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Quelques mots sur l'Ukraine

Par Christian Lambart, Lycée Saint-Bernard. Troyes.

L'Ukraine est un pays de 603 700 Km2 et peuplé de 52 millions d'habitants. Définir l'Ukraine est assez difficile. Elisée Reclus, en 1880, la présente comme une Russie mineure. Sa première délimitation officielle et réelle est celle de la République soviétique de 1922 et son élargissement (Bukovine, Transcapie ) est du aux conquêtes stalinienne de 1945. L'annexion de la Crimée, quant à elle, est le fait de Khrouchtchev en 1954. Aujourd'hui, la question reste entière. Est-ce le berceau de la Nation russe ou tout simplement une terre de passage soumise aux différentes invasions ?

L'ambiguïté majeure de ce pays est d'être récent bien qu'ayant une histoire millénaire. Pourtant sa localisation, ses ressources, sa taille peuvent en faire un très grand pays européen.

Le nom " Ukraine " est, lui-même, flou. Il semble vouloir venir du mot Oukraïna dont la traduction s'approche de territoire en cours d'occupation. Le nom français d'Ukraine est utilisé la première fois par l'ingénieur du Roi Beauplan en 1660. Le drame de son histoire est d'être une terre de passage entre les Mongols, les Polonais, les Cosaques, les Turcs et les Russes. Aujourd'hui, encore, avec un PNB de 100 milliards de dollars et une production de charbon, de fer, d'acier, de gaz et de pétrole1, les Ukrainiens sont surnommés les petits russes émancipés. L'indépendance s'impose comme une triste désillusion.

On croyait que tous les maux venaient de Moscou. Mais la réalité était autre car l'URSS assurait une redistribution technologique. De plus, sept millions d'Ukrainiens vivent en Russie tandis que onze millions de Russes résident en Ukraine. Ces deux groupes humains se considèrent comme des étrangers dans leur pays. Tel est le résultat immédiat de l'indépendance acquise en 1991.

Vers l'indépendance

Dans les années 1980, l'Ukraine était partie intégrante de l'URSS et était considérée comme une variante régionale de la Nation russe. Lénine déclarait, " si nous perdons l'Ukraine, nous perdons la tête ". Depuis 1972, le conservateur Chtcherbytsy gouverne le pays. Celui-ci est membre du Politburo et appartient à l'équipe de Bréjnev. Il " prendra " sa retraite en septembre 1989 et sera remplacé par Volodymir Ivachko, secrétaire général suppléant du Parti communiste soviétique de Gorbatchev. L' Ukraine est bien tenue par la direction du Parti. Pourtant, c'est d'Ukraine, que partit la grève la plus inquiétante pour le régime soviétique. Il s'agit du mouvement des mineurs du Donetz durant l'été 1989. Ceux-ci étaient considérés comme acquis au régime et surtout extrêmement russifiés. Cette grève révéla à l'opinion soviétique l'existence d'un mouvement d'opposition très fort.

Or celui-ci existait depuis longtemps. En août 1987, un comité de prêtres et de laïcs militaient pour la légalisation de l'église gréco-catholique d'Ukraine. Cette reconnaissance, dont ni le clergé orthodoxe, ni Chtcherbytsky ne voulaient, fut accordée par Gorbatchev après sa visite au Vatican. Le symbole en fut le retour du Cardinal Lioubatchivsky à Lviv en 1989. Parallèlement, on assiste au réveil de sociétés culturelles comme la société Mémorial dont la finalité était de rappeler l'existence de la République populaire d'Ukraine de 1918-1920 ou encore la famine de 1932-1933. L'essentiel reste, tout de même, le mouvement culturo-politique du Roukh dont la revendication majeure est la reconnaissance du drapeau jaune et bleu.

Le Roukh est synonyme de l'Empire Kievien rappelant l'ancienne puissance ukrainienne. Aux élections de mars 1990, le Roukh remporte 117 mandats sur 450. Mais son audience lui permet de contrôler de puissantes administrations. L'effondrement du modèle soviétique trouve sa version en Ukraine lorsque, le 16 juillet 1990, le soviet suprême proclame la souveraineté de la République socialiste d'Ukraine. Celle-ci s'accorde le droit de disposer d'une force armée autonome, signe des accords bilatéraux avec les autres républiques et commence à forger sa propre politique étrangère. En 0ctobre, une manifestation d'étudiants provoque la démission du 1er ministre communiste. Toutefois l'événement majeur demeure, sans aucun doute, le traité du 19 novembre 1990, qui marque la reconnaissance mutuelle des républiques russe et ukrainienne. C'est la première fois que la Russie reconnaît l'existence de l'Ukraine. Dès lors, les deux pays vont devoir apprendre à vivre ensemble dans des relations d'Etat à Etat en prenant en compte leur histoire commune et leur interdépendance économique. Puis l'histoire va se précipiter. Au référendum de mars 1991, 70% des Ukrainiens votent pour le maintien dans l'Union sur la base d'un nouveau traité confirmant la souveraineté pleine et entière de la République d'Ukraine. Cependant, l'effondrement du système soviétique aboutit à une indépendance de l'Ukraine dont le référendum du 1er décembre 1991 est l'acte de naissance.

