exploitation pédagogique

thème : la résistance en haute-marne

par Francis Michelot


 

Document

" Langres, le 7 août 1944

Chers Maman, Papa,

Denise, Robert et Claude,

Il est neuf heures ; je dois vous apprendre une nouvelle effroyable pour vous, pour toi maman : je dois mourir à onze heures.

Pardonnez-moi toutes mes fautes envers vous, malgré tout ce que vous avez pu tenter pour me sauver, je dois finir ma vie, tel était mon destin. Papa, si tu savais comme je pense à toi, à tout ce que tu as fait pour moi, à toutes les peines que je t’ai causées. Ayez encore la joie de voir le soleil si beau sur notre belle terre de France.

Je ne sais que vous dire… Denise, Robert, Claude, travaillez, écoutez les derniers conseils de votre frère : vous devez vivre heureux dans une nouvelle période qui va commencer pour la France. Je viens de me confesser, le curé de la paroisse est venu et m’a donné l’absolution. Vous viendrez chercher toutes mes affaires qui sont à la prison. L’argent placé à la Caisse d’Epargne, je le laisse à papa, il est meilleur juge que moi pour en disposer, qu’il le partage entre mes chers frères et sœurs.

Quelle peine va être la vôtre : c’est cela qui me fait le plus mal au cœur. Embrassez grand-père, mes oncles, mes tantes, mes cousins, cousines et amis : remerciez tous ceux qui ont fait quelque chose pour moi. Je vous embrasse tous, adieu.

Votre fils et frère qui va mourir en pensant à vous et à la France !

Jacques "

(La résistance en Haute-Marne, tome 1, page 106, éditions Dominique Guéniot, Langres, 1982)




Etude du document

Le contexte :

Jacques Vernier, membre d’une équipe de sabotage avait été inculpé, comme son ami André Collot, de port d’armes prohibées, après leur arrestation le 25 juin 1944. Incarcéré d’abord à la prison de Chaumont, il fut transféré ensuite à Langres. Torturé, il eut le grand mérite et l’extrême courage de garder le secret. C’est le 12 juillet 1944 qu’il fut condamné à mort par le tribunal militaire allemand. Cyniquement, les autorités allemandes firent croire que son procès avait été cassé et qu’un recours en grâce avait été adressé à Paris. Cette macabre comédie prenait fin le 7 août 1944, quand le président du tribunal militaire allemand pénétrait dans la cellule du jeune Français lui annonçant le rejet de son pourvoi et, surtout, son exécution. A onze heures, ce même jour, Jacques Vernier tombait sous les balles nazies. Deux heures auparavant, il avait adressé une dernière lettre à ses parents. Le 22 septembre 1994, une foule émue accompagne sa dépouille mortelle au cimetière de Neufchâteau (Vosges). Né en 1924, Jacques Vernier n’avait que vingt ans.

Questions :

  1. Quelle est la situation politique et militaire de la France au moment de cet événement ?

  1. Qui est l’auteur de cette lettre ? Qu’annonce-t-il à sa famille ? Pourquoi ?

  1. A qui vont les dernières pensées de ce jeune garçon ? Pourquoi ?

  1. Le document est à la fois drame et lueur d’espoir. Relisez-le. Relevez les expressions relatives à la situation dramatique et celles qui sont synonymes d’espoir. Complétez le tableau ci-dessous.

Le drame

L’espoir





























Elargissement :

En pensant à ce très jeune héros ou à d’autres exemples plus célèbres, tels les martyrs du lycée Buffon à Paris, dites comment une partie de la jeunesse a réagi contre l’occupant en n’oubliant pas d’évoquer aussi les dangers qu’elle courait et, montrez ce que le sacrifice de ces jeunes gens a apporté à notre pays.