L'exemple de la monarchie habsbourgeoise.

Un fleuve, des Etats, une monarchie.

par Christian Lambart, lycée Saint Bernard de Troyes


« L'Europe est marquée par une multiplicité et une diversité des Etats
qui s'expliquent notamment par des raisons historiques. »




Dans le programme de premières, géographie série L/ES.


L'Europe des Etats (12h)


  1. Le morcellement en Etats et les grands ensembles géopolitiques


L'Europe est marquée par une multiplicité et une diversité des Etats qui s'expliquent notamment par des raisons historiques. Ces Etats peuvent être néanmoins regroupés en quelques grands ensembles géopolitiques, par exemples l'Union européenne, les pays candidats, les Etats balkaniques non-membres de l'Union européenne, les Etats d'Europe orientale. L'exemple des Etats issus de l'empire austro-hongrois permet de comprendre le poids des héritages et le rôle des frontières.




Dossiers sur L'Autriche-Hongrie

manuels de géographie de 1ere L/ES



Alain Joyeux, Hachette. P. 22-27

Les Etats issus de l'Empire austro-Hongrois

  1. Comment s'opère la fragmentation de l'Empire d'Autriche-Hongrie ?

  2. L'Europe médiane, un espace en recomposition ?

  3. L'ex-Yougoslavie, un espace en crise territoriale ?


Magnard p. 34-37

Europe centrale : la recomposition des territoires

Des territoires fragments de l'Empire austro-Hongrois



Collection Knafou, Belin. P. 30-33.

Les Etats issus de l'empire Austro-Hongrois







Le Danube : un fleuve européen


L'entrée de nouveaux pays dans l'Europe et le basculement de celle-ci vers l'Est, la question turque et l' intégration de la Hongrie dans l'Union européenne reposeront, dans quelques temps, le problème du Danube. Alors que celui-ci fut mis à l'écart à partir de 1948 et par les multiples conflits issus de l'effondrement du bloc soviétique. Longtemps morcelé et objet de conflits, il peut devenir une interface majeure dans le cadre d'une Europe en construction. Il est aussi le lien entre différents pays de natures différentes.

Le Danube est le deuxième fleuve d'Europe et s'étire sur 2858 kilomètres. Son bassin de 817 000 kilomètres s'étale des Montagnes de la forêt noire aux rives de la Mer noire, longeant 9 pays soient 80 millions d'habitants. Les efforts fluviaux allemands ont permis de le relier à la Mer du Nord par le Rhin. Il mérite de plus en plus le surnom de Roi des fleuves d'Europe que Napoléon lui avait donné. Sa particularité est de suivre un tracé d'Ouest en Est, alors que les grands fleuves d'Europe s'étirent suivant un axe méridien.

Le Danube prend sa source dans la Forêt noire, à 60 kilomètres au nord ouest du lac de Constance. On distingue « trois Danube » : le Danube alpin, Pannonien et valaque.

Le Danube alpin s'enrichit des affluents alpins. Le plus important, l'INN double le début du fleuve. Cela explique également que le fleuve connaisse ses plus hautes eaux au mois de juin. Il reçoit les eaux de la fonte des neige au printemps et au début de l'été. De plus, les pluies océaniques de saison froide sont abondantes sur le plateau bavarois. Ceci a la particularité de soutenir le débit du fleuve qui ne présente ainsi, aucune saison de basses eaux réellement marquée. A partir de Bratislava, la capitale slovaque, le fleuve entre dans le bassin Pannonien et prend une allure continentale. Deux facteurs modifient son régime : la fonte des neiges issue des moyennes montagnes de Tisza dans les Carpates et de Save et Drave dans les chaînes Dinariques et la chaleur estivale qui entraîne une forte évaporation sur l'ensemble du bassin. Il y a donc un étiage d'été qui peut se transformer en fortes crues lorsqu'une série de dépressions atmosphériques se succèdent en Europe centrale. Les crues peuvent être redoutables d'autant que le fleuve coule au niveau des terres. Peu après Belgrade, le Danube traverse la chaîne des Carpates aux Portes de fer, spectaculaire défilé de 80 kilomètres. Il reçoit, dès lors, les torrents issus des Carpates et des Balkans. Le caractère continental s'accentue. Sur le plan politique, il devient frontière entre la Roumanie et la Bulgarie. Enfin, il entre en contact avec la mer noire par un delta de 4300 kilomètres carrés.


