'étaient des gens hors la loi, des révoltés mais aussi des gens durs à toute épreuves. Les Démidov les accueillaient tous, ils les cachaient et puis les mettaient au travail dans les mines. Ces hommes étaient les pionniers les plus actifs, toujours prêts au travail , toujours prêts à créer et aménager de nouveaux endroits dans les rudes conditions de l'Oural.
Mais il n'y avait pas seulement des gens de cette sorte qui travaillaient dans les usines des Démidov. La cause principale du succès industriel des Démidov, leur trésor principal n'était pas les capitaux financiers ou humains, mais les talents, les savoir-faire, la capacité des gens à créer des richesses.
Les Démidov cherchaient et ramassaient à tout prix des maîtres doués: ils accueillaient des gens évadés et arrivés des autres usines, les débauchaient aux concurrents, faisaient venir des étrangers grassement payés ou... tout simplement les kidnappaient. D'après les calculs des historiens, en 1721 l'usine de Néviansk comptait 250 maîtres qualifiés, tandis que par exemple à l'usine d'Alapaïevsk il n'y en avait que 73.
Les Démidov ramassaient des talents partout. Ils savaient estimer et apprécier des gens doués parce qu' eux-mêmes ils étaient talentueux. Ainsi on dit que c'était Nikita Démidov qui a fait le premier fusil russe et le premier travail exemplaire.
L'usine de Néviansk
vue cavalière de la ville de Neviansk au 18e siècle, musée de Neviansk, cliché M.C. Ruiz
Parmi toutes les usines de Sibérie, l'une des plus importantes appartenait à la famille des Démidov. Ce n'était pas seulement une usine, c'était toute une cité. Au milieu du 18e siècle cette usine comprenait près de 1 200 maisons d'habitation et plus de 4 000 habitants du sexe masculin qui, selon les chroniques de l'époque, étaient pour la plupart d'entre eux, des personnes aisées.
Au 18e siècle Néviansk n'avait pas officiellement rang de ville. C'est pourquoi on y vivait selon les lois établies par le propriétaire usinier. Ainsi, Pierre Yakovlev a élaboré pour Néviansk une instruction contenant 18 articles et réglementant la vie de la cité ouvrière. Par exemple: «on doit garder la décence, l'ordre public, le silence ; les ivrognes ne doivent pas battre le pavé dans les rues. Il convient à tous les habitants de rester chez eux le soir. Personne ne doit s'absenter sans motif, aucun intrus ne doit être dans la cité.»
L'usine à Néviansk se trouve sur la rive gauche de la rivière Neiva. C'était une forteresse carrée à sept tours de bois sur des fondements de pierre. Le territoire de la forteresse comprenait outre les constructions usinières, une vaste cour «seigneuriale» avec deux «palais» en pierre. Un de ces «palais», à deux étages, immense et majestueux, était la maison du patron et a été occupée par les Demidov eux-mêmes ; l'autre «palais» était destiné aux bureaux.
Le palais des Démidov a été construit en brique, sur des pieux et des fondements de pierre. Dans cette construction on a utilisé le métal et le bois de chêne. Les voûtes des salles ont été recouvertes de fresques à la manière des fresques russes anciennes. Cette maison était complétée par des écuries, une remise, des bains, des caves et d'autres bâtiments à usage domestique.
Au total, ces constructions formaient une cour carrée d'une forme irrégulière où se tenait un marché et que bordaient les boutiques où l'on vendait les articles produits à l'usine de Néviansk. Il y avait aussi une auberge pour les hôtes de marque, un jardin, une serre, des bâtiments pour les animaux domestiques, et même une ménagerie pour les bêtes sauvages.
A l'intérieur de la forteresse il y avait une église de bois. Près de cette église on a construit un clocher qu'on appelle aujourd'hui la tour penchée de Néviansk. Les Démidov se souciaient beaucoup de leur oeuvre. Plusieurs visiteurs ont fait l'éloge de leur usine. Des contemporains écrivaient que «dans toute la Russie vous ne trouverez pas de chemins aussi bien soignés, bien qu'ils aient été construits dans les marais. Pour éviter la boue des rues on a creusé partout de
petits canaux et fait de petits ponts. On a relevé les berges de la rivière, on a construit des ponts pour traverser les marais et les ruisseaux, tout est en ordre, on ne peut mieux.»
Néviansk, capitale de «l'Etat» des Démidov
Le 15 septembre 1701 le maître Yakov Fadéev a fondu la première fonte de Néviansk. C'est ainsi que l'usine de Néviansk, la propriété des frères Démidov, a commencé à exister et à fonctionner. On a construit 4 hauts fourneaux, 4 creusets, 6 marteaux où on fondait le minerai. L'un des 4 hauts fourneaux de Néviansk, était le plus grand du monde entier et produisait 4 fois plus de fonte en 24 heures que les hauts fourneaux anglais les plus grands. Ce haut fourneau avait deux tuyères non pas un seul comme partout ailleurs
Dans la deuxième décennie du 18e siècle l'usine de Néviansk est devenue une des plus grandes entreprises métallurgiques et fournissait 5 à 10 fois plus de la fonte que toutes les usines de l'Oural, cela grâce aux frères Demidov.
