EXPLOITATION PÉDAGOGIQUE
THÈME : LA DÉPORTATION DES JUIFS
DE HAUTE-MARNE
par Francis Michelot
Doc. n° 1 : « Recensement des israélites et des entreprises israélites »
« J’ai l’honneur de vous informer qu’une ordonnance du Chef de l’Administration militaire en France adressée aux Préfets contient les prescriptions suivantes relatives aux Juifs et aux entreprises juives.
Vous êtes prié d’informer les sous-préfets que ceux-ci devront inscrire les Juifs […] sur un registre spécial destiné aux Juifs […] qui devra comprendre les colonnes suivantes
numéro d’ordre
nom
prénoms
date de naissance
lieu de naissance
sexe
état civil (marié, célibataire, veuf)
profession
confession
durée du séjour ininterrompu en France
En même temps que l’inscription des Juifs, les cartes d’identité de ceux-ci doivent également permettre de les identifier de suite par l’apposition, sur la première page, au-dessus de la mention « Carte d’Identité », d’un timbre rouge « Juif » ou « Juive », d’une dimension de 1,5 x 3,5 cm. Dans le cas où certains Juifs ne seraient pas encore munis de cartes d’identité, celles-ci doivent leur être délivrées immédiatement.
L’identification des magasins Juifs qui comprend en premier lieu tous les magasins ouverts, restaurants, etc. doit être pratiquée par l’apposition de placards à l’intérieur de toutes les vitrines, et s’il n’y a pas de vitrines en d’autres endroits, très apparents. Les placards auront une dimension de 20 x 40 cm. Ils seront imprimés en noir sur papier jaune, comme le modèle ci-après
JÜDISCHES GESCHÄFT
ENTREPRISE JUIVE
Les mesures prescrites ne s’appliquent pas aux Juifs qui sont citoyens des Etats-Unis.
En outre […] pour les communes éloignées du chef-lieu d’arrondissement […] il vous appartiendra de remplir le tableau ci-joint et de m’en faire retour, même s’il est négatif, dans le moindre délai, […] avant le 23 octobre courant.
La liste des entreprises juives devra faire l’objet d’une déclaration séparée et vous aurez à veiller à ce que les prescriptions concernant l’apposition des placards soient strictement observées pour la date limite prévue, soit le 31 octobre 1940.
(Lettres du Sous-Préfet de Saint-Dizier, du 22 octobre 1940, adressée à Messieurs les Maires de l’Arrondissement, par Jean-Marie Chirol, in « Mémorial des Juifs en Haute-Marne, p. 11, décembre 1997).
Doc. 2 : Avis publié le 21 juin 1941 par les Maires de Wassy, Saint-Dizier sur instruction de la sous-préfecture
« Il est rappelé aux intéressés que toutes les personnes qui sont juives au regard de la loi du 22 juin 1941, doivent dans un délai d’un mois, à compter de la publication de la présente loi, remettre à Monsieur le Sous-Préfet de l’Arrondissement une déclaration écrite indiquant qu’elles sont juives, au regard de la loi, en mentionnant leur état civil, leur situation de famille, leur profession et l’état de leurs biens ».
(in Mémorial des Juifs de Haute-Marne 1941/.4, déc. 97, par J.-M. Chirol, p. 13).
(in Mémorial des Juifs de Haute-Marne
1941/1944, déc. 1977 par J.-M. Chirol, p. 15)
Doc. n° 3 : Avis aux Juifs habitant la Haute-Marne.
« En vue de se conformer à la huitième ordonnance des Autorités d’occupation en date du 28 mai 1942, les Juifs, hommes et femmes astreints au port de l’insigne et habitant les villes de Chaumont, Langres et Saint-Dizier devront le retirer obligatoirement au commissariat de police au cours des journées des 3, 4 et 5 juin.
Pour cinq autres localités, la remise de l’insigne au Juifs sera effectuée à la mairie par les soins de M. le Commissaire spécial. Les dates et heures de cette remise, qui devra en tout état de cause être effectuée avant le 6 juin, seront publiées sans délai dans chacune des communes.
Les Juifs devront être porteurs de leur carte d’identité et de leur carte textile.
Quiconque ne se sera pas présenté aux dates prescrites sera passible de sanctions prévues par l’ordonnance.
Tous les Juifs visés par cette ordonnance, devront être munis de leur insigne pour le 6 juin au plus tard, l’ordonnance étant applicable dès le 7 ».