 


3. Boucle du Danube. Cliché Christian Lambart 2005



Une Monarchie danubienne liée à l'histoire européenne:


la « Maison d'Autriche ».





Le Danube est un fleuve européen chargé d'histoire en adéquation avec celle de l' Europe. Le fleuve fut, tour à tour, limite de l'Empire romain, objet de rivalités entre Rome et Byzance. Mais aussi enjeu pour la Maison de Habsbourg et l'Empire Ottoman, la Russie et la Triplice et plus récemment de la guerre froide. Le Danube est incontestablement un foyer de la civilisation européenne.

Son nom est lié à l'Autriche et à une puissante Monarchie européenne. Le cas de l'Autriche-Hongrie est significatif. C'est la superposition de 5 histoires. Celle de la Maison de Habsbourg, du Saint Empire Romain Germanique, de la Bohème, de la Hongrie et de la Croatie. L'Autriche-Hongrie est l'héritière du Saint-Empire Romain Germanique, lui-même issu du rêve de la reconstruction de l'Empire Romain d'Occident.




La naissance



Une marche d'Empire


La naissance de la Maison d'Autriche est liée à la constitution d'une marche orientale du Saint Empire par Othon 1er , dont le Danube est l'enjeu. Cette création met fin au cycle des invasions qui depuis un demi millénaire ravageait le bassin danubien et déstabilisait l'ensemble de l'Europe chrétienne. Une partie de l'histoire du Danube s'entrelace avec celle de la Maison d'Autriche.

Après la victoire de Lechfeld1, l'empereur Othon 1er décide de créer une zone frontalière pour protéger la Bavière. Cette bataille met fin aux incursions hongroises en Germanie et stabilise l'Etat hongrois sur la plaine pannonienne. Avec la Hongrie, cette zone complète ainsi, le système défensif de l'Europe face aux menaces turques et Mongols. La valeur politique de cette création est due à l'apparence d'une reconstruction. Elle réactive l'ancienne limite septentrionale de l'Empire romain dont Vindobona et Carnuntum étaient les piliers défensifs. Plus tard, dans le souci de protéger les frontières de l'Empire, Charlemagne tentera d'installer une marche défensive que les Hongrois détruisirent une première fois. Othon, en fait, reprend l'initiative. Il confit la zone à Liutpold de Babenberg qui prend le titre de Margrave (marquis) et s'installe à Melk sur les bords du Danube. Son château, sur les lieux d'un ancien couvent surveille l'entrée de la forêt viennoise et interdit l'entrée des Hongrois à l'Est et des Tchèques au Nord. Pour défendre son fief, les Babenberg font appel à la noblesse bavaroise afin coloniser le pays. Le caractère bavarois reste une dominante en Autriche. Ceci est visible dans les dialectes, l'habitat et les coutumes. Avec le soutien de l'évêché de Passau, de Cluny puis des cisterciens, le Margrave Léopold III (1095-1136) fait de son domaine un pays de couvent lui donnant ainsi un puissant capital intellectuel. Il faudra attendre le XIIIème siècle pour que Frédéric II de Babenberg obtienne le Privilegium Majus lui donnant le titre de Duc et l'autonomie par rapport à l'Empire. Le Duc devient un personnage et se situe juste après les Electeurs dans l'ordre de préséance du Saint Empire Romain Germanique. C'est une force politique. Cependant elle risque d'être remise en question par la disparition de la dynastie des Babenberg. Ce moment sera propice à l'apparition d'une nouvelle et déterminante famille.


