Journées
de Brive
La France et l'Allemagne en Europe : le Cœur et la Raison
colloque
des 24 et 25 novembre 2006
centre des congrès de la CCI de Brive-la-Gaillarde
Vendredi
24 novembre 2006
Matinée
9h00 :
accueil de Jean-Louis Nesti,
président de la CCI du pays de Brive
discours du sénateur-maire
de Brive, Bernard Murat
discours des représentants
de la ville de Lauf, jumelée avec Brive.
présentation du colloque
par Jean-Louis Nembrini, IGEN d'histoire géographie
titre du colloque véritable
problématique des journées : cœur et raison.
Colloque, rendez-vous intellectuel
national, grâce au partenariat avec la ville de Brive.
Magie d'un lieu, ancré
dans un territoire, autour de la personnalité d'Edmond Michelet
et de son message qui nous rassemble.
Partenariat aussi avec le
ministère de l'Education Nationale, professeurs venant de
la France entière.
Près de 80 professeurs
venus des autres académies.
Hommage à Dominique
Borne, son prédécesseur. Il invitait les participants à
réfléchir.
Thèmes : citoyenneté,
ordre et justice, fait religieux, égalité des chances.
Ces thèmes sont chers
à l'action du ministère, toutes les actions sont imprégnées
de l'égalité des chances, de la réalité
du fait religieux.
Colloque, force de proposition
aussi par la tenue d'ateliers et de table-ronde.
Jean-Louis Nembrini tient
aussi à remercier la présence des élèves de
lycée de Brive au colloque.
I-
La France et l'Allemagne en Europe : Histoire
Présentation de la
matinée par Yves Poncelet, IGEN
Allemagne
et Allemands vus de France (1860-1914) par
François Roth, Professeur émérite, Université
de Nancy 2
La guerre de 1870-71constitue
une date essentielle dans cette période : guerre franco-allemande,
défaite française, 3 ans d'occupation d'une
partie du territoire. C'est un véritable basculement qui
se poursuit jusqu'en 1945.
Avant 1870, l'Allemagne
n'est pas au cœur des préoccupations des Français.
Déjà, on parlait des Allemagnes, une nation de culture commune
mais pas un Etat. Dans ces Etats, un dominait : la Prusse. Le regard
était plutôt un regard romantique, à l'image
de Victor Hugo, qui avait voyagé outre-Rhin.
La vision politique était
tout aussi ambiguë depuis les victoires napoléoniennes :
problème de frontière sur le Rhin, le fleuve est-il allemand
ou est-il une frontière ? Avant 1870, Napoléon III
avait désespérément cherché une alliance avec
la Prusse, qui, après Sadowa, était devenue la concurrente
de la France.
La guerre de 1870 est une
véritable guerre de sièges : Paris, Strasbourg, 5 milliards
de contributions de guerre et perte de l'Alsace Lorraine.
La République avait
décidé de respecter les traités mais l'opinion
publique était anti-germanique.
Après la guerre de
1870, l'image de l'Allemagne change : elle est perçue
comme un Etat militaire et un peuple soldat.
Une lutte symbolique s'installe
entre Germania déesse de la guerre aux attributs guerriers, et
Marianne, jeune fille radieuse et pacifique.
L'image des casques
à pointe reste longtemps dans les mémoires (l'image
des Bavarois au casque à chenille ne reste pas…)
Pour beaucoup « L'esprit
de Postdam a détruit l'esprit de Weimar ». Postdam
ville de garnison, Weimar, ville de Goethe…
Toutes ces images entretiennent
des réactions négatives chez les Français.
Pendant ce temps, une nouvelle
Allemagne se développe, une Allemagne urbaine et industrielle,
laboratoire de modernité, modèle pour certains maires français
comme E. Herriot, maire de Lyon qui fait un voyage en Allemagne pour aller
y chercher des idées.
Pourtant, l'idée
que les villes allemandes sont « lourdes, colossales… »
prévaut en France.
Dès 1867, l'Allemagne
vient aux expositions universelles : porcelaine de Saxe, électricité
de Siemens, maquettes de paquebots, civilisation militariste.
Après le Sedan militaire,
on parle même de Sedan industriel et commercial.
Après 1870, on publie
partout l'image des deux jeunes filles en costume traditionnel :
Alsace et Lorraine disant « ne nous abandonnez-pas ! »
On peut consulter en exemple
les albums caricaturaux du début du 20e siècle comme
« l'oncle
Hansi », écrit par l'Alsacien Jean-Jacques
Waltz. Il écrit « l'histoire de l'Alsace
racontée aux enfants » en 1916 où il critique
la germanisation de sa province. Hansi est accusé de haute trahison
mais il est condamné pour « offense au peuple allemand ».
Dans la crise de juillet 1914,
l'Alsace Lorraine n'était pas au cœur des tensions.
Mais ce problème a été rendu important avant 1918.
Au début de la guerre,
les journaux de propagande française ont exploité l'anti-germanisme
latent des Français : reprise de Germania, du dieu Thor, barbare,
des Uhlans, le mot prussien est vite remplacé par le mot boche
avant la fin de 1914.
Le début de la Grande
guerre représente donc une cristallisation de toutes les images
négatives des Allemands. Dès la fin de 1914, l'Allemagne
est accusée de la responsabilité de la guerre, cela annonce
les conditions de traitement de la paix en 1919.
Pour aller plus loin… l'auteur a publié
La guerre de 1870, Fayard, 1990 ; L'Allemagne de 1815 à
1918, Armand Colin Cursus, 2000, rééd. 2002.
Les
relations franco-allemandes dans l'entre-deux-Guerres, par
Hörst MÖLLER, Directeur de l'Institut für Zeitgeschichte
de Munich et professeur d'histoire contemporaine à l'Université
Ludwig-Maximilian de Munich.
Dans la longue histoire des
relations franco-allemandes, l'hostilité héréditaire
semble avoir duré près de 150 ans. Plusieurs auteurs allemands
ont dénigré ces relations, parfois sur près de 1000
ans.
Lors de la réunion
entre de Gaulle
et Adenauer à Colombey, le général propose de « repartir
à zéro »…
La défaite de 1918,
le sentiment d'humiliation et de spoliation renforcent encore les
mauvaises relations entre les deux peuples.
Pendant les années
1920-30, des intellectuels français et allemands tentent un rapprochement
sur fond de mise en commun d'histoires et de légendes communes.
On trouve même dans les pires tensions des partisans du rapprochement
et même des admirateurs du voisin outre-rhin qui préconisent
« d'apprendre la langue et visiter le voisin ».
Le Français est d'ailleurs la langue la plus enseignée
en Allemagne pendant les années 20, beaucoup de classiques français
sont accessibles dans une traduction allemande.