On sait que le tsar Pierre le Grand se souciait beaucoup de la flotte marine et assignait des moyens colossaux et les meilleurs matériaux à la construction des navires. En 1718 un édit de Pierre Premier proclamait: «Ne prendre que le fer des usines des Démidov de Néviansk et ne pas prendre le fer des autres usines à cause de l'insuffisance de leur qualité...»
C'est le fer de Néviansk qui pour la première fois dans l'histoire de la Russie a été exporté dans les pays étrangers, en Europe et ensuite en Amérique. Même la Grande Bretagne achetait le fer russe. Aujourd'hui encore, à Londres, on peut voir des maisons très anciennes, couvertes de la tôle de Néviansk qui ne s'est toujours pas rouillée.
Les maîtres de Neviansk produisaient non seulement un métal parfait, le meilleur de Russie, mais en outre, ils ont mis au point une technique de ferronnerie complexe. Pierre le Grand aimait beaucoup les fontaines. Il a fait lui-même des esquisses et les dessins techniques des fontaines du Jardin d' été de Saint-Pétersbourg et du palais de Péterhof. Ce sont les maîtres de Néviansk qui, en 1718, ont exécuté la commande du Tsar et qui, malgré toute sa difficulté, l'ont parfaitement réussie.
Ces usines produisaient aussi des cloches et des instruments et des ustensiles tels que des horloges, des poêles, des chaudières, des tuyaux, des casseroles, des samovars, des plateaux, des cuvettes, des ancres, etc. Les premières en Oural, elles ont pratiqué la fonte artistique, comme par exemple les grilles de balustrade de la tour penchée que l'on peut voir aujourd'hui. Elles datent du 18e siècle.
Les métallurgistes de Néviansk savaient faire leur métier, c'étaient de vrais maîtres.
En 1725 le grand manufacturier ouralien Akinphï Démidov a construit une tour à Néviansk. Elle se trouve sur le territoire de l'usine près de la maison du patron. Cette tour est construite en brique sur des pieux et des fondations de pierre. La tour de Néviansk compte six étages dont les trois supérieurs sont entourés à l'extérieur par des balustrades en fonte d'art. En 1732 on a installé sur la tour un carillon qui indiquait le temps des côtés sud, ouest et nord.
Du fait de ses caractéristiques techniques, on peut dire à juste titre que la tour de Néviansk représente un cas exceptionnel dans l'histoire de l'architecture en brique de la première moitié du 18e siècle. Les architectes n'ont pas trouvé d'équivalents dans la Russie de l'époque et ils voient en la tour de Néviansk le résultat de traditions anciennes.
L'architecte R.Podolskï a noté la construction très intéressante des solives de fer et de fonte. Dans chaque solive, dans toute sa longueur, on a noyé une barre de fer. Cette construction originale témoigne d'une tentative précoce de réunir deux matériaux complètement différents. On peut dire que les maîtres de Néviansk ont été les premiers à utiliser le principe du béton armé. Rappelons qu'une telle méthode n'a été mise au point et utilisée qu'au 20e siècle, par la fabrication du béton armé.
Mais pourquoi les Démidov ont-ils eu besoin d'une si haute tour de pierre ? A quoi servait- elle ? Parfois on l'appelle la tour de guet. Dans les «Chroniques» de 1827 on disait que les Démidov avaient besoin de surveiller les routes afin de voir à temps les contrôleurs et autres étrangers au lieu approcher. Trois gardiens se trouvaient toujours près des cloches pour signaler le commencement et la fin du travail. Dans les «Chroniques» de 1848 on peut lire : «En haut de la tour et autour d'elle il y a une galerie couvertes de dalles de fer fondu et entourée d'une grille de fer fondu. Là-haut il y a des gardiens qui surveillent la cité et en cas de l'incendie ils doivent sonner l'alarme.»
En ce cas, à quoi servaient les pièces secrètes de la tour ? En effet, en 1871 on a trouvé dans la tour une pièce secrète où il y avait un four de fusion et des moules pour le monnayage.
La tour et la maison sont liées par des passages souterrains. Le même passage descend à la rivière. La cour était dallée de fer fondu, sous ces dalles on a trouvé un labyrinthe caché. Autre curiosité : dans la tour il y a une pièce où tout ce qu'on chuchote dans un coin peut être entendu distinctement dans le coin opposé. On dit qu'elle était construite spécialement pour les hôtes. Selon la légende dans une des cachettes on a découvert des squelettes enchaînées.
A vrai dire la destination utilitaire de cette tour n'est pas avérée. Nous pouvons aussi bien penser que la tour de Néviansk est un symbole de puissance : la famille des Démidov a édifié ce monument à sa gloire.
© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. N°25, 2001.