Les Habsbourg


Rien n'indiquait qu'une famille issue d'une principauté marginale aux confins de la Rhénanie, de Brisgau et de la Suisse actuelle s'impose. Pourtant, Rodolphe, Comte de Habsbourg, accède à l'Empire en 1273. La Couronne impériale apporte du prestige mais en réalité peu de pouvoirs. Le puissant Roi de Bohème Otakar II, époux d'une princesse de Babenberg, s'empare de l'Autriche, de la Styrie et de la Carinthie. Il unifie ainsi la Bohème et les possessions autrichiennes. Il semble que le nouvel Empereur n'y puisse rien. Cependant la réaction de Rodolphe est efficace. Il s ‘appuie sur le droit impérial et obtient le concours des Princes allemands. La bataille de Dürnkrut-Marchfeld2 (26 août 1278) permettent de récupérer l'Autriche. Rodolphe tue Otakar et remet le territoire à son fils Albert. Il fonde ainsi la puissance future de sa famille et l'embryon d'une nouvelle Monarchie. Cela permettra à la famille de se replier sur ses domaines lorsqu'elle ne sera pas élue à l'Empire. La chance apportera son appuie lorsque la famille des Stauffen s'éteindra tandis que les Habsbourg pratiquent avec succès une politique matrimoniale qui les lie à toutes les familles de l'Empire. Le deuxième acte se situera en 1364 lorsque qu'un traité de mariage associera le Maison d'Autriche avec les royaumes de Hongrie et de Bohème. En fait cet union monarchique met en adéquation l'interdépendance géographique des espaces alpins, Sudètes et carpatiques, dont le Danube est porteur. De même, l'association des provinces de Styrie, de Carinthie, du Tyrol, de Rhénanie et du Frioul apporte une possibilité d'extension dans toutes les directions, à la fois allemandes et italiennes. C'est en 1382 que Trieste se met sous la protection des Habsbourg. Puis l'histoire de la famille s'impose comme une évidence. C'est à partir du règne de Frédéric III (1415-1493) que la famille associe définitivement son nom à celui de l'Empire. Les Habsbourg prennent à cette époque l'orgueilleuse devise : « il appartient à l'Autriche de gouverner le monde » ( Austria est imperare orbi universo/AEIOU). Son fils Maximilien (1493-1519) épousera Marie de Bourgogne (l'héritière de Charles le Téméraire) et inaugure la lutte conte les Valois et la France. Les fils de Maximilien épouseront les héritières d'Espagne et de Bohème. Ainsi, à la fin du XVème siècle, la Maison d'Autriche est devenu une grande maison régnante et le pivot d'une grande puissance centre européenne. Seul, le roi Mathias de Hongrie tenta d'y faire provisoirement obstacle.

Cependant, c'est un espace tiraillé et difficile à tenir en Europe, qui de plus devient un empire mondial lorsque Charles Quint recueille l'héritage espagnol. L'union de la Maison d'Autriche et des maisons régnantes en Espagne font de Charles Quint, un prince majeur en Occident. Sa titulature est d'ailleurs impressionnante : « Don Carlos, Roi de Rome par la grâce de Dieu futur Empereur, Roi de Castille, de Léon, des Deux-Siciles, de Jérusalem, de Grenade, de Navarre, de Tolède, de Valence, de Galicie, de Mallorque, de Seille, de Sardaigne, de Cordou, de Corse, de Murcie, de Jaen, des Algarves, d'Algérisas, des Iles Canaries, de Gibraltar, des Pays de l'Océan, Archiduc d'Autiche, Duc de Bourgogne et de Brabant, Comte de Barcelonne, des Flandres et du Tyrol, Seigneur de Biscaye et de Molina, Duc d'Athènes et de Néopatrie, Comte de Roussillon et de Serdane, Marquis d'Oristan et de Giociano ». Certes, il s'agit d'une accumulation de type féodal sans unité et avec des pouvoirs limités, mais cela procure des revenus considérables qui se superpose au prestige du titre impérial. Pourtant cette immense Monarchie n'est pas conçue pour être durable puisqu'à la diète de Worms en 1521, Charles Quint sépare l'héritage. Philippe reçoit l'ensemble des Couronnes d'Espagne, dont la règle de succession est la primogéniture. Ferdinand hérite, quant à lui, du domaine autrichien avec un règlement successoral collectif. Il prend également le titre impérial. Cependant, les Habsbourg d'Autriche s'attachent la monarchie hongroise et héritent de la lourde tâche d'être, à la fois, les défenseurs de la Chrétienté face au péril turc et les seuls obstacles face à l'irruption des russes dans les Balkans.

Ferdinand et ses héritiers seront Empereur Allemand et souverain territorial d'un ensemble complexe qui englobait les pays héréditaires de Bohème, de Hongrie, de l'Autriche actuelle et de grands espaces aujourd'hui en Pologne, Roumanie, Balkans et Italie. La difficulté à gouverner cette diversité est évidente. Pourtant Ferdinand jette les bases d'un Etat qui subsistera jusqu'en 1848. Il parvient, d'abord, à rejeter l'armée de Soliman en 1529. Celle-ci tenta de s'emparer de Vienne. Il donne aussi une administration cohérente qui tient compte des nombreuses oligarchies et traditions locales. L'administration des Habsbourg se constitue d'un gouvernement collégial composé d'un Conseil privé, d'une chancellerie, d'un conseil aulique, d'une chambre des comptes et d'un conseil de guerre. Ces institutions sont toutes issues des Diètes et des noblesses de l'ensemble des territoires de la Monarchie. Ce système, en apparence lourd, a le mérite d'associer les noblesses locales et de s'adapter à des structures sociales diverses. Nombreux défauts sont à signaler. D'une part une lourdeur administrative générant une extrême lenteur, d'autres part, cela n'empêche pas les révoltes hongroises. Pourtant ce système peu imaginatif reste solide et efficace et résiste à une guerre quasi permanente.