Entre 1918 et 1939, on peut
identifier cinq phases importantes :
- la période de négociation
du traité de Versailles ;
- jusqu'en 1924, niveau
zéro à cause de l'occupation de la Ruhr ;
- entre 1925 et 1930, Stresemann
et Briand, Locarno,
adhésion à la SDN ;
- 1930 à 1935 :
arrivée des nazis et sortie de la SDN ;
- 1935 à 1939 :
politique d'agression de l'All nazie, réarmement de
la Ruhr, violation des traités.
Pour synthétiser, on
traitera de 3 grandes périodes :
- la négociation
du traité de Versailles :
Les conférences de
Paris en 1919 changent la manière de faire de la diplomatie. Diplomatie
appuyée sur la mobilisation de l'opinion publique.
Toutes les structures de gouvernement
allemand ont rejeté le Traité de Versailles. Les pertes
de territoires ont dû être acceptées sans référendum
des populations locales (7,3 M d'Allemands sont concernés)
et ont fait perdre de nombreuses ressources économiques et industrielles,
sans compter les enjeux stratégiques.
Les prétentions financières
des vainqueurs n'avaient pas été non plus négociées.
Objet de litige aussi très fort : la responsabilité
de la guerre imposée à l'Allemagne.
Elle fut choquée de
la responsabilité exclusive inscrite dans le traité.
Le traité de Versailles
était difficile à renégocier car les grandes puissances
émergentes comme les EU et l'URSS n'étaient
pas membres de la SDN. La France et la GB dominaient la SDN sans partage,
sans espoir pour l'Allemagne de pouvoir revoir les termes du traité.
- Au début
de 1925, mise en place de « l'esprit de Locarno ».
Locarno, octobre 1925, accord
entre plusieurs pays européens établissant le lien avec
les traités de 1919. Traités d'ensemble et traités
bi-latéraux pour « régler de manière pacifique
toutes formes de dissensions » et pour lutter contre toute
manœuvre militaire d'un Etat signataire.
Les Etats signataires s'engagent
à un désarmement progressif.
Pour la première fois,
l'Allemagne participe à une conférence internationale
sur le même rang que les autres nations.
L'Allemagne s'engage
à respecter la démilitarisation de la Rhénanie, à
ne pas agresser les voisins, à accepter l'arbitrage d'un
Etat tiers en cas de dissension avec un Etat voisin.
Dans l'ensemble, les
traités de Locarno et l'adhésion de l'Allemagne
à la SDN contribuent à stabiliser la paix en Europe, mais
les conditions du traité de Versailles, surtout à l'Est,
demeurent inacceptables.
Entrevue entre Stresemann
et Briand en 1926 à Thoiry, entrevue secrète mais compte-rendu
fait part d'un rapprochement franco-allemand.
Le 17 août 1928, signature
du Traité
de Paris Briand Kellogg en présence de l'Allemand
Gustav Stresman qui engage les signataires au renoncement de la guerre
comme solution aux différends, signature des EU prouve la volonté
des EU à sortir de l'isolationnisme traditionnel de cette
puissance montante.
La crise économique
mondiale de 1929 met fin à tous ces espoirs. La mort de Stresmann
en octobre 1929 est considérée comme le symbole de la fin
de cette politique de détente.
Le 17 mai 1930, Aristide Briand
expose un plan européen à la SDN mais c'est un échec
car il n'y a pas de répondant du côté allemand.
Son projet d'Union européenne économique et douanière
ne reçut pas l'écho espéré.
- A partir de 1930, révisionnisme
des traités et politique d'agression.
On assiste à un basculement
radical de la politique internationale allemande. Le révisionnisme
des traités devient présent dans tous les milieux politiques
allemands. On cherche chez les Français la responsabilité
de ces blocages.
Hitler tient un discours de
paix avec la France au départ car il suit l'opinion publique
(tactique démagogique), mais rapidement, il abandonne cette tactique
pour arriver à la politique d'annexion (Anschluss
de l'Autriche ou annexion des Sudètes). Le droit des peuples
à disposer d'eux-mêmes chère à Wilson
devient une arme de Hitler.
La Conférence de Munich
est aussi un échec de la paix. Hitler fait part de ses préoccupations
de paix mais en secret prépare la guerre et poursuit sa politique
d'annexion en Bohème Moravie.
La politique d'apaisement
de la France envers l'Allemagne échoue définitivement
avec l'invasion de la Pologne le 1er septembre 1939.
La France et la Grande-Bretagne qui avaient donné des garanties
pour l'intégrité de la Pologne furent obligées
de déclarer la guerre à l'Allemagne.
Un
personnage-clé de la construction européenne : Robert
Schuman, par
Jacques Poitevin, archiviste, membre associé à la Fondation
Robert Schuman
Le
6 mars 1948, Robert
Schuman prononce ces mots : « sans la France,
sans l'Allemagne, impossible de construire l'Europe ».
La
déclaration de la création de la CECA du 9 mai 1950 au quai
d'Orsay, marque le début de l'entrée de Robert
Schuman dans l'histoire européenne. Le 9 mai est aujourd'hui
devenue la Journée européenne.
Aujourd'hui,
l'œuvre et le personnage de Robert Schuman sont méconnus
des Français.
Robert
Schuman naît citoyen allemand « lothringer »
en 1886 ; il devient français à la fin de la Grande
guerre. Dans sa jeunesse, il est amoureux des cultures allemande et française.
Docteur en droit, avocat au barreau de Strasbourg, il plaide indifféremment
en Français et en Allemand jusqu'à sa mort.
Le
8 décembre 1919, en tête des députés alsaciens
et mosellans, il entre dans l'Assemblée Nationale, ce qui
marque la réintégration de l'Alsace Lorraine dans
la République. Il fut l'un des acteurs fondamentaux de cette
réintégration au plan juridique.
L'introduction
des lois civiles de 1924 lui doit beaucoup.
En
même temps, il s'intéresse beaucoup à l'évolution
de l'Allemagne et de l'Europe.
Il
écrit des articles pressentant la guerre.
En
Septembre 1940, il est arrêté par la Gestapo à Metz
et est placé en résidence surveillée à Neustadt.
Il s'évade en 1942 et entre en clandestinité. En 1944,
il revient en Moselle pour devenir député de ce département
dès 1945.
Il
est engagé contre l'idéologie raciste et fasciste
des nazis.
Pour
lui, le patriotisme s'oppose au nationalisme.
Dès
la libération, il est appelé comme conseiller du général
de Lattre de Tassigny.
Il
devient ministre des finances en 1946, Président du Conseil en
1948, ministre des affaires étrangères de 1948 à
1952 puis Garde des Sceaux en 1955.
Mais
sa ligne d'horizon est la construction européenne qui passe
par le rapprochement franco-allemand. Pour lui, le problème allemand
est la clé de voûte de la politique internationale.
