Dès la guerre terminée, plaques commémoratives, stèles et monuments apparaissent partout où succombèrent partisans, soldats, déportés, aviateurs alliés et innocents victimes de la fureur nazie. C’est le début d’un long hommage qui se poursuivra jusqu’à l’aube du XXIème siècle. De 1945 à 1989, cent vingt cinq lieux de mémoires étaient matérialisés dans le département de la Haute-Marne. Plus des 2/5 l’étaient déjà en 1949. Moitié d’entre eux rappellent des faits de résistance et leurs conséquences. En revanche, seuls neuf d’entre eux évoquent la déportation (Heuilley-Cotton, Wassy, Bourbonne, Saint-Dizier, Chaumont, Villars-en-Azois, Joinville, Chalindrey, Andilly).
De marbre, de pierre ou simplement métallique, ce sont les plaques commémoratives qui ont été les plus sollicitées pour honorer les résistants. Ainsi dans la petite chapelle « N.D. des Ermites », à Cuves, trente deux plaques de marbre noir (0,31 x 0,22) sont dédiées « aux morts pour la France » de 29 à 45 ans, tués au combat, fusillés ou décédés en déportation. Portant toutes en médaillon, le visage des disparus, elles sont scellées au mur en deux groupes de seize unités, de chaque côté de l’Enfant Jésus. En dessous de cette statue, est apposée une dernière plaque, en l’honneur de Mme Descharmes, ayant fait de cette chapelle un haut lieu de la Résistance haut-marnaise.
Ailleurs ces plaques se trouvent aux murs d’une ferme isolée, d’un château, d’une maison forestière, et des salles de classes, soulignant parfois l’aide apportée aux résistants par le monde rural. Tel est le sens d’une plaque en tôle émaillée, à la ferme du Pré-Godot (commune de Longeville-sur-la-Laine) dont les propriétaires, la famille Gilbert, rendirent d’énormes services au maquis Mauguet. Ceux-ci ravitaillaient et hébergeaient ses membres, participaient aux parachutages, transportaient et stockaient ses armes.
Au delà des plaques commémoratives, la présence des maquis et des faits d’armes qui s’y rattachent se dévoile plus largement à travers les stèles et monuments parsemés dans les campagnes haut-marnaises. Les premières sont de simples dalles calcaires ou de marbre, posées à la verticale, sculptées d’une croix de Lorraine plus ou moins robuste, mais toujours assez bien marquée.
La plupart des stèles haut-marnaises se caractérisent par leur extrême sobriété que ne saurait démentir celle du « colonel Michel », chef de la Résistance haut-marnaise. Située place du château, à St-Michel, celle-ci se compose d’un bloc brut de granite rose des Vosges, arrondi dans sa partie supérieure, flanqué, sur sa droite d’un bloc régulier de ce même granit dont la face lisse est incrustée d’une croix de Lorraine dorée. Peu d’autres décors, sinon une petite croix latine, deux décorations et un cor évoquant l’arme d’origine du colonel, les chasseurs alpins.
Moins nombreux que les plaques et stèles, les obélisques, les colonnes brisées sur piédestal et d’impressionnants frontons de marbre, jalonnent aussi l’histoire de la Résistance en Haute-Marne. Contrairement aux monuments de la première guerre, ils se situent peu au centre des villages, mais là où sont tombés les maquisards ; en plein champ, le long d’un chemin, d’une route, ou à l’orée d’un bois.
Le monument « type obélisque », dans la plus pure tradition de l’après première guerre mondiale, terminé en pointe de diamant se rencontre peu dans le département.
A lire, l’ouvrage « Les lieux de mémoire de la seconde guerre mondiale dans le département de la Haute-Marne » (Editions Dominique Guéniot, 1989), il en existe un seul, celui qui est élevé sur le territoire de la commune de Millières. Il correspond à un édifice en pierre, composé d’un piédestal surmonté d’une obélisque dont la façade principale montre, de haut en bas, une croix de Lorraine, une palme en relief et une plaque commémorative.