Empereur Habsbourg ou Empereur Allemand.


La guerre de Trente ans


Le XVIIe siècle fut, pour toute l'Europe Orientale, une époque de bouleversements et de transformations profondes. Un série de conflits vont permettre à l'Autriche d' asseoir sa domination sur le Danube et la Hongrie. La conquête de l'Empire danubien fut la conséquence de la Guerre contre les Turcs et de la soumission de la Hongrie.

Au XVIIème siècle, le centre de l'ensemble se révèle être Prague. C'est dans cette ville qu'à lieu l'incident qui va déclencher la guerre de trente ans. Le 23 mai 1618, deux des lieutenants généraux de l'Archevêque de Prague (Martinits et Slavata) sont précipités par une fenêtre du Palais royal. Les auteurs de l'attentat sont les représentants de la noblesse protestante. L'année suivante, ils déclarèrent déchu de la couronne de Bohème, l'Empereur Ferdinand et proclament l'Electeur Palatin Frédéric V qui était protestant. La révolte de la Bohème entraîne une guerre généralisée. Le Danemark, la Suède et la France soutiennent l'Electeur Palatin tandis que les Princes catholiques Allemands et l'Espagne interviennent en faveur de l'Empereur. La première phase du conflit prend l'Empereur Ferdinand au dépourvu. Le salut viendra des armées de la Sainte Ligue de Maximilien de Bavière qui viennent mettre au pas les tchèques à la bataille de la montagne Blanche, le 8 novembre 1620. Le conflit est relancé par le Roi Christian IV de Danemark qui est également Prince d'Empire. A ce titre, il vient aider les Princes protestants. Cependant son armée est arrêtée par Wallenstein et Tilly. La paix de Lübeck (1629) consacre la domination de l'Empereur en Allemagne. Une des conséquences de cette situation est l'inquiétude de la France encerclée de fait par les Habsbourg de Vienne et de Madrid. Richelieu assure de sa protection les Princes protestants et encourage l'intervention de la Suède de Gustave-Adolphe. Les victoires suédoises auraient pu changer la situation, mais Gustave-Adolphe est tué à la bataille de Lutzen en novembre 1632. Les Impériaux finissent par rétablir la situation à leur profit à la bataille de Nordlingen en septembre 1634. De la paix de Prague (1635) à la paix de Westphalie (1648), la dernière phase du conflit concerne le duel Franco-espagnol qui se soldera par les victoires françaises de Rocroi (1643) et Lens (1648).

Après la paix de Wesphalie en 1648, les Habsbourg se contentent d'être Empereur en Allemagne et se concentrent sur les Etats héréditaires sans pour autant réussir à centraliser l'ensemble. Une centralisation à la française ou à la prussienne est impossible. Toutefois se conjuguent progressivement un esprit dynastique qui tient lieu de patriotisme et de nationalisme, une unité religieuse et un style : le baroque autrichien3. Une grande partie de l'énergie de la Monarchie autrichienne va se concentrer sur la conquête de la Hongrie et la lutte contre les Turcs.



Le difficile XVIIIème siècle


Au début du XVIIème siècle, les Turcs tiennent l'ensemble de la Hongrie. Or, après la bataille de Zenta en 1697, l'ensemble du territoire passe sous le contrôle de l'Empereur Léopold 1er. La grande difficulté pour la Monarchie réside dans le fait que les Hongrois seront en majorité calviniste. Une conversion forcée et violente sera engagée. A Epeuries, pendant 6 mois, 30 bourreaux vont exécuter quotidiennement les Hongrois qui refuseront la conversion au catholicisme. La Monarchie devient réellement danubienne. Elle s'approche des Balkans, mais reste vigilante en Europe de l'Ouest ou elle devra se heurter aux ambitions françaises. A la charnière des deux siècles, un personnage va symboliser la Monarchie. Il s'agit d'Eugène de Savoie4. Son nom d'abord, il signe Eugénio (italien) Von (allemand) Savoie (français). Il se présente comme un grand chef de guerre, cultivé, parlant trois langues européennes. Il jouera un rôle important dans la lutte contre les Turcs, la conquête de la Hongrie et la lutte contre la France.