Une fois cette indépendance acquise, les partis politiques issus du mouvement du Roukh se scindent et laissent les mains libres aux anciens communistes qui tiennent les rouages du jeune Etat. Cette domination se prolongera d'élections en élections. La division des forces politiques non communiste est le fruit d'une divergence sur l'identité du pays. Outre le problème social, naissent d'importants courants régionalistes issus d'une composition ethnique très diverse que le tableau issu du QSJ sur l'Ukraine illustre concrètement.

La diversité de la population reflète un territoire multiple et une Histoire mouvementée.

Un territoire multiple

Située dans une position médiane entre l'Est et l'Ouest, l'Ukraine possède des frontières communes avec la Russie, la Pologne, la Slovaquie et la Hongrie et elle contrôle tout le littoral septentrional de la Mer Noire y compris la Crimée. Son axe essentiel est le Dniepr long de 2285 km. Ce fleuve est le troisième fleuve du continent européen et il coule en Russie (485 kms), en Biélorussie (595 km) et en Ukraine (1090 km). Il représente aussi un débouché sur la mer noire. Pour les Ukrainiens, c'est le fleuve chanté et sacré. On disait qu'il était trop large et trop grand pour être mis au Goulag. Il est vrai, du reste, qu'il partage l'Ukraine et contribue à l'organisation de l'espace.

Il est nécessaire de distinguer l'Ukraine occidentale qui correspond à l'ancienne partie austro-hongroise ou polonaise du territoire. Elle fut hors de l'URSS jusqu'en 1944. Quant à l'Est, le territoire est passé des Tatars à l'Empire russo-soviétique. Il a été peuplé par différents peuples. Ce qui nous permet de distinguer une Volinie et un ensemble de régions du centre Ouest jusqu'à Kiev. Autour de Kharkov, on rencontre l'espace russifié et steppique, mis en valeur vers 1870 grâce au bassin charbonnier.

Le peuplement est orienté Nord Sud. Le Sud, actif, fut urbanisé dès la plus haute antiquité. Mais c'est à partir du Nord que s' accomplit la colonisation. Il s'agit pourtant du domaine de la forêt, des céréales pauvres et des pommes de terre. Il faut arriver à Kiev pour rencontrer les chernoziom et la fertilité des sols.

Le réseau urbain est marqué par une forte polycentralité que la centralisation soviétique n'a pu faire disparaître. Kiev est une vraie capitale et concentre environ 2,62 millions d'habitants. Elle occupe une position centrale entre l'Ouest de l'Europe et l'Est russe, entre un nord boisé et un sud steppique. Sa rupture avec Moscou ne fait que renforcer son rôle politique. Mais le réseau urbain demeure un des atouts de l'Ukraine. En effet, le pays dispose de puissantes capitales régionales dont Kharkov (1,5 Millions d'habitants), Lviv (900000 Habitants) et Odessa (1,2 millions d'habitants).

Pour ce qui est de la Crimée, il faut envisager un cas à part. On est confronter à un espace montagneux de 27000 Km2 et 2,6 millions d'habitants. Son rattachement au continent eurasiatique n'est effectué que par un étroit pédoncule de sable. Elle appartient à l' Ukraine mais n'est pas pour autant ukrainienne. Sa population est duale. De fait, les Tatars qui furent évacués par Staline commencent à revenir. Ils sont environ 200 000 aujourd'hui. En revanche, les Russes représentent 70 % des habitants de l'île (soit 1 700 000 habitants). Khrouchtchev avait intégré la Crimée à l'Ukraine. A cette époque, cela ne portait pas à conséquences. Mais cela commence à devenir un problème politique majeur puisque les Russes majoritaires regrettent le temps de la flotte de la Mer Noire et de l'opulence touristique tandis que les Tatars revendiquent la reconstitution du grand Khanat de Crimée. Ainsi, le pouvoir central, dans un souci de compromis, a laissé se mettre en place un parlement et un gouvernement autonome. De ce fait, tous les ingrédients sont réunis pour devenir un Hong Kong  de la Mer Noire. Paradis touristique, pays de vergers et de jardins, lieu de tous les trafics et largement autonome, la Crimée pourrait vivre d'une manière indépendante.