Robert
Schuman n'a pas échappé aux attaques, aux injures :
traité de boche par les communistes, de suppôt du Vatican
par Herriot. Lâché par ses amis du MRP sur la question des
colonies et sur le renforcement de la puissance européenne.
Le
retour de de gaulle en 1958 le remet au devant de la scène politique.
Il est le 1er Président de l'Assemblée
européenne de 1958 à 1960.
Il
quitte la vie politique en 1962 et décède en 1963.
Aujourd'hui,
un procès de béatification de Robert Schuman est engagé
au Vatican pour son profond engagement chrétien, même s'il
faut faire le constat d'un miracle… mais ce miracle n'est-il
pas qu'après 5 ans seulement après la fin de la guerre,
il s'engage dans le rapprochement franco-allemand ?
Le
rôle des anciens résistants et déportés dans
la construction de l'Europe : l'exemple d'Edmond
Michelet,
par Laurent Soutenet, IA-IPR d'histoire
géographie
La
question de l'attitude d'Edmond
Michelet
face à la construction de l'Europe a été peu
abordée car les archives personnelles ont été récemment
déposés au centre d'études Edmond Michelet
par la famille.
Né
en 1899 à Paris.
Juin
1940 :premier tract appelant à la résistance.
15
septembre 1943 – avril 1945 : déporté à
Dachau.
21
novembre 1945 : Edmond Michelet est engagé dans la Grande
guerre et participe à l'occupation de la rive droite du Rhin
en 1921.
Son
positionnement anti-totalitaire est inspiré par son engagement
chrétien : conférences du cercle J. Duguet. Anti-fasciste,
anti-raciste.
Edmond
Michelet pendant la guerre rencontre Frantz Stock, aumônier allemand.
A
Dachau, Edmond Michelet rencontre aussi l'Europe, prisonniers du
camp, il l'appelle « sa géographie cordiale ».
Son
livre « rue de la liberté » publié
en 1950. traduction en Allemand en 1955, préface de Konrad Adenauer.
A
partir de 1949, les anciens de Dachau organisent des voyages en Allemagne.
Avec
les EU, création de la CED avec l'Allemagne. Mais difficile
question du réarmement de l'Allemagne. Opposition dans le
parti d'Edmond Michelet. Thème favori : France, pays
conducteur de la construction européenne.
Rejet
de la CED, nouvelle politique qui aboutit au Traité de Rome.
A
l'arrivée de de Gaulle au pouvoir et après le traité
de l'Elysée, participe au gouvernement puis au Conseil constitutionnel
jusqu'à sa mort en 1970.
Le
manuel franco-allemand d'histoire,
par Jean-Louis Nembrini, co-président
du comité scientifique du manuel d'histoire franco-allemand
Le
manuel d'histoire franco-allemand
est connu de part et d'autre du Rhin. Il est dans les deux langues
mais il n'oublie pas la dimension européenne.
Tout
ce qui a été dit ce matin est le fondement de ce manuel,
c'est l'histoire de nos deux pays, mais c'est aussi
le présent de nos élèves : le parlement franco-allemand
des jeunes en 2003 a émis l'idée de ce manuel lors
du 40e anniversaire du traité de l'Elysée.
Jacques Chirac et Gerhard Schröder ont chargé leur ministre
de lancer ce manuel.
Jean-Louis
Nembrini s'est vu confier ce manuel.
Ce
manuel d'histoire est donc commun aux deux pays, il est identique
autant que le peut la traduction de la langue (exemple de la laïcité).
Difficulté de transposer les concepts.
Mais
il n'est pas du tout un manuel officiel, le comité scientifique
a donné des conseils d'élaboration dans un document
de programme d'histoire commun entre les deux pays. Puis, une équipe
d'auteurs a travaillé comme pour tout autre manuel.
Ce
livre est évidemment compatible avec le programme de Terminale.
Tout
d'abord, on l'a trouvé beau mais très vite on
lui a trouvé des défauts et des critiques ont émergé.
Les professeurs qui l'utilisent ou qui l'utiliseront lui trouveront
des faiblesses. Mais il dispose de documents très intéressants.
Certains diront que l'amitié franco-allemande a fait gommer
les conflits, mais si c'est le cas, ce n'est pas voulu. Il
n'y a pas eu d'orientation politique de ce manuel.
Vendredi 24 novembre 2006
Soirée
II- Conférence :
La
France et l'Allemagne face à la construction européenne,
par Jean François-Poncet,
Ancien ministre, sénateur du Lot-et-Garonne, président du
groupe France-Allemagne.
Jean François-Poncet
a une grande expérience des relations franco-allemandes. Son père
fut ambassadeur en Allemagne avant la guerre, prisonnier en Allemagne
puis de nouveau ambassadeur en Allemagne.
Jeune fonctionnaire,
Jean François-Poncet est déjà secrétaire lors
des négociations du Traité de Rome en 1957. Jamais il n'a
quitté des yeux ces relations franco-allemandes.
Depuis 1950 et
la mise en œuvre du plan Schuman, ces relations n'ont jamais
été « un long fleuve tranquille ».
On pense souvent que jadis, on avait connu un âge d'or mais
en fait, elles n'ont cessé de connaître des ruptures,
avec une très grande faculté de guérison, de cicatrisation.
L'entente
franco-allemande a très tôt dépassé la simple
entente car elle était transcendée par la construction européenne.
La construction de l'Europe est aussi le moteur de ces relations
franco-allemandes.
Les changements
majeurs qui sont intervenus en Europe depuis la Guerre froide ont-ils
modifié les relations entre les deux pays ?
Quelle-est aujourd'hui
la capacité d'entraînement de l'entente franco-allemande
sur la construction européenne ?
Un mot de la
nouvelle Allemagne.
5 grands changements
ont modifié la posture internationale de l'Allemagne :
- la réunification :
objectif de l'Allemagne pendant 50 ans ;
- la souveraineté :
elle l'a récupéré à plein ;
- la sécurité :
le péril soviétique a disparu ;
- la centralité :
avec la disparition du bloc soviétique, elle est au cœur
du continent européen ;
- la normalité :
la relève des générations, ceux qui gouvernent aujourd'hui
outre-Rhin n'ont pas connu la guerre ; ils revendiquent la
normalité par rapport à la responsabilité des crimes
nazis.
Aujourd'hui,
l'Allemagne revendique le droit de défendre ses intérêts
vitaux au même titre que les autres puissances. Ni la « culture
de la retenue », ni la « culture de l'affirmation »
L'Allemagne
entend pleinement assurer ses responsabilités internationales,
contrairement à sa constitution qui ne lui permettait pas d'intervenir
militairement à l'extérieur de son territoire.
La cour de Justice
de Karlsruhe a statué sur les interventions militaires allemandes
à l'étranger.
L'Allemagne
souhaite rééquilibrer ses relations avec les pays d'Europe
centrale et ne pas garder l'exclusivité de ses relations
avec la France.