De 1733 à 1748, la Monarchie engage un bras de fer avec la France. C'est le cas de la guerre de succession de Pologne et de succession d'Autriche. Cette guerre (1733-1735) met en jeu le royaume de France, qui porte la candidature de Stanislas Leczinski, et la Maison d'Autriche et l'Empire Russe qui soutiennent l'Electeur de Saxe Auguste III. La France se laisse entraîner dans une coalition anti-autrichienne formée des royaumes d'Espagne, de Sardaigne et de l'Electeur de Bavière. L'origine du conflit réside dans le soutien que la France apporte à Stanislas pour revendiquer la Couronne de Pologne. Or, celui-ci, ne dispose pas du soutien de la noblesse de son pays. Les Armées autrichiennes et russes pénètrent en Pologne et imposent le couronnement d'Auguste III à Cracovie à Noël 1733.Stanislas se réfugie à Dantzig. Au début, le Cardinal de Fleury envoie un petit corps expéditionnaire pour dégager Stanislas, estimant la cause perdue. Le corps expéditionnaire ne semble pas avoir les moyens de sa mission. Mais l'Ambassadeur de France lance un assaut désespéré et voué à l'échec. Cependant Stanislas réussit à s'enfuir. En fait la France avait misé sur les fronts lorrains et italiens pour faire plier la Maison d'Autriche. Le 12 octobre 1733, les Français entrèrent à Nancy. Puis sur le Rhin Kehl capitule le 28 octobre 1733. Nombre de Princes Allemands hésitent à cette occasion à soutenir la Maison d'Autriche. En Italie, les combats victorieux furent limités par les contradictions dues aux enjeux différents des alliés sardes et espagnols. La paix de Vienne de 1738 consacre les victoires françaises mais ne permettent pas à Stanislas d'obtenir la couronne de Pologne.

1. Le belvédère, château de Schönbrunn. Vienne. Cliché Christian Lambart 2005.

 

La Maison d'Autriche doit de nouveau affronter le royaume de France lorsque l'Empereur Charles VI (1711-1740) meurt. L'héritage échoit à Marie-Thérèse et une occasion se présentait pour séparer l'Empire et la Maison d'Autriche. Dans cette guerre, la Prusse de Frédéric II est partie prenante avec la France. Les alliés soutiennent la candidature Charles-Albert de Bavière. La France apporte son soutien matériel à l'Electeur de Bavière. Seulement la France n'engage pas l'essentiel de ses forces dans le conflit et se contente d'occuper la Westphalie. Le conflit, longtemps difficile sur le plan militaire, va s'étendre a un nombre croissant de pays et se terminer par le traité d'Aix La Chapelle en 1748. Cette guerre fut une période difficile pour la Maison d'Autriche. Cependant Marie-Thérèse réussit à faire élire son époux Charles de Lorraine. Après 1748, on assiste en Europe au renversement des alliances. Celle-ci fut surtout désastreuse pour la France. Mais l'Autriche se tourne définitivement vers l'Est. L'autorité de Marie-Thérèse permet la centralisation de l'impôt et une ébauche de centralisation du pouvoir. Seule la Hongrie conserve un statut particulier. Son fils Joseph II (1780-1790) est un esprit réformateur et éclairé. Il abolit le servage et proclame l'égalité des Autrichiens devant la loi et l'impôt. Il impose également une seule couronne et une forte volonté de germanisation. Il doit affronter plusieurs révoltes aux Pays-Bas et en Hongrie. Avec la Révolution française, la Maison d'Autriche redevient l'ennemi implacable de la France

 

2. Marie-thérèse. Vienne. Cliché Christian Lambart 2005



Le XIXe et la fin de l'Empire Austro-Hongrois.


Après la Révolution française et les guerres napoléoniennes, la Maison d'Autriche se sépare juridiquement de l'Empire Allemand. François II d'Allemagne devient François 1er d'Autriche. Le recès de 1803 avait constitué un espace autrichien distinct d'un Empire Allemand devenu une Confédération germanique dominée par la France, puis après 1815 par la Prusse. L'Empire d'Autriche est devenu une construction hétéroclite de plusieurs nationalités (Tchèques, Slovaques, Polonais, Slaves du Sud, Hongrois, Roumains et Italiens) et de différentes langues et religions. Cette période est dominée par les contradictions d'un Etat lancé dans un processus d'unification alors que les aspirations nationales se renforcent considérablement.