L'Ukraine est donc un pays divers à l'image de son histoire.

Une histoire mouvementée

L'Ukraine a connu plusieurs foyers de cultures. On dénombre des habitats datant du paléolithique moyen. On distingue plusieurs établissements. Dès le premier millénaire, l'empire des Scythes entre en relation avec le monde grec à partir de la colonie d'Olbia à l'embouchure du Dniepr. En 200 avant Jésus Christ, un royaume du Bosphore est envahi par les Sarmates, et plusieurs peuples traversent l'Ukraine à partir de 375. La partie occidentale et septentrionale est occupée par les slaves tandis que les Turcs occupent l'Ukraine méridionale et orientale au VIème siècle. Au 8e , c'est au tour des Bulgares et au 9e siècle des Pétchenègues.

Mais le premier royaume kievien est fondé par un peuple scandinave : les Varègues. Ceux-ci installent leur capitale à Kanugard-Kiev vers 800-860. Le roi, Vladimir le sage, christianise son royaume et lui assure une durée de vie de 2 siècles. Son royaume s'étend vers le nord et reste en relation avec l'empire byzantin par le fleuve et la mer noire. Cependant, la partie méridionale reste un vaste couloir Est-Ouest ouvert à toutes les grandes invasions. Or le royaume s'effondre au 11e siècle sous les coups des Coumans qui fondent deux principautés en Ukraine occidentale : la Galicie et la Volhynie. L'Ukraine orientale passe alors sous la coupe des Mongols au 13e siècle. Kiev est prise en 1246. Les Mongols fondent le grand Khanat de la Horde d'or qui impose son autorité de la Moldavie actuelle à la moyenne Volga.

Cette domination demeure cependant éphémère car les Lithuaniens entrent en scène à partir de 1365 et chassent les Mongols. Kiev tombe donc en 1400 et les Lithuaniens atteignent la Mer Noire. Dans le même temps, les Polonais font irruption dans la principauté de Halicz. Les Polonais et les Lithuaniens concluent un acte d'union et constituent une principauté polono-lithuanienne. Ainsi, à la fin du 14e siècle, le territoire de l'Ukraine est partagé à l'Ouest et au centre par une principauté polono-lithuanienne, tandis qu'au sud et à l'Est s'étire des principautés Tataro-Mongols unifiées en 1438 sous l'autorité du grand Khanat de Crimée.

Un équilibre s'établit jusqu'à l'arrivée des Turcs et des Russes qui, à partir de 1480, commencent leur progression vers le sud. Les Turcs s'emparent de la Crimée en 1475 et en 1526 contrôlent tout le littoral. Devant cette double menace russe et turque, la noblesse polono-lithuanienne tente une nouvelle union dont le résultat sera surtout l'allégeance du clergé orthodoxe de la région avec la papauté. Leur but est d'obtenir l'appui des Etats catholiques. C'est l'acte de naissance de l'église Uniate qui conserve son rite byzantin tout en reconnaissant l'église de Rome. Cette réaction va permettre le maintien d'une domination de Magnats polonais, ruthènes et lithuaniens à l'Ouest. En revanche, le Nord-Est est contrôlé par les Russes. Ceux-ci organisent, à la fin du 16e siècle, des " confins " dont la fonction est de protéger la petite Russie. C'est le temps des Cosaques.

Au début du 17e siècle, le tableau de l'Ukraine est surprenant. A l'Ouest, le pays est tenu par une poignée de Magnat ruthéno-polonais tandis que les Russes gagnent du terrain au Nord-Est. Les Turcs au sud, quant à eux, associés au Tatars souhaitent conserver le contrôle absolu des rivages de la Mer Noire. Le centre du pays commence à être contrôlé par une population semi nomade. Les origines sont diverses. Il s'agit de peuplades ayant refusé l'autorité des souverains étrangers (russes, turcs ou polonais), de fuyards de toutes origines. Ils s'installent dans un no man's land entre les Russes, les Polonais et les Turcs du grand Khanat de Crimée. Plusieurs groupes se distinguent : les Cosaques de la Volga, du Don, du Kouban , du Terek. Les plus occidentaux, à savoir les cosaques Zaporogues, nous intéressent principalement. Ils occupent une des boucles du Dniepr. Leur survie est due à leur situation entre deux puissances ennemies : la Pologne et la Russie. Chacun de ces Etats les utilise et les ménage, ainsi, ils ne manquent ni d'armes, ni de vivres