Une question
inévitable. Si au-delà de la volonté claire et affichée
des deux pays de maintenir leur entente, est-ce qu'elle repose sur
un socle de convergence de leurs intérêts ? Il est certes
large et solide.
D'abord,
un partage d'un même destin économique. Elles étaient
éloignées lors du Traité de Rome, la France avait
une économie très administrée, avec un franc instable
et une forte inflation ; l'Allemagne avait une économie
libérale, avec un mark fort et avec l'obsession allemande
de la stabilité des prix.
Aujourd'hui,
les économies des deux pays ont les mêmes maladies. Notre
monnaie est commune, nos problèmes identiques : déficit
budgétaire, rigidité du marché du travail, endettement
très important.
La
seule différence : l'industrie allemande est restée
compétitive, 1er exportateur mondial devant la chine
et les EU, alors que la France a perdu pied.
Au plan de la
politique
étrangère, les deux pays ont la même conception
de la « gouvernance mondiale ». La planète
doit être gérée par des accords bi-latéraux
et non par une grande puissance qui devrait tout gérer. Toute intervention
doit être soumise au conseil de sécurité de l'ONU,
accord sur le protocole de Kyoto.
Ça pose
le problème des relations avec nos grands partenaires les EU et
la Russie.
On pense que
la relation avec les EU a toujours été la pierre d'achoppement
depuis le Traité de l'Elysée. Dans ce traité,
l'Allemagne avait fait rajouter un point marquant l'importance
qu'elle portait sur ses relations avec les EU.
Lors de l'intervention
des EU en Irak, la France qui a pris une position hostile a été
suivie par l'Allemagne, à contre-pied de la tradition de
soutenir les EU. A l'occasion de cette affaire, rapprochement franco-allemand
tout à fait positif. Depuis lors, l'Allemagne fait de gros
efforts pour se réconcilier avec les EU. « les EU pardonneront
plus facilement à l'Allemagne qui est primo-délinquante
alors qu'elle aura plus de mal avec la France multirécidiviste… »
Quant aux relations
avec la Russie, relations fondée sur des contrats énergétiques.
L'Allemagne et la France ne se méfient pas de la Russie contrairement
aux anciens pays du bloc soviétique.
Sur le point
de la construction européenne, les deux pays ont le même
objectif qui les séparent de la Grande-Bretagne. Ils veulent une
Europe politique et militaire. Nous souscrivons au même modèle
social, les gouvernements des deux pays ont travaillé à
la constitution européenne. Les Allemands ont eu la sagesse de
le présenter au Bundestag, pas la France. Si les Allemands avaient
été consulté, personne ne peut savoir comment ils
auraient voté… Mêmes conditions des deux côtés
du Rhin.
En revanche,
les positions sur l'avenir de cette constitution sont différents.
Pour l'Allemagne,
il faudrait re-voter ce texte dans les pays qui l'ont refusé
en France et aux Pays-Bas. Ces positions officielles peuvent bouger. L'idée
de la France est de voter un résumé de la constitution reprenant
la première partie du texte initiale. L'Allemagne pourra
ensuite demander à rajouter le texte sur les droits fondamentaux
européens.
Sur l'élargissement,
les positions convergent. On a beaucoup élargi mais maintenant
il faut digérer et réfléchir sur la capacité
d'accueil des candidats. Pas de nouvel élargissement avant
de nouvelles règles de gestion des pays de l'UE.
Pas de grandes
divergences, mais l'équilibre des deux pays a changé.
Avant, la France avait le rôle de « grand frère »
et d'initiateur avec Schuman, Monnet. La situation a changé
avec la réunification. Au parlement européen, les Allemands
ont exigé qu'on tienne compte de la démographie pour
statuer sur le nombre de députés lors du traité de
Nice. La France avait demandé à ce que les petits pays puissent
avoir leur voix. Les pondérations étaient injustes. 4 pour
la France et l'Allemagne, 3 pour les Pays-Bas ou l'Italie,
1 pour le Luxembourg… En fait, les petits pays gouvernaient l'UE.
La solution trouvée à Nice était bancale. La solution
proposée dans le traité constitutionnel tient bien compte
du nombre d'habitants.
L'Allemagne
a gagné en poids alors que le « non » français
a considérablement diminué l'influence de la France
(c'est VGE, un Français qui avait présidé la
commission…) Ce « non » laisse des traces…
Reste une question
importante. Il faut savoir si ce couple a des bases solides et aura la
capacité de se faire entendre au sein des 25 pays de l'UE.
Beaucoup de « politologues
à la mode » pensent que cette entente n'a plus
de rôle à jouer.
Jean François-Poncet
pense le contraire. Dans la commission européenne actuelle, l'impulsion
est absente et cette commission ne cherche pas à en avoir. Si le
couple franco-allemand ne joue pas son rôle d'initiative et
d'impulsion, qui le fera ?
Pendant longtemps,
le couple décidait et envoyait un courrier aux autres. Aujourd'hui,
il faut tenir compte des autres pôles, notamment autour du RU. Il
faut tenir compte de la sensibilité des autres pays.
L'Europe
est dans une crise grave. Elle a fonctionné à peu près
normalement depuis le rejet du traité constitutionnel. Mais la
crise est profonde : la commission ne joue plus son rôle, le
gouvernement est de plus en plus inter-gouvernemental. Un petit pays peut
faire du chantage aux 24 autres…
Une réaction
est indispensable, elle ne pourra venir que du couple franco-allemand,
tenant compte des changements allemands et européens.
Questions :
- Quelles seraient ces thèses
raisonnables qui pourraient redynamiser le couple franco-allemand ?
On ne pourra
pas ignorer le problème des institutions plus longtemps. Ces institutions
ont été créées pour 6 pays et ne peuvent plus
jouer pour 25. Celles proposées dans le traité constitutionnel
sont les seules possibles et ne peuvent être renégociées.
Elles sont fondées sur la majorité.
C'est l'une
des tâches qui attend le ou la nouvelle chef d'Etat élue
l'an prochain.
La deuxième
thèse est la consolidation des rencontres bi-latérales entre
France et Allemagne. Imaginez un peu si la France et l'Allemagne
fusionnaient leur ambassade à Washington ? cela serait une
décision pionnière en Europe…
- Est-ce que les opinions publiques des
deux pays souhaitent vraiment un rapprochement franco-allemand ?
Question fondamentale
mais pas sûr d'avoir la réponse. Je me méfie
de ce que l'on fait dire à l'opinion publique et aux
sondages. Ce qu'ils montrent, c'est que leur meilleur ami
international, c'est l'All.