Le problème des nationalités est fondamental dans l'Empire Austro-Hongrois. Il évolue en fonction des données démographiques. Les Allemands perdent progressivement leur position majoritaire dans le pays, alors que le processus d'unification de l'Allemagne se met en place. Pourtant les Allemands constituent le groupe humain dominant dans les institutions et la vie économique et sociale. Seule la fidélité au Habsbourg sert de support à la vieille Monarchie. Pourtant si aucune des forces politiques et nationales ne veulent réellement l'éclatement de l'Empire, on assiste à de fortes tensions entre les 11 peuples de la Couronne. En 1848, l'Empire est peuplé par 35 millions d'Habitants dont 21,6% d'Allemands. On distingue 4 grandes familles, à savoir les Allemands, les Magyars, les Slaves et les Latins. Le problème national se prolonge d'un pluralisme religieux et historique. Certaines régions comme le Tyrol ou la Styrie se composent de plusieurs nationalités qui vivent légitimement côte à côte. L'imbrication est la réalité. Il est donc impossible de modeler les pays de la Monarchie dans une ligne nationale unitaire. La diversité est la règle, ainsi la vie locale est d'une grande importance. La moindre difficulté peut mettre en danger l'existence de l'Empire.

Le printemps des peuples marque un tournant dans la vie politique de l'Empire. Comme dans toute l'Europe, la crise agricole de 1847 aggrave les tensions nationales. On assiste à plusieurs révoltes de la faim en Galice, en Italie et des boulangeries sont pillées à Vienne. Une situation similaire se retrouve dans les pays alliés de la Couronne, ainsi le royaume de Naples. C'est la nouvelle de la Révolution en France qui provoque une émeute le 5 mars 1848. La Hongrie renouvelle son exigence de statut particulier et la Bohème emboîte le pas. Le 15 mars, l'Empereur promet une Constitution, la liberté de la presse et un ministère libéral. Loin de calmer le jeu, cela provoque une explosion à Milan. Pendant 5 jours, 1500 barricades disposées autour de la Cathédrale de Milan affrontent les troupes impériales. La diète hongroise se réunit à Presbourg et décide la mise en place d'une assemblée élue pour 3 ans et l'abolition des privilèges. Un souffle démocratique porte l'action de Kossuth. Le gouvernement impérial s'en remet à l'armée. Les maréchaux Windischgrätz et Radetzky rétablissent l'ordre à Vienne avec une grande brutalité en octobre et novembre 1848. Le 2 décembre Ferdinand 1er abdique et laisse la place à François-Joseph 1er. Le jeune Empereur reçoit le soutien de la Russie de Nicolas 1er . Le ministère Schwarzenberg propose l'idée d'un Etat international où tous les sujets auraient les mêmes droits et les mêmes devoirs. Ce projet était inspiré de la Charte belge. Le refus de la Hongrie de Kossuth amène l'armée à une opération militaire. Budapest est occupée le 8 janvier 1849. Le 4 mars 1849, la nouvelle Constitution est proclamée mais le problème nationale n'est pas réglé pour autant.

Le problème le plus important est celui de la Hongrie. Les Magyars représentent 20% de la population. Il existe pourtant un nationalisme Hongrois modéré. Celui-ci est représenté par François Deak5 (1803-1876). Il n'y a pas de revendications d'indépendances mais appelle à une résistance passive


