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Ville d'apartheid, ville de ségrégation : Johannesburg

par Jean-François Valleix

Le travail suivant s'adresse à une classe de Seconde de lycée technologique (série STL), en fin de second trimestre, raison pour laquelle les documents sont accompagnés de questions.

On peut envisager pour des élèves de Seconde générale, dans l'optique de la préparation aux épreuves du baccalauréat, d'analyser les documents sous forme d'un tableau synthétique (avec 3 thèmes : un régime raciste et répressif, un espace urbain éclaté, un aménagement post apartheid problématique, en montrant pour ces deux thèmes les jeux d'échelle).

Déroulement de la séance :

L'étude de la géographie urbaine de Johannesburg a occupé une séance de module de deux heures. Le travail sur fiche a été complété par une projection de diapositives de paysages du CBD et des townships, des formes de l'urbanisme d'apartheid : maisons standardisées à pièce unique, les matchboxes ; foyers pour travailleurs, les hostels (voir photo 1) et quartiers d'urbanisation spontanée dans les espaces-tampon entre les différents townships, les shacks (voir photos 2 et 3).

Objectifs :

Le module a une dimension géographique et civique :

Etudier un système politique raciste et répressif.

Comprendre les relations entre l'espace urbain et l'idéologie : démontrer que la ville est le produit d'une action et d'une vision politique, ainsi que d'une société.

Etablir les problèmes d'aménagement à différentes échelles, issus de la ségrégation socio-spatiale.

Notions :

apartheid - ségrégation - discontinuités - acteurs.

Les notions d'agglomération, de quartiers, de paysages et de fonctions urbaines avaient été vues à partir de l'étude de l'agglomération clermontoise. Il s'agit ici de les réinvestir dans le contexte sud-africain.

Travail préparatoire :

On peut faire chercher la signification du terme « ségrégation » et présenter à l'aide d'un atlas les caractéristiques de Johannesburg : localisation, population, économie en mettant ces informations en rapport avec celles des autres pays et mégapoles africaines.

le centre ville de Johannesburg, cliché GDF

Ville d'apartheid, ville de ségrégation : Johannesburg

1- L'apartheid ou le développement séparé
Le 22 février 1990, le président sud-africain Frédérik De Klerk annonce à un parlement stupéfait son intention d'abroger toutes les lois ségrégationnistes et de partager le pouvoir avec les Noirs. […] Il met fin à un siècle de privilèges exorbitants d'une minorité blanche sur une majorité de couleur, au nom de la race. C'est en 1935 qu'apparaît le mot " Apartheid " (" séparation "), dans une Afrique du Sud secouée par la crise économique mondiale. [ …] En 1949, les mariages mixtes, quoique rares, étaient interdits. […] En 1950, le parlement vota deux lois qui fondèrent véritablement l'apartheid et assurèrent à la communauté blanche l'isolement qu'elle réclamait. La Population Registration Act imposa une classification extrêmement rigoureuse. Tous les Sud Africains appartenaient désormais à l'une des quatre races définies par le ministère de l'intérieur : blanche, métisse, asiatique ou indigène. La seconde loi imposait le regroupement des individus de même " race " dans des lieux de résidence obligatoire, les autorités organisant le déplacement forcé des populations (18 millions d'arrestations, 3,5 millions de personnes déplacées). Ce dispositif fut complété par le Reservation Amenities Act qui prévoyait une stricte séparation dans les lieux publics et les services. L'accès aux moyens de transport, aux salles de spectacle, aux restaurants, aux bancs publics, aux toilettes fut désormais réglementé par les sinistres panneaux "Blancs"/ "Non-Blancs". d'après P. Coquerel, L'Histoire, dossier " Le racisme ", Octobre 1997

A/ Une histoire politique sud-africaine :
1) Présentez les grandes dates de la politique d'Apartheid ?
2) Quels étaient les objectifs de cette politique ? Quelles en sont les conséquences pour les populations ?