Parallèlement,
les deux gouvernements ont fait des efforts pour l'enseignement
des langues mais il y a eu peu de progrès. En fait, la curiosité
pour l'autre pays est aujourd'hui faible. Avant la Seconde
guerre mondiale, il y avait une très grande curiosité de
la puissance germanique. Aujourd'hui les regards se tournent vers
les EU ou la Chine.
Ça ne
veut pas dire que le réflexe national ne joue pas ? Dès
qu'il y a un problème industriel, le réflexe national
joue : EADS, Arcelor, les fusions des places boursières.
- Dans le cadre de la campagne présidentielle,
M. de Villepin a déclaré que la politique étrangère
aura une grande place dans la campagne et que pensez-vous de la déclaration
de M. Sarkozy qui veut que le domaine réservé sur les prérogatives
étrangères du président soient plus partagées
avec le parlement ?
Cela m'étonnerait
que cette politique joue un rôle dans les élections présidentielles.
En ce qui concerne
le domaine réservé, c'est très franco-français.
Pour moi, c'est l'exécutif qui doit décider
en matière de politique étrangère. M. Sarkozy s'oriente
vers une présidentialisation des institutions, quant à Ségolène,
c'est plutôt « une femme à la redresse »
et ça m'étonnerait qu'elle aille dans un autre
sens. On va vers une américanisation du système.
- Quel est votre point de vue sur le
fait qu'au delà des bons mots de la campagne, la politique
étrangère s'impose dans les débats d'avant
les élections, lorsque l'on voit les problèmes en
Irak, en Palestine, au Liban ou au Darfour ?
Vous posez un
vrai, un grave problème. L'hypothèse que vous formulez
est raisonnablement acceptable, tout dépend de ce que subiront
nos troupes engagées au Liban, de ce que fera l'Iran.
Est-ce que cela
aurait pour effet de diviser les candidats ? je ne le crois pas.
Le président actuel a suffisamment d'expérience pour
prendre des positions qui excluront des prises de position différentes
chez les candidats de droite comme de gauche. Quand la vie des soldats
français est engagée, on fait attention à ce qu'on
dit.
- Peut-on re-présenter un morceau
de la constitution aux Français sans revoir le projet européen,
surtout en ce qui concerne l'adhésion de la Turquie ?
Peut-on réellement gouverner l'UE avec le système
de la majorité qualifiée ?
En ce qui concerne
la Turquie, la question est difficile, le mieux est que ce soit la Turquie
qui demande à ne plus entrer dans l'UE. A force de lui imposer
des conditions humiliantes, elle finira par renoncer par orgueil et par
réaction nationaliste. Les Français n'ont pas été
consultés sur la Turquie mais sur la constitution. La Turquie a
été rajoutée par l'extrême droite et
les Français y ont été sensibles.
Sur le point
de la communauté politique, on a déjà essayé
avec la CED. Mais l'idée d'une armée européenne
a posé des problèmes, elle rendra des comptes à qui ?
à un ministre de la défense européenne. Qui rendra
des comptes à quel gouvernement ? à un gouvernement
européen. Le projet a été enterré.
En fait, on a
progressé dans les négociations sur l'Iran, sur le
Doha Round, sur l'aide humanitaire mais l'interlocuteur européen
n'est pas bien personnifié.
Ne faut-il pas
dégager un petit groupe de pays qui pourraient aller de l'avant
politiquement. C'est vrai que certains pays sont contents de se
placer sous la protection des EU. D'autres y sont favorables mais
il faut d'abord régler les problèmes institutionnels.
Quand l'UE à 25 fonctionnera mieux, on pourra voir qui voudra
aller de l'avant, plus loin dans la politique européenne.
On ne pourra sauver l'Europe à 25 en se recroquevillant sur
quelques pays.
- en janvier 2007, l'Allemagne
prend la tête du G8 et de l'UE, que peut-on en espérer ?
Il faut toujours
partir de l'idée que cela ne dure que 6 mois et qu'en
6 mois on fait peu de choses. Certes, on peut poursuivre les initiatives
déjà lancées mais ce tourniquet de 6 mois est absurde.
On ne peut en
attendre encore moins car il n'y a pas de partenaire français
en pleine campagne électorale : aucun candidat ne se risquera
à avancer des initiatives sur l'Europe dans cette période.
Côté
allemand, on attend le résultat des élections françaises…
Pour ce qui est
du G8, je ne sais pas à quoi il sert… le RU avait pris beaucoup
d'initiatives mais quel est son bilan de la présidence ?
- Le désengagement du groupe daimler-chrysler
dans EADS marque-t-il une tendance plus générale de l'industrie
allemande à faire cavalier seul en Europe ou en Chine ?
- Pourquoi Eurocorps n'a pas avancé
lors des mandats de Jacques Chirac ?
Je pense que
vous ne voyez que le côté allemand. La France aussi fait
cavalier seul dans de nombreux dossiers sans tenir compte des intérêts
du couple franco-allemand. On en n'est pas malheureusement à
faire passer les intérêts franco-allemands avant les intérêts
nationaux. La situation n'est pas idyllique… C'est
pourquoi il faut poursuivre le renforcement de cette entente.
Pour ce qui est
d'Eurocorps, ça n'est plus un corps franco-allemand,
d'autres contingents ont été intégrés.
Il y a un début d'Etat major qui peut mener des opérations
comme au Congo. Un écueil, l'Allemagne n'a pas d'armée
de métier et elle consacre deux fois moins de budget que la France.
- A plusieurs
reprises, la France et l'All ont eu l'occasion de fusionner
leurs organes de décision en 2003 à Versailles, lors de
conseils européens où Schröder a cédé
son pouvoir à Chirac.
Je ne veux pas
sous-estimer ces symboles au cas par cas… mais il n'y a rien
à voir avec des organes institutionnels pérennisés.
L'idéal
pourrait être une entente à trois avec la Grande Bretagne.
- Est-ce que l'Europe doit vraiment
craindre l'entrée de la Chine dans la suprématie économique
internationale ?
Craindre non,
c'est paralysant, s'y préparer oui.
Elle peut le
faire en s'unissant dans l'enseignement et dans la recherche.
Il faut conserver des secteurs où nous sommes les meilleurs.
Samedi
25 novembre 2006
Matinée
III-
table ronde
Heinrich
wilhelm Beuth, ministre plénipotentiaire de l'ambassade d'Allemagne
à Paris
L'Allemagne
prend la présidence de l'EUE euejmljklkjmUmljfddfqdfUE en
janvier 2007 après la Finlande et aura à assumer son rôle
international sans pouvoir choisir les conflits ou tensions qu'elle
aura à gérer.
Cette présidence
sera soumise à de hautes attentes irréalistes auxquelles
il sera difficile de répondre. La chancellerie a appelé
cela « management des expectations ».
Comment le couple
franco-allemand peut gérer la poursuite de l'UE ?
1er
constat : l'UE première union volontaire de l'Histoire
mondiale. Le monde a changé en 50 ans et l'UE doit s'adapter
à ce nouveau monde et se renouveler.