et continuent à recruter tous les fuyards et hors la loi des deux pays. En outre, ils disposent d'une organisation politique composée d'un conseil des Anciens (Starchina), d'un chef élu (Hetman ou Ataman) et d'une position fortifiée, la Sietch (aujourd'hui sous un barrage) près de Zaporoje. Pourtant, plusieurs facteurs viennent les perturber. Ils suivent tour à tour deux politiques contradictoires. Ils passent du statut de mercenaires dépendants à la volonté d'affirmer une indépendance jalouse.

Lorsque Russes, Polonais et Turques entreprirent une colonisation agricole systématique associée aux droits seigneuriaux mais aussi aux différents conflits religieux liés à l'existence d'un clergé uniate, catholique romain, orthodoxe et de l'Islam. Les affrontements devinrent inévitables.

Le premier conflit des cosaques est ouvert contre les Polonais en 1637. L'armée polonaise écrase ce qu'elle considère comme une révolte et impose son autorité sur la boucle du Dniepr. En janvier 1646, Bogdan Khmelnitski est élu hetman. Celui-ci, avec le soutien des Tatars et du Tsar Alexis, se soulève contre l'autorité polonaise. Les cosaques se mettent sous la protection du Tsar qui reconnaît, en échange, les libertés du peuple cosaque. C'est un tournant. Néanmoins, le malentendu est total car les Cosaques souhaitent créer un Etat cosaque tandis que le Tsar veut un Etat Kievien vassal.

A dater de 1659, la situation internationale change. L'irruption des Suédois ruine la puissance polonaise et porte de rudes coups au Tsar. Entre 1672 et 1699, les Turcs s'installent en Podolie. Après avoir louvoyé entre les Turcs et les Russes, les cosaques jouent la carte suédoise. Mais la bataille de Poltava en 1709 offre à la Russie la domination de la majeure partie de l'Ukraine actuelle et la soumission cosaques.

L'Ukraine russe

Le règne de Catherine II est déterminant. Le pays s'apparente d'abord à un champ de bataille. L'empire russe entreprend sa marche vers les mers chaudes. A partir de 1764, l'armée russe détruit la Sietch et se lance à la conquête de la Tauride, la Crimée, la Moldavie et la Bulgarie. Le traité de Kutchuk-Kaïnarji (16 juillet 1774) consacre une grande défaite des Turcs. Seule la Crimée conserve une indépendance théorique et éphémère. Avec le règne de Catherine, les libertés cosaques ne résistent pas. Tandis que la Crimée subit la pression russe, Potemkime fonde Kerson (1778), Mariopol (1779), Sébastopol (1784) et Iekatérinoslov (1786). L'attitude de la Russie provoque une réaction de l'Empire Ottoman. Mais la reprise de la guerre et la victoire russe consacre définitivement le rattachement de la Crimée au traité de Lasi le 9 janvier 1792.

A l'Ouest, les différents partages de la Pologne incorporent les derniers vestiges de l'Ukraine polonaise à l'Empire russe. Ainsi, à l'exception de la partie autrichienne, toute l'Ukraine passe sous l'autorité russe et celle-ci devient la Nouvelle Russie.

La nouvelle Russie

L'Ukraine du 19e siècle connaît une expansion à l'américaine. Toutes les conditions sont réunies pour favoriser une explosion économique comme l'existence d'une plaine fertile (chernoziom), la présence d'une façade maritime (base navale de Sébastopol et port de commerce d'Odessa), le charbon du Donets. Tout ceci favorisent une région où se met en place un capitalisme puissant et un prolétariat nombreux. Un courant migratoire amène des Grecs, Arméniens, Allemands, Russes et Bulgares et suscite des villes nouvelles dont Bérézina, Paris, Arcis et Leipzig. C'est une province en plein développement que qui est surprise par la Grande guerre et la Révolution russe.