(Le Petit Champenois, cité par J.-M. Chirol, in Mémorial des Juifs en Haute-Marne)
Le contexte :
Dès septembre 1940, sur les injonctions allemandes, le recensement des Juifs haut-marnais commence. Le 21 octobre, sur les vitrines des commerces juifs est apposée une affichette jaune « entreprise juive ». En décembre de la même année, des administrateurs provisoires sont chargés de dessaisir les entrepreneurs juifs de tout pouvoir. Le 22 juillet 1941, cette mesure est étendue à la gestion des immeubles, des biens meubles et droits immobiliers. L’été suivant, suite à l’ordonnance allemande du 29 mai 1942, le port de l’étoile jaune devient obligatoire pour tous les juifs de la zone occupée.
Questions
D’après la date de chaque document, quelle est la situation de la France à cette époque ?
A quelle population précise s’adressent ces trois documents ?
D’après les documents, quelles sont les mesures annoncées et prises à l’égard de cette population ?
D’une façon générale, comment appelle-t-on ces mesures ? Quels sont leurs buts ?
Paragraphe à rédiger
D’après vos connaissances et les renseignements tirés de ces trois documents dites quel fut le sort des populations juives en France et dans l’Europe occupée de 1940 à 1944.
Deux figures de la Résistance haut-marnaise
GROUCHY Emmanuel (de) 1882-1950
Alias « Colonel Michel, dans la Résistance , cet homme naquit dans le département du Calvados, à la Ferrière-Duval, le 20 septembre 1882. A dix-neuf ans, il s’engagea dans la carrière militaire, et fut blessé lors du premier conflit mondial en 1915. De sous-lieutenant en 1909, il devint en 1938 Colonel d’Etat-Major, de la Troisième Région militaire (Normandie).
Mis à la retraite en 1940, il s’installa l’année suivante à Saint-Michel, une petite commune du canton de Longeau où, enfant, il passait ses vacances. C’est à ce moment là que lui fut confié la lourde responsabilité, et dangereuse mission de réorganiser la Résistance haut-marnaise, assez vite décimée au début de la guerre. En peu de temps, dans des conditions parfois difficiles, ce grand homme aux moustaches fournies et portant le béret, devint le chef des FFI haut-marnais. Sous ces ordres, ceux-ci se révélèrent efficaces, infligeant des pertes à l’ennemi et libérant avec les Alliés, Langres-Chaumont-Saint-Dizier. Ce patriote, promu grand officier de la Légion d’honneur s’éteignit en 1950, dans le village où il était venu se retirer et poursuivre le combat contre les forces occupantes. Aujourd’hui, une stèle, élevée près de son ancienne résidence, honore sa mémoire ; celle d’un homme qui a « rendu des services de guerres impérissables » selon les paroles du Général de Gaulle.
DESCHARMES Hélène (1889-1971)
Née à Cuves, le 13 octobre 1889, Hélène PERNY, épouse DESCHARMES, perd son mari, un mois avant l’Armistice du 11 novembre 1918.
En 1940, suite à l’invasion de la France, et de la Haute-Marne, par les troupes allemandes en juin de cette même année, elle prend une part active dans les combats de la Résistance. Elle décide d’abord de venir en aide aux prisonniers français détenus dans les géôles et casernes du département. Allant d’un lieu à l’autre, à pied, à vélos, elle leur apporte médicaments et ravitaillement et informe leurs familles.
Réfractaires du STO, résistants traqués, aviateurs alliés gagnent clandestinement son village natal, devenu, à son initiative une base de la Résistance locale. Son ermitage, situé près de la chapelle abritera plus de 400 évadés durant le conflit. Il est aussi le point de départ d’une filière d’évasion particulièrement dynamique. Dans des conditions périlleuses, Hélène Descharmes, participa à plusieurs parachutages, assura des liaisons entre les différents maquis de la Région, et s’associa à divers types d’actions contre l’occupant. Cet héroïsme lui valut de nombreux certificats décernés par les gouvernements alliés. Le 27 septembre 1944, le colonel de Grouchy, alias « Colonel Michel », la citait à l’ordre des FFI de la Haute-Marne.
Depuis le 11 décembre 1971, son corps repose dans le petit cimetière de sa commune, à quelques pas de l’Ermitage dont elle avait fait l’un des premiers centres de la résistance haut-marnaise.