Le 25 mars 2007,
on fêtera les 50 ans du traité de Rome.
Pour faire face
à ce défi, quatre grandes priorités de la présidence
allemande :
- la
question constitutionnelle :
L'UE, union
politique, doit posséder une règle claire et précise
appuyée sur le Traité
constitutionnel, elle doit trouver un moyen de poursuivre le processus
de ratification de ce traité. Avec la Finlande et les nouveaux
pays qui entrent en janvier 2007, on aura 15 pays sur 27 qui auront ratifié,
soit près de 2/3.
Comment faire
avec les élections présidentielles françaises ?
Il faudra aboutir à un calendrier européen précis
et respecté. La première étape sera le 25 mars où
tous les chefs d'Etat et de gouvernement se réuniront à
Berlin et où ils signeront un texte sur l'UE. Cette déclaration
de Berlin essayera de fournir les orientations sur l'avenir de l'UE.
Une telle entente doit s'appuyer sur les fondements culturels et
historiques européens pour renforcer le sentiment d'appartenance
à l'Europe. Au plan géopolitique : définir
et préciser les contours politiques de l'UE, sans « présumer
de nos forces ». Il ne faut pas non plus ériger une
nouveau rideau de fer autour de l'UE envers les pays qui bordent
son espace.
- les
questions économique et sociale :
En 2007, plusieurs
dates sont prévues pour parachever l'union du marché
européen.
Renforcement
de la recherche, de l'éducation au niveau européen.
- une
coopération renforcée de police et de justice :
sur les points
de l'immigration clandestine, progresser sur l'action et la
législation.
Une nouvelle
initiative intéressante sera testée par l'Allemagne :
associer tout de suite les présidence portugaise et slovène
qui prendront les présidences suivantes.
Jacques Toubon, ancien ministre, député
européen
Comment dans
les affaires de l'UE, nous allons ensemble et comment nous divergeons ?
Nous allons voir
aussi comment fonctionne les institutions européennes dans le cadre
du couple franco-allemand ?
La coopération
franco-allemande est un exemple unique dans le monde. Notre coopération
est historiquement exemplaire avant et après la réunification.
De nombreuses affaires diplomatiques dans les ambassades sont traitées
sur la logique franco-allemande.
Nous avons des
visions assez proches de ce qui est le projet politique de l'UE.
Un projet qui implique deux choses : que l'on définisse
une forme de territoire et d'identité de l'Europe,
d'accord sur les limites d'intégration des demandeurs ;
le même besoin de faire fonctionner une sorte de gouvernement européen
pour donner du corps à l'UE dans le monde. Dans le cadre
des nations-unies, la France et l'Allemagne sont à la pointe
des visions et des actions à mener.
La guerre en
Irak, malheureuse à bien des égards a eu des effets bénéfiques
sur le rapprochement franco-allemand.
Nos histoires
apportent un carburant à nos motivations sur l'Europe. (visiter
le musée historique de Berlin sur le Saint-empire romain germanique
éclaire sur de nombreux points de notre histoire commune).
Mais il reste
des comportements divergents. Il y a fondamentalement une différence
sur l'identité européenne. L'aspect religieux
est placé prioritairement dans la vision allemande alors qu'en
France, l'identité est fondée sur la laïcité.
Si on ne peut
devenir Français ou allemand au plan de l'identité,
on peut devenir européen.
Autre divergence,
la question du fédéralisme. En Allemagne, le quotidien politique
est géré par des questions fédérales.
Autre point de
divergence, des intérêts économiques et financiers
qui sont différents. Au delà des intérêts des
entreprises.
Il y a d'abord
un problème de rythme dans les réformes. Il faudrait une
harmonisation des calendriers électoraux pour que les gouvernements
puissent agir ensemble dans le même temps.
Deuxième
point de l'exposé. Qui dirige à Bruxelles ?
En fait, l'action
des institutions européennes consiste à mettre en œuvre
le grand marché européen. Ceux qui font les propositions
les meilleures sont les mieux placés : fonctionnaires britanniques
et allemands…
Dans les quatre
semestres qui arrivent, quatre présidences fondamentales :
Allemagne, Portugal, Slovénie et France.
Au parlement
européen, les députés du centre droit auquel j'appartiens
travaillent dans l'esprit de collaboration franco-allemande. Le
travail consiste à faire vivre l'identité européenne
tout en tenant compte des identités française et allemande.
Le général
Stéphane Abrial, chef d'état-major de l'armée
de l'Air.
Dans le domaine
de la défense, la collaboration franco-allemande est un chantier
intéressant.
Dans le cadre
de l'OTAN, la création de la Bundeswehr a été
suivie de conseils franco-allemands de la défense, à différentes
échelles : inter armée, par armées, par sujets
militaires.
Ce modèle
est si efficace qu'il a été copié pour ouvrir
d'autres partenariats avec d'autres pays européens.
Sur de nombreux
points, la collaboration est active : une cellule de transport militaire
européen basée à Eindhoven où le couple franco-allemand
est partie prenante.
Sur l'organisation
des forces, divergence de points de vue
Sur
les armements, il y a deux avions de guerre européens, l'Eurofighter
d'EADS et le Rafale de Dassault. Sur les drônes, il
y a plusieurs constructeurs européens. Mais un hélicoptère
de guerre et un avion de transport airbus (A 400 M) européens sont
en cours de réalisation.
Sur la force
de dissuasion concertée, la proposition de notre président
est passée inaperçue outre Rhin.
Sur le point
de nos interventions internationales, elles sont de plus en plus concertées
mais dans un objectif humanitaire. La Bundeswehr est autorisée
depuis peu à intervenir à l'extérieur.
Niveau d'interopérabilité
exceptionnelle : matériel de plus en plus commun, procédures
communes, groupements tactiques de 1500 hommes dans l'Eurocorps.
Nous sommes ensemble au Kosovo, en Afrique au Congo, en Afghanistan.
Nous échangeons
beaucoup d'étudiants de nos écoles militaires et de
personnels en activité pour mieux nous connaître.
Jean-Michel
Billig, directeur du programme A 400 M (avion de transport militaire)
chez Airbus.
Une première
pour Airbus :
un projet concerté de construction d'un avion de transport
militaire A 400 M.
Il
s'agit pour cet avion de ne pas refaire les mêmes erreurs
que pour l'Eurofighter et le rafale. Le couple franco-allemand
a su réaliser un cahier des charges commun à 95%. Le projet
Airbus est vraiment un exemple de coopération industrielle franco-allemande,
qui intègre un projet européen sans diluer les identités
nationales.
Airbus est né
d'une volonté politique forte, d'une vision incroyable
de mettre en commun des méthodes, des systèmes différents,
tout en partant de rien ou presque pour devenir le premier avionneur mondial
devant Boeing.