Le règne de François-Joseph


Après la Révolution de 1848, l'Autriche connut 10 années d'impitoyable réaction. François-Joseph tente la mise en place d'un régime unitaire. L'Allemand est imposé et le Catholicisme reçoit une place privilégié dans l'Etat au Concordat de 1855. L'absolutisme est rétabli mais le régime féodal reste aboli. L'Empereur trouve le soutien de la bourgeoisie libérale qui a peur d'un mouvement populaire qu'elle ne pourrait contrôler. L'idéologie dynastique donne au Habsbourg une justification. On ne parle pas d'autrichiens, de Hongrois, mais des peuples qui occupent les territoires de la Monarchie. C'est la politique extérieure qui va contraindre l'Empereur à évoluer. Après la guerre d'Italie, et surtout après Sadowa, s'impose un régime dualiste. L'Autriche, expulsée d'Allemagne par Bismarck, doit se réorganiser pour éviter l'éclatement et la disparition. L'Autriche se replie sur l'Empire. La naissance de l'Empire allemand met fin à l'illusion d'un Empire autrichien héritier du Saint Empire Romain Germanique. Il faut réaliser un choix crucial. La solution d'une fédération donnant des droits égaux à toutes les minorités n'est pas retenue. Elle aurait contredit le fonctionnement de l'absolutisme autrichien qui ne reconnaissait que contrainte et forcée la souveraineté populaire. Français-Joseph s'appuiera sur les deux nations dominantes. C'est le Compromis de 1867 qui crée l'Empire d'Autriche et le royaume de Hongrie, on parle désormais de Double-Monarchie. Vienne et Budapest deviennent des Capitales. Chaque Etat a un gouvernement différent pour un même souverain. On trouve également deux assemblées. Cependant les affaires extérieures sont traitées par un ministère d'Empire qui comprend trois ministres : Affaires étrangères, Guerre et Finances générales. Les deux Etats ont des constitutions différentes. En Autriche, les ministres nommés par l'Empereur sont responsables devant le parlement. Celui-ci, appelé Reichsrath se compose de la Chambre des Députés (Suffrage universel) et de la Chambre des Seigneurs (membre héréditaire et membre de droit). Il y a également deux assemblées dans la partie hongroise. Le Roi nomme un ministère responsable devant la Table des Magnats (nommés) et la Chambre des Députés élue au suffrage censitaire (loi de 1874). En 1907 le suffrage sera étendu sans être universel.


Le problème des nationalités


Le compromis de 1867 avantageait les Allemands et les Hongrois mais eut pour conséquences d'exacerber les sentiments nationaux des autres peuples. L'année 1867 est cruciale dans l'histoire de l'Empire. Le royaume Lombardo-vénitien est perdu depuis 1859 et les deux couronnes se rapprochaient sur le plan institutionnel. L'hégémonie germano-magyare se confirmait tout en attisant les revendications des minorités, en effet les slaves se composent d'environ 26 millions d'habitants. Alors que la marche vers les Balkans se confirmait par l'annexion de la Bosnie-Herzégovine en 1878.

En 1910, l'Empire est composé d'environ 29 millions d'Allemands et 21 millions de Hongrois. On ajoute quelques 17 millions de Thèques, Moraves, Ruthènes, Polonais, Slovènes, Dalmates et Italiens dans la partie autrichienne. Tandis que 11 millions de Serbo-croates, Roumains et Slovaques vivent dans la partie hongroise. Cependant, en 1907, le suffrage universel est accordé et François-Ferdinand avait affirmé son intention de le mettre en place en Hongrie dès son accession au trône.




La fin


C'est l'engagement derrière l'Empire allemand qui causera la perte de l'Empire Austro-Hongrois. Par peur de la Russie et du panslavisme, Vienne sera manipulée par le parti de la guerre et les volontés allemandes. Rien ne prédestinait l'Empire à s'effondrer. La guerre, elle-même, démontre une cohésion inattendue pour un Etat supposé devoir disparaître. L'empire mène une guerre sur trois fronts et résiste à l'Italie, la Roumanie et la Russie. L'armée des Habsbourg se battra jusqu'au bout, à l'exception des 200 à 300000 soldats tchèques et slovaques abusés par la propagande panslaviste de la Russie lors de l'offensive Broussilov en 1916. Les alliés, eux-mêmes, n'ont pas clairement indiqué leur volonté de mettre fin à l'Empire. Certes, durant le conflit, l'attitude est ambiguë. En 1915, on promet à l'Italie le sud du Tyrol et Trieste, puis en 1916, le Banat à la Roumanie et en 1917, est reconnu le comité national Tchèque. Cependant Aristide Briand et Llyod George redoutent le remembrement de l'Empire. Il faudra toute l'habileté de Bénès auprès des chancelleries pour accréditer la thèse de l'Empire prison des peuples. C'est la conviction que des Nations fortes peuvent être des remparts au pangermanisme qui condamnera l'Empire.



Conclusion


Ainsi, au XIIIème siècle commence l'épopée des Habsbourg avec l'élection à l'Empire du Comte Rodolphe de Habsbourg. Progressivement, un Empire multiethnique se constitue. L'unité de celui-ci réside dans la personne du souverain. Mais du XVIIIème au XIXème siècle, les grands problèmes politiques, religieux et nationaux de l'Europe secoue l'Empire qui ne survivra pas au choc de la Grande Guerre. Quelque instable qu'ait été la Monarchie autrichienne son existence n'était pas en danger et son existence était admise comme nécessaire à l'équilibre européen. Cependant la diversité ethnique et la puissance du mouvement national compromettait sa stabilité et la paix européenne. La « Question d'Autriche » se posait en 1914.