Aussi rares sont les colonnes brisées sur piédestal. Les même sources en signalent seulement quatre ; trois en lisière de forêt (Leffonds, Montier-en-Der, Braucourt) et un en bordure de route (Saulxures). Elles imitent presque toujours un tronc d’arbre dont la croissance prometteuse est violemment interrompue, comme le fut la vie de ces jeunes résistants. Peu de décors superflus les accompagnent, là une croix latine, là une croix de Lorraine, là un rameau enserré d’un ruban. Le dépouillement du monument est de rigueur aussi avec l’exemple de Saulxures. Haute de 0,80 m, la colonne, frappée d’une croix de Lorraine à son sommet, est cylindrique, sans aucune cannelure, ni dessin rappelant l’écorce des arbres. Elle repose sur un socle de granit étroit, dont la base va en s’élargissant. Quatre petites bornes en granit, terminées en pointe de diamant, et reliées par une chaîne l’entourent, alors qu’une palissade en bois circonscrit l’ensemble du monument.
Peu nombreux aussi, certains monuments honorent le sacrifice de résistants par un mur ou fronton constitué d’une imposante dalle de marbre, ou de calcaire, dressée au centre d’une place, à l’entrée d’un village ou dans un cimetière. Généralement, ils se présentent sous forme d’un triptyque dont les dimensions ne laissent pas indifférent (ex. à Sommevoire : hauteur 1,80 m, largeur 3,10 m ; Chancenay : hauteur : 2,70 m et 1,70 m de largeur ; Auberive : hauteur 2 m, largeur 1,60 m). Comme l’ensemble des autres monuments déjà vus, leur décor reste dépouillé. Il s’exprime à travers l’architecture même du monument , tantôt la dalle centrale est cintrée, tantôt ses bords sont adoucis, souvent son épaisseur est dédoublée afin de mettre en valeur la dalle portant les inscriptions. De granit ou de pierre, celle-ci peut être encadrée de deux pilastres (ex. Auberive), ou flanquée de deux dalles plus petites et plus étroites, sommées de blasons (ex. Sommevoire) ou des sigles FTP-FFI (Chancenay).
En Haute-Marne, le plus impressionnant de ces monuments est celui qui fut élevé dans le cimetière de Bussières-les-Belmont, à la mémoire des trois infirmières FFI, torturées et exécutées au château de Saulles, par les Allemands en septembre 1944. Conçu par l’architecte langrois Méot, le monument dont il s’agit se présente en trois parties : d’abord un socle assez marqué aux rebords évasés, puis trois tombeaux identiques placés côte à côte ; enfin, dominant le tout, un mur de béton granité composé de trois gradins. Celui-ci semble veiller sur les tombes de ces trois jeunes filles, en même temps qu’il les réunit dans un éternel souvenir, comme elles l’avaient été dans leurs combats et leurs souffrances.
Sur sa façade principale, deux croix de Lorraine, trois lettres, FFI, de grandes dimensions mêlées aux rayons d’un soleil levant, rappellent l’engagement de ces trois jeunes demoiselles.
Les croix latines constituent la dernière catégorie des monuments dédiés à la résistance haut-marnaise. Cependant leur dédicace n’évoque pas uniquement les FFI, tués sur le sol de notre département. Elles s’adressent aussi aux combattants de 1940 et 1944, aux aviateurs et soldats alliés tombés sur le sol haut-marnais, aux victimes innocentes des bombardements et de la barbarie nazie. De bois, fichées directement en terre, de fer, de fonte ou de pierre posées sur un socle parfois rugueux, toutes se caractérisent par leur extrême dépouillement que ne rompent pas quelques croix plus ouvragées.
Elevés ou gravés, ces signes chrétiens sont beaucoup moins répandus que les croix de Lorraine, emblème de la Résistance Française. Haute de 44,30 m, la plus célèbre d’entre elles se dresse dans notre département, à Colombey-les-deux-Eglises. Ce puissant monument ou mémorial du Général de Gaulle, d’un poids de 1500 tonnes, aux bras immenses (bras inférieur : 19,16 m ; bras supérieur : 14,12 m), construit en granite rose de Perros-Guirrec est l’œuvre de deux architectes, MM. Marc Nebinger et Michel Nosser. Commencé en janvier 1972, il fut inauguré le 18 juin de la même année par le Président de la République, Georges Pompidou, en présence des membres du Gouvernement, des Grands Chanceliers de l’Ordre de la libération et de la Légion d’honneur, d’André Malraux et de nombreuses personnalités civiles, militaires et religieuses.