Chez Airbus,
le défi a été de mettre en œuvre pratiquement
cette vision politique. En 30 ans, projet réalisé avec « intelligence
et passion ». Mariage de la « rigueur »
allemande et de « créativité » française.
Il y a pourtant
des turbulences, non liées forcément au couple franco-allemand.
Nous traversons une crise économique et financière forte,
qui sera surmontée grâce à ce couple, à cet
équilibre, à cette parité Toulouse/Hambourg.
Francis Goulier, IGEN d'Allemand
En partant du
traité de l'Elysée, on peut avancer le postulat qu'il
n'y aura pas de partenariat viable s'il n'y a pas de
connaissance culturelle et linguistique.
Permanence de
la volonté de renforcer la coopération
éducative depuis 1963.
Création
de l'Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ)
échanges franco-allemands, bourses de séjours linguistiques.
Nos élèves
peuvent aussi passer le bac et l'Abitur dans les lycées français
et allemand.
Création
de certifications de compétences pour nos élèves.
Toutes ces mesures
de mobilité et de reconnaissance ont servi d'exemple à
d'autres partenariats pour d'autres langues et pour écrire
les textes européens.
Cette philosophie
franco-allemande devient donc une philosophie de plus en plus européenne,
ce qui conduit notre couple à aller encore plus loin.
Plusieurs phases
d'évolution :
- au départ,
prise de mesures identiques dans les deux pays pour voir chacun comment
on pouvait les adapter aux systèmes éducatifs.
- depuis 2003,
élaboration de projets chiffrés communs et modifications
en profondeur des systèmes avec bilans.
La
gestion de la langue allemande doit tenir compte des demandes des parents
(classes bi-langues dès la 6e)
Au sujet de l'abitur,
le système de la double correction est abandonné. Il ne
sera plus tenu compte que de la correction par nos partenaires.
Bilan :
L'attention
constante portée à l'enseignement des langues en France
avec le cas spécifique de l'Allemand. Le gouvernement doit
agir tout en sachant que le choix d'une langue vient du cœur.
Questions :
- est-ce que l'Allemand est une
langue régulièrement utilisée dans les grandes entreprises
franco-allemandes ? y a-t-il des difficulté à évoluer
militairement ensemble après les grands conflits mondiaux ?
J.M. Billig :
La langue officielle d'Airbus de toutes les réunions est
l'Anglais. Tous les comptes-rendus sont en Anglais. Je suis l'un
des rares Français à parler Allemand et je sers régulièrement
d'interprète entre Allemands et Français. L'Anglais
est indispensable mais insuffisant. La maîtrise de nos deux langues
est un atout majeur.
S. Abrial :
dans l'armée, l'intégration des jeunes se fait
avec leurs acquis éducation nationale. Peu ont des bases en Allemand.
La langue d'interopérabilité est l'Anglais.
Est-ce que les
soldats acceptent de coopérer après les grands conflits
mondiaux ? oui sans ambiguïté.
- Chez les jeunes, pas besoin de réconciliation
puisqu'ils n'ont pas connu de conflit. Comment renouveler
le projet franco-allemand ?
J. Toubon :
double réflexion. La politique n'est qu'une thérapeutique,
car elle passe son temps à régler des problèmes et
à trouver des solutions. Cela déçoit énormément
les citoyens. Les problèmes politiques sont extraordinairement
complexes, étendus, mondialisés. L'effort moral et
politique, c'est autre chose, des espaces de projet dont la coopération
franco-allemande.
La deuxième
réflexion : la politique du multilinguisme est un principe
type tapisserie de Pénélope… Ce que vous avez la
journée est défait la nuit. Il faut se battre en premier
pour notre langue maternelle comme langue de culture et non langue opérationnelle
(type anglais de Singapour).
Revue des deux
mondes sur la France et l'Allemagne.
Il faut travailler
efficacement au niveau européen. Le commissaire roumain a été
nommé sur le dossier exclusif du multilinguisme. Il parle en Anglais…
Il faudrait qu'il parle en Roumain avec un interprète !
Pour travailler
sur le multilinguisme est un travail en profondeur sur plusieurs générations.
- Pourquoi à chaque révision
des traités européens, aucun responsable français
n'a proposé de règles strictes de multilinguisme ?
J. Toubon :
on ne peut pas dire ça ! au parlement européen, on
continue à interpréter et à traduire 21 langues et
demain 23 langues. Cela coûte très cher mais il le faut au
nom du multi-linguisme. Au niveau de la Commission et des groupes de travail
du conseil des ministres, c'est moins vrai.
C'est une
affaire pratique. La France s'est engagée à former
3000 fonctionnaires européens. 1500 magistrats polonais ont été
formés par des magistrats français lors de l'entrée
de la Pologne à l'UE.
Toutes les opérations
de formation, d'harmonisation culturelle et linguistique doivent
être renforcées.
- L'UE a pour valeurs les droits
de l'Homme. Qu'en est-il des relations avec V. Poutine ?
Le gaz est-il plus important que les droits de l'Homme ?
H. W. Beuth :
Schröder, dans ses mémoires, avec qui je suis pratiquement
d'accord, disait qu'il ne fallait pas être indulgent
avec Poutine, même s'il était qualifié de démocrate.
La Russie a connu
des systèmes anti-démocratiques : les tsars, le communisme,
Eltsine qui convertit l'URSS à l'économie de
marché. Poutine reprend les choses en main et réajuste les
structures d'Etat.
Cette déclaration
n'a pas satisfait l'opinion publique allemande.
Il y a déjà
un paradoxe entre le fait que la Russie soit une démocratie et
un fournisseur d'énergie. Peut-on choisir son fournisseur
d'énergie en fonction du critère démocratique ?
On n'en trouverait pas beaucoup.
Il faut pourtant
traiter la Russie comme un partenaire stratégique, un voisin à
l'Europe tout en tenant un discours approprié, sur son système
interne, comme avec d'autres pays : la Chine, les pays arabes.
J. Toubon :
Je ne crois pas qu'il y ait de position tenable dans le « tout
ou rien ». La Russie revient de très loin et il faut
avoir une vision dynamique. La coopération et le partenariat doit
faire changer la Russie : partenariat avec l'UE et l'Organisation
Mondiale du Commerce. Ces effets auront pour objectifs de renforcer la
libéralisation du pays.
- Qu'en est-il de l'Autriche
dans la collaboration franco-allemande ?
L'Autriche
est un partenaire très proche de la France, dans sa vision, ses
méthodes sur l'Europe.
L'Autriche
n'est pas seulement sous l'aile de son puissant voisin allemand.
- siège permanent au conseil des
nations unies pour l'All. ?
La France soutient
l'idée d'élargissement du nombre de sièges :
All, Inde, Brésil.
Pour ce qui est
d'un siège pour l'UE, pas intéressant pour l'instant.