Un champ de bataille

Pour l'Ukraine, un long calvaire commence. L'effondrement du régime tsariste est pourtant synonyme d'indépendance. Le 15 mars 1917 se réunit une Rada à Kiev. Ce conseil est issu d'une ancienne société ukrainienne progressiste qui demandait l'autonomie depuis 1908. La Rada proclame l'indépendance de l'Ukraine en novembre 1917 et désigne un gouvernement dirigé par Petlioura. Les Bolcheviks tentent d'intégrer ce gouvernement puis fondent à Karkhov une République rivale le 25 décembre. L'affrontement est rapide puisque les Bolcheviks attaquent en janvier 1918. La Rada se replie à Jitomir et négocie avec l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, en signant le premier traité de Brest-Litovsk du 9 février 1918. Les puissances centrales garantissent l'indépendance de l'Ukraine. Par ailleurs, les Bolcheviks sont contraints de reconnaître cette indépendance le 3 mars 1918 au second traité de Brest-Litovsk. L'immédiat n'est pas glorieux puisque les Allemands imposent de lourdes réquisitions et s'appuient sur le hetman cosaque Skoropadski qui enferme Petlioura et dissout la Rada. Le repli allemand provoque la guerre civile et le retour des Bolcheviks. Plusieurs parties vont affronter l'armée rouge : les Cosaques, les armées blanches, les alliés , l'armée polonaise et celle de Petlioura, sans oublier les anarchistes de Makhno.

Alors les Polonais recherchent à contrôler la Galice et soutiennent Petlioura, les Cosaques tentent de ressusciter l'Etat cosaque du 17e siècle et lancent des raids jusqu'à la Mer Noire. Makhno affronte surtout les Russes blancs commandés par Denikine et Wrangel. Les Français ne pouvant soutenir personne se retirent d'Odessa, tandis que les Anglais restent apportent leur soutien à Denikine et cherche à contrôler le littoral de la Mer Noire. En réalité, ce désordre favorise les Bolcheviks qui fondent une République d`Ukraine le 6 février 1919 à Kiev. Une série d'offensives de l'armée rouge, accompagnée d'alliance de circonstance, permet d'éliminer progressivement tous les belligérants. Le 15 novembre 1920, après trois ans de guerre, de massacres et de trahison, c'est, en vainqueur, que les Bolcheviks entrent dans Sébastopol.

L'Ukraine soviétique

Le 30 décembre 1922 est proclamé officiellement la République soviétique d'Ukraine. La capitale sera Karkhov jusqu'en 1934 où Kiev reprendra sa position. Les années 1920 sont une l'époque d'une véritable ukrainisation du pays. La NEP favorise une renaissance, de sorte qu'un âge d'or semble commencer. Cependant, le revirement est total quand Staline suspend la NEP et déclare la guerre au koulaks. La répression est féroce et touche sept millions de personnes dont l'essentiel de l'élite intellectuelle.

La seconde guerre mondiale prolonge le calvaire. Dans un premier temps, Staline agrandit l'Ukraine des territoires confisqués à la Pologne en 1939 (Volhynie, Galicie orientale) et la Roumanie cède la Bukovine du Nord et la Bessarabie du Sue en juin 1940. L'opération Barbarossa change la donne. Le gouvernement général de Pologne et la Roumanie reprend les territoires cédés. Tout le reste de l'Ukraine est soumis à un Reichkommissariat d'Ukraine dont l'objectif est triple : tenir les communications allemandes, soutenir les Einstzgruppen, fournir à Sauckel sa main d'œuvre . Des Ukrainiens et des Ruthènes vont collaborer avec les Allemands. De même, la Résistance du pays, dirigée par Stefan Bandera, est partagée entre son hostilité aux Allemands et aux Soviétiques. L'armée rouge reconquiert l'Ukraine entre août 1943 et juillet 1944. Le pays est exsangue et totalise la moitié des pertes de l'URSS en 1945. La guerre aura aussi comme conséquences de réunir toutes les composantes de l'UKraine dans une seule et même République reconnue par l'ONU. Certes, cette situation est une façade et n'empêche pas la " famine " de 1946-1947. Il faudra attendre Nikita Krouchtchev pour qu'une certaine tolérance s'installe. Brejnev favorisera le conservateur Chtcherbytsky qui demeurera au pouvoir jusqu'en 1989.

Ainsi l'Ukraine est un pays divers et complexe tant sur le plan géographique que sur le plan historique. Il est vrai que ce jeune Etat doit relever de grands défis. L'unification du pays et des relations cohérentes avec son puissant voisin doivent être réalisées. Mais l'histoire ukrainienne est celle d'une situation complexe où seul le Dniepr semble conférer au pays une unité et une logique. Pourtant, ce pays dispose d'atouts et pourrait former une grande nation européenne.

© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. N°26, 2002.

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