2- La région urbaine de Johannesburg-Prétoria

B/ A l'échelle de l'agglomération
1) Calculez les distances est-ouest et nord-sud de l'agglomération de Johannesburg-Prétoria. Qu'en déduisez-vous ?
2) L'espace urbain est-il bâti en continu ? En quoi l'organisation de Johannesburg traduit-elle la ségrégation imposée par la politique d'apartheid ?

3) A l'échelle de l'agglomération, quels problèmes peut causer l'éclatement spatial des quartiers ?

 

3- le township d'Alexandra : un modèle d'urbanisme sécuritaire

4- 350 000 âmes s'entassent dans les "frontières" fixées par l'apartheid

« Alex » est le symbole de la société sud africaine coupée en deux. Non plus comme ce fut le cas pendant des décennies entre Blancs et Noirs, mais entre pauvres et riches, même si la misère est encore à majorité noire. L'histoire du quartier est intimement liée à l'apartheid. les premières maisons y ont été construites vers 1912. Refuge de tous les provinciaux venus chercher fortune à Johannesburg, la ville de l'or, elle s'est rapidement peuplée d'une population noire, réservoir de main- d'œuvre. Mais, quand la ville blanche a voulu s'étendre vers le nord, Alexandra est devenue un problème. Plusieurs fois le régime ségrégationniste a tenté de chasser les habitants avant de renoncer et classer le quartier « township noire », zone réservée, surveillée, délimitée.

Coincée dans ses « frontières », entre Sandton et la rivière Juskei, Alexandra étouffe. 350 000 personnes y vivent (sur 50 km² environ) alors que les infrastructures n'ont été prévues que pour 70 000 habitants. Autour des « hostels », les petits immeubles destinés aux mineurs, et des « matchboxes », les petites maisons « boite d'allumettes », construites sous l'apartheid, se sont agglomérés des milliers de « shacks », baraques de bric et de brocs collées les unes contre les autres. Mais Alexandra la hideuse essaie de se refaire une beauté. Pour cela, le gouvernement s'est donné sept ans et un budget de 1.3 milliard de rands (130 millions d'euros).

[…] Certains bras de la rivière Juskei qui traverse le township, remplis d'immondices, quand ils n'ont pas disparu sous les constructions anarchiques, ne jouent plus leur rôle d'évacuateur, et les crues sont devenues chaque année dévastatrices. Il y a deux ans, 1500 personnes ont dû être déplacées et des épidémies de choléra* se sont déclarées. Les baraques étaient construites sur les bords instables de la rivière, constitués de plusieurs mètres cubes de déchets.

Après avoir été relogée sous des tentes, la famille de Suzanne a enfin pu avoir accès à un toit décent. Sur les hauteurs d'Alexandra, où elle est née, elle a depuis 6 mois une maison en dur. Quatre murs, un toit de tôle, une pièce. Un coût de construction modique, à peine 1600 euros. Pour le moment, elle n'a payé que pour les installations électriques et l'adduction d'eau. Suzanne est heureuse. Elle est parvenue à rester dans son quartier qu'elle connaît et qu'elle aime. D'autres ont été relogés dans un périmètre allant jusqu'à 50 kilomètres de la ville.

F. Pompey, Le Monde - 11 septembre 2002

* quartier parmi les plus dangereux de Johannesburg, Alexandra est également ravagé par le SIDA : 30 à 40 % de séropositifs selon des estimations aléatoires.

C / A l'échelle du quartier :

1) Localisez le quartier d'Alexandra par rapport au centre de Johannesburg (carte 2) et présentez ses caractéristiques sociales (texte 4).

2) A l'aide de la carte 3, définissez les « frontières » du township. Quelle était leur fonction ? N'existe-t-il pas d'autres « frontières » à l'intérieur même du quartier ?

3) Classez les problèmes qui pèsent sur les habitants d'Alexandra.

4) Présentez et commentez les évolutions récentes d'Alexandra depuis la fin de la politique l'apartheid.

Synthèse écrite : Rédigez quelques lignes sur les spécificités de l'organisation de l'espace urbain de Johannesburg.

© Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. N°28, 2002.

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