Les plus hostiles
à cet élargissement sont la Chine et l'URSS qui sont
sur un schéma issu de 1945.
Le veto russe
ou chinois sont difficilement contrôlables.
- Airbus modèle de coopération
européen, n'y a-t-il pas une faille dans la logistique ?
J.M. Billig :
non pas un modèle de coopération entre Etats européens
mais un modèle de coopération d'entreprises européennes.
Si nous n'avons pas airbus, nous n'avons rien. Sans Hambourg
ou sans Toulouse, rien.
Le prix de la
logistique aérienne ne coûte que 1% du prix d'un avion.
- On constate une désaffection
de l'enseignement de l'Allemand au profit de l'engouement
pour les langues du Sud : espagnol et italien. Pourquoi privilégier
l'Allemand au détriment d'autres langues ?
F. Goulier :
question d'un autre âge. Lutte pour l'Allemand n'est
pas contre les autres langues. Choix du multilinguisme autre que l'Anglais.
L'Allemand peut permettre de faire comprendre aux familles l'utilité
de pratiquer d'autres langues que l'Anglais : espagnol,
italien, portugais, arabe…
Un enfant de
10 ans n'a pas envie d'apprendre telle ou telle langue en
rapport à ses besoins professionnels. La langue étrangère
doit être un objectif d'apprentissage tout au long de la vie.
Nos élèves
ne sont pas nuls en langue, il faut leur donner confiance dans leurs acquis
et leurs capacités.
- Face à la nécessité
affirmée par les intervenants d'une coopération renforcée,
qu'en est-il des volontés de coopération en matière
de recherche, d'environnement, de bio-éthique (clonage, cellules-souches) ?
J. Toubon :
un problème se pose déjà dans les divergences morales
et religieuses, les Allemands voulaient inscrire la notion d'héritage
religieux chrétien dans le traité constitutionnel. Un consensus
a été trouvé entre les positions française
et allemande, même si le souci est plus fort en Allemagne.
Ce que la France
a construit avec la Révolution Française, l'Allemagne
le positionne plus tôt sur la Réforme luthérienne
pour aboutir à deux visions humanistes proches, mais pas sur le
même champ.
Autre raison
difficile, l'Allemagne a du mal à traiter des problèmes
génétiques car elle ne veut pas retomber dans les travers
nazis sur l'eugénisme et la sélection génétique
des chercheurs raciaux.
La France est
donc plus avancée en matière de thérapie génique
et d'éthique médicale. Mais globalement, nous avons
une communauté de culture et d'actions.
La communauté
de culture, c'est « l'implicite de la conversation »,
formule reprise à l'écrivain Tzvetan Todorov.
Questions-réponses
des intervenants entre eux :
J.M. Billig à J. Toubon :
on a beaucoup parlé de politique culturelle et linguistique européenne,
comment les politiques peuvent aider les industriels à une meilleure
coopération européenne ?
Sur les aides
aéronautiques de l'UE contestées par les EU au sein
de l'OMC, la politique commerciale européenne est une prérogative
de la commission. C'est le commissaire européen Peter Mendelson
qui défend les intérêts européens à
Doha. Nous ne sommes plus dans un couple, mais des pays qui ensemble,
essayons de faire valoir nos points de vues communs.
S. Abrial à F. Goulier :
Qu'en est-il de la reconnaissance européenne des compétences
en matière de langues et dans les autres matières.
A l'entrée
à l'IUFM pour les professeurs des écoles, la langue
étrangère est obligatoire. Dans toutes les disciplines,
un professeur peut faire valider une mention complémentaire en
langue.
F. Goulier à J. Toubon :
échanges entre armées, entre industries, mais timidité
dans la fonction publique…
Dans la haute fonction publique, on ne
tient pas compte des compétences linguistiques…
Entrée
au concours de l'ENA, langue uniquement après l'admissibilité,
à l'oral… Peu de fonctionnaires prennent le virage
européen dans leur perspective de carrière. Ceux qui font
le choix de partir à Bruxelles, quand ils reviennent à Paris,
ne sont pas récompensés…
H. W. Beuth à F ; Goulier :
Enseignement de la langue, souci majeur pour l'ambassade. Quelles
sont les actions que l'administration ou l'ambassade d'Allemagne ?
Première
action est une meilleure connaissance de l'Allemand et de l'Allemagne.
Accompagnement des actions mises en place par l'EN et l'OFAJ.
J. Toubon à H. W. Beuth :
Au sein des structures, avez-vous ressenti des modifications, des évolutions
quand la France a décidé l'armée de métier
en 1997 ?
Cela a suscité
un débat important en Allemagne et au sein de la Bundeswehr qui
garde une armée de conscription.
Au plan de la
coopération militaire, les structures se rapprochent grâce
au traité de l'Elysée, au CFADS de 1988, aux décrets
de 2005 de Berlin et de Paris, qui redistribuaient les prérogatives
des chefs d'Etat major français et allemand. Si l'on
rapproche ces décrets, on voit que les pouvoirs donnés sont
harmonisés.
Conclusion par J.L. Nembrini.
Ce colloque est
un lieu exceptionnel car les professeurs ne rencontrent pas leurs pairs
mais aussi un lieu où ils rencontrent la vie.
En tant que conseiller
de M. de Robien, j'aurais envie de répondre à de nombreuses
questions, qui sont notre quotidien, la gestion des moyens.
On a posé
la question de l'IUFM, demain, M. le ministre va annoncer des réformes
importantes comme l'idée d'un stage long dans le pays
étranger dont on enseigne la langue, pour s'imprégner
de la culture.
Nouveau protocole
Education/Défense : changements européens pris en compte.
Nous sommes dans
le changement même si nous avons l'impression d'être
dans le quotidien.
Dans le socle
commun adopté, la maîtrise de la langue est un point fondamental.
N'importe
quel professeur de n'importe quelle discipline doit maîtriser
la langue lors du passage du concours.
Que retenir de
notre colloque ?
des phrases prononcées :
- ce qui s'est
passé entre nos deux pays n'a pas d'équivalent ;
- nos destins
communs sont guidés par la raison.
Pour l'avenir,
nous voulons porter des questions :
- réfléchir
sur une politique d'immigration européenne, sur le ou les
faits religieux en Europe et sur la question de la laïcité,
le moteur de notre coopération (éducation, recherche).
comptes-rendus
rédigés par Olivier CARUSO,
professeur d'histoire géographie au collège Thibaud de Champagne
de Fismes
pour aller plus loin...
- le portail de l'Union
Européenne
- le site de la coopération
franco-allemande
- le site de
l'Ambassade d'Allemagne à Paris
- le site de l'ENA
du Luxembourg sur l'histoire récente de l'Europe
- le site du Goethe
Institut de Lyon
- le site du
forum franco-allemand
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