Synthèse des travaux de l’atelier « Le lien Armée- nation » Il est décidé de fusionner les deux ateliers, celui consacré au «lien armée-nation» et celui consacré au «concours national de la résistance». Les deux intervenants, Olivier POTTIER et Christian LAMBART, estiment que cette fusion a une logique : le lien entre l’armée et la nation est un enjeu de mémoire, le concours de la résistance est un moyen de sortir de l’abstraction quand on aborde cette question.
Olivier POTTIER dresse un tableau de l’évolution des liens entre l’armée et la société françaises, d’abord depuis la loi DEBRE de 1970 jusqu’à la loi RICHARD de 1997, ensuite depuis la réforme (c’est à dire depuis l’application de la loi menant à la suspension du service militaire). Sa problématique tourne autour du consensus qui n’existait pas dans les années 1970 et qui s’est établi depuis. I / 1970-1997 : On oscille entre tension et rapprochement entre militaires et civils. Les années 70 sont les années d’un divorce, mais d’un divorce plus apparent que de fond, car le pacifisme et l’antimilitarisme -qu’on ne saurait confondre- sont portés par des courants émiettés et trouvent peu d’échos dans la société française. Par contre, il existe une coupure entre les cadres de l’armée et les partis de gauche car, pour les premiers, l’ennemi intérieur devient le « gauchiste », pour les seconds, l’image de l’armée est celle d’une armée putschiste. Or, cette coupure s’efface avant même l’arrivée de la gauche au pouvoir car celle-ci accomplit auparavant un « virage » nucléaire (le P.C en 1977, le P.S. en 1978). L’élection de François MITTERRAND atténue encore plus cette coupure, la continuité est le trait marquant de la politique internationale (par exemple, l’URSS est désignée comme l’ennemi majeur… pour la première fois). Même s’il connaît des limites, ce consensus est symbolisé par la commémoration de Valmy en 1989. En second lieu et surtout, société militaire et société civile sont en phase comme elles ne l’ont jamais été auparavant. La société militaire se « banalise » et n’est plus à part : « nomadisme » moindre, chute de la fécondité et diminution de la taille des familles, transformation de l’image et du rôle des femmes de militaires, féminisation des cadres. II / 1997 La réforme est un projet de droite, repris par la gauche quand elle revient au pouvoir. L’armée a entamé une « révolution silencieuse » qui est une rupture radicale avec une histoire biséculaire. Les militaires en ont conscience, les civils moins. En même temps dans l’opinion, l’antimilitarisme a disparu et le pacifisme maintenu a une moindre audience. Mais la bonne image que l’opinion a maintenant d’une armée professionnelle est aussi la conséquence de l’indifférence, l’opinion ne se sent plus impliquée non plus que les partis politiques qui ne débattent plus de la dissuasion ou de la défense européenne.
Christian LAMBART présente l’histoire du concours de la résistance. I / La genèse du concours. Il a été créé en 1961. Depuis cette date, il est devenu le plus grand concours de l’Education Nationale en même temps que son déroulement est délocalisé II ) Ce qu’en pensent les jeunes. Christian LAMBART a élaboré un questionnaire sur les valeurs auquel ont répondu quinze classes. Les valeurs prioritaires sont : le respect, la solidarité, la vérité, la paix, la famille. Au second degré : la liberté, l’engagement, le pays. Mais ces mots n’ont pas forcément le même sens pour les jeunes que pour les autres générations, la liberté est surtout conçue comme individuelle. L’engagement est perçu comme la sortie de l’impuissance, « quand on ne peut plus faire autrement ». Les jeunes reformulent les valeurs et n’ont pas le même savoir partagé que les autres générations : les nouvelles technologies et la télé jouent un rôle essentiel dans leur formation. III ) Le concours de la résistance dont Christian LAMBART ne souhaite pas qu’il implique une classe entière permet de développer cinq points : la notion d’engagement, la notion d’intégration ( par exemple, le rôle des immigrés dans la résistance), la notion de réactivité sociale (le nazisme n’aurait pas eu une telle résonance s’il n’avait trouvé des relais dans une société allemande résignée), la notion de devoir de mémoire qui est aussi un droit, la notion de rénovation sociale ( par exemple, le programme du CNR et la fondation d’une démocratie sociale). On débouche sur une interrogation : Quelles valeurs avons-nous à défendre aujourd’hui ? C’est sur cette conclusion que s’engage le débat.
Une intervenante enseignante : le problème de ces missions, que ce soit celle de l’armée ou celle de l’éducation nationale, est qu’elles ne sont pas en phase avec les tendances dominantes de la société contemporaine. N’est-ce pas ce qui a toujours été ? , font remarquer plusieurs intervenants Cette remarque conclut le débat qui se clôt sur une réflexion commune à plusieurs intervenants : la connaissance de l’histoire permet de ne pas noircir la société actuelle, ni de l’idéaliser.
© Bulletin
de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims.
N°33, 2005.
|