C’est au pied de cet impressionnant édifice, illuminant chaque nuit la campagne environnante que sera construit prochainement, sur le modèle de celui de Caen, un mémorial consacré au Général de Gaulle. Au delà de la dimension internationale de cet illustre personnage, la flamme de la Résistance qui ne s’est jamais éteinte pendant la guerre, continue donc d’être entretenue. A ce titre, la Haute-Marne et, avec elle, les Anciens Combattants de l’ombre, peuvent être fiers de ce dernier projet. Il est le complément indispensable à tous ces monuments dispersés dans le département, discrets mais non oubliés, dont la pierre garde à jamais le sacrifice des hommes et femmes refusant, au mépris de leur vie, l’oppression quotidienne imposée par l’occupant nazi.

PLAQUE. Maison d’Arrêt de Chaumont
(angle des rues du Val-Barizien et Mareschal)
Inaugurée le 8 juin 1955 par Jean Masson, député-maire et ex-ministre des Anciens Combattants, cette nouvelle plaque honore les patriotes résistants qui ont été détenus dans cette prison avant de connaître un sort ou une destination plus tragique. On doit cette plaque aux désirs conjugués de la Municipalité, de l’Office des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, du Commandant d’armes, et d’un groupe de résistants.
Fixée au mur d’enceinte de la Maison d’Arrêt, cette plaque en marbre blanc (1,10 x 0,85 m) comporte un texte qui étire ses caractères gravés et peints en-dessous d’une croix de Lorraine, dessinée dans le V de la Victoire.

LE MONUMENT AUX FUSILLÉS
(Chaumont, lieu-dit « La Vendue »)
Situé à l’orée d’un bois, ce monument est constitué d’un socle assez bas, en pierre de taille, légèrement incliné qui supporte une dalle de granit noir. Des emblèmes, une croix de Lorraine accompagnée d’armoiries occupent la partie supérieure de cette plaque, sur laquelle est aussi gravée, en lettre dorées, la liste des victimes de la barbarie nazie.
A l’avant de ce socle et s’adossant à lui, court une bordure de pierre de taille aux moëllons réguliers. Elle sert d’appui à une demi cocarde tricolore, tracée à même le sol et délimitée sur son pourtour extérieur par un dallage.
Inauguré le 8 juillet 1945, ce monument fut construit à l’endroit même où furent exécutés de 1941 à 1944, vingt-cinq patriotes :
le 6 mai 1941, deux ouvriers agricoles à la suite d’un attentat contre une sentinelle allemande ;
le 5 août 1943, un autre ouvrier agricole ;
le 14 janvier 1944, onze résistants, surtout de Côte-d’Or ;
le 18 mars 1944, onze résistants chaumontais.

LE MONUMENT DÉPARTEMENTAL DE LA RÉSISTANCE
(Avenue des Etats-Unis, Chaumont)
Taillé dans le granit brut de Perros Guirec (Côtes-d’Armor), le monument se compose d’un socle (hauteur 1,55 m ; poids de 6 tonnes) s’appuyant sur un soubassement comportant deux marches. Sur ce bloc, s’élève une statue de 2,50 m de haut et pesant deux tonnes. Celle-ci montre un homme les bras, ouverts et levés vers le ciel, accueillant cette liberté chérie et tant désirée, venue briser, à ses pieds, les chaînes de l’oppression.
Cette œuvre, ou hommage « de la Haute-Marne à la Résistance : 1940-1944 », réalisée aux graniteries d’Alainville (Meuse) est due principalement aux cartons de M. Jean Rouot (1917-2000), vétérinaire, sculpteur de talent et artiste peintre à ses heures, lui-même ancien résistant dans la région lyonnaise et au maquis de Montigny-sur-Aube (21).
Construit de 1973 à 1974, ce monument est inauguré le 28 avril 1974, en présence de son concepteur, alors conseiller général du canton de Châteauvillain (1973-1979), de M. le Préfet de la Haute-Marne, et d’une nombreuse assistance reconnaissante. Depuis, une cérémonie, avec dépôt de gerbes, allocution et minute de silence, s’y déroule chaque année lors de la Journée de la Déportation, en attendant, éventuellement, une journée de la Résistance.