Aujourd'hui, l'Autriche et la Hongrie sont deux pays dont la vocation européenne n'est plus à démontrer. Deux Etats restreints mais dont l'histoire, la vie politique et la position en font des acteurs essentiels du jeu européen.






François FEJTÖ, Requiem pour un empire défunt : histoire de la destruction de l'Autriche-Hongrie, Point Seuil, 1993, 464 p.



1 C'est une plaine de Bavière, arrosée par le Lech, et dans laquelle Othon 1er remporta sur les Hongrois une bataille décisive le 10 août 955

2 Marchfeld est une plaine de Basse Autriche, à l'Est de Vienne entre le Danube et la March. Plusieurs grandes batailles s'y livrèrent. C'est également un endroit proche de Wagram et d'Essling.

3 Le baroque autrichien : Le mot baroque vient de «  barroco », à savoir la perle irrégulière. Les artistes baroques ignoraient le nom qu'on leur donne aujourd'hui. C'est un art audacieux, surprenant, contrasté et parfois incohérent. Mais il est le reflet des sensibilités et des expressions des périodes de transition, de difficultés internes, des remises en causes des valeurs traditionnelles et des inquiétudes.

Les pays des Habsbourgs, des Alpes jusqu'à la vallée du Danube et au Main, en Souabe, en Bavière, en Saxe, en Autriche, en Bohème, en Hongrie ont constitué un vaste et original secteur baroque. Après la guerre de trente ans et la consolidation de la monarchie Habsbourgeoise, Vienne et Prague deviennent le centre de l'art baroque. C'est à la fois un renouveau religieux et une affirmation politique. L'essentiel se met en place entre 1690 et 1720 et des maîtres, sujet de l'Empereur apparaissent. On peut citer Jean-Baptiste Fischer Von Erlach (1656-1723) et encore De Hildebrandt (1668-1745) et De Prandtauer (1660-1726), ils sont les héritiers des baroques italiens, mais pas des imitateurs et hérissent de dômes le ciel des pays danubiens. Ainsi l'église St Pierre de Vienne, l'abbaye de Melk. Le baroque danubien répond à une représentation perpétuelle, jusque dans les coins les plus reculés la plus petite église, le plus petit château attend une fête imminente. Mais le baroque autrichien ou danubien appartient tellement à la Monarchie qu'il n'est pas sorti des frontières.


4 Eugène de Savoie-Carignan , connu sous le nom de Prince Eugène. Général autrichien (Paris, 1663 — Vienne, 1736).

Fils du comte de Soissons et d'une nièce de Mazarin, Olympe Mancini, il fut élevé à la cour de France, mais, dédaigné par Louis XIV, se mit en 1683 au service de l'Autriche et en dirigea les armées. Ayant vaincu les Turcs à Zenta (1697), il s'illustra durant les guerres de la ligue d'Augsbourg et de la Succession d'Espagne, remportant sur les Français les victoires d'Oudenaarde (1708) et de Malplaquet (1709). Il fut battu à Denain par Villars en 1712, et négocia la paix de Rastatt (1714). Il enleva Belgrade aux Turcs en 1717. Ce grand homme de guerre fut aussi un prince fastueux et un amateur d'art éclairé; il réunit ses collections dans son château du Belvédère, à Vienne.

5 François Deak né le 17 octobre 1803 et décédé en 1873. Il succède à son frère comme député de la Diète hongroise. Il y prit une place importante parmi les Chefs de l'opposition. Il réclamait l'indépendance sous le sceptre des Habsbourg et ne suit pas Kossuth dans le combat contre l'Autriche. Après avoir quitté la vie politique, il revient en 1859 et participe aux discussions qui aboutirent au compromis de 1867.

 

Sur le net.


Autriche

Ambassade d’Autriche en France.

 

http://www.amb-autriche.fr/

 


données de bases : http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/pays/AUT/fr.html


Articles généraux


http://fr.wikipedia.org/wiki/Autriche


www.atlasgeo.net/htmlg/Autriche.htm


http://fr.wikipedia.org/wiki/Autriche-Hongrie


http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/autriche_173/index.html


http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/europe/autricheacc.htm



Les cartes


http://www.lexilogos.com/autriche_carte.htm



L’Autriche face a son passé

Mémoires géographiques : de l'Empire des Habsbourg à un petit Etat de l'