Le nombre des déportés de France dans les camps de concentration et d’extermination nazis au cours de la seconde guerre mondiale est estimé à plus de 150.000 personnes, dont 85.0000 victimes de mesures de répression (principalement des politiques et des résistants) et 75000 juifs, victimes de mesures de persécution touchant également les Tsiganes. Au total, disparaissent plus de 100.000 déportés partis de France. Avec la libération des camps puis le retour des premiers survivants, le monde entier mesure l’ampleur de la déportation et de son horreur.
Pour maintenir présent le souvenir de leurs camarades morts en déportation, les associations de déportés créent des lieux de mémoire, comme à Paris, le monument du souvenir de la synagogue de la rue de la Victoire (inauguré le 27 février 1949) ou la chapelle des déportés, en l’église Saint Roch (inaugurée le 21 novembre 1953).
Dès le début des années 1950, les anciens déportés et les familles de disparus expriment le souhait de voir inscrite dans le calendrier une date réservée au souvenir de la déportation. Le choix du dernier dimanche d’avril est retenu, en raison de la proximité avec l’anniversaire de la libération de la plupart des camps, sans se confondre avec aucune fête ou célébration, nationale ou religieuse, existante.
La loi du 14 avril 1954, consacrant le dernier dimanche d’avril au souvenir des victimes de la déportation et mort dans les camps de concentration du IIIème Reich au cours de la guerre 1939-1945, adoptée à l’unanimité par le Parlement, fait de ce dimanche une journée de célébration nationale.
Pour ses initiateurs, la journée nationale répond à deux exigences. Tout d’abord, elle rappelle à tous ce drame historique majeur comme les leçons qui s’en dégagent. Selon les termes de l’exposé des motifs de la loi, pour que de tels faits ne se reproduisent plus, « il importe de ne pas laisser sombrer dans l’oubli les souvenirs et les enseignements d’une telle expérience, ni l’atroce et scientifique anéantissement de millions d’innocents, ni les gestes héroïques d’un grand nombre parmi cette masse humaine soumise aux tortures de la faim, du froid, de la vermine, de travaux épuisants et de sadiques représailles, non pus que la cruauté réfléchie des bourreaux ».
En second lieu, par cette célébration, la nation honore la mémoire de tous les déportés, y compris les victimes des déportations en Indochine du fait de l’impérialisme japonais, survivants ou disparus, pour rendre hommage à leur sacrifice.
De sa création à nos jours, le déroulement de la commémoration de la journée nationale de la déportation connaît de nombreuses modifications. Sans chaque département, son organisation incombe au Préfet, en concertation avec les associations. Stèles, plaques et monuments sont fleuris ; des allocutions sont prononcées et des enseignants sont en outre généralement invités à profiter de cette occasion pour évoquer la déportation et le système concentrationnaire dans leurs cours.
A Paris, la journée nationale de la déportation évolue en fonction de l’émergence successive de trois nouveaux lieux de mémoire : le mémorial du martyr juif inconnu, rue Geoffroy l’Astier (4ème arrondissement), le Mémorial de la France combattante au Mont-Valérien à Suresnes (inauguré sous sa forme actuelle le 18 juin 1960) et le mémorial des martyrs de la déportation de l’Ile de la Cité qui entretient le souvenir de tous les déportés français (inauguré en avril 1962).
Source : plaquette « La journée nationale de la déportation », collection Mémoire et citoyenneté, n°13, édité par la Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives du Ministère de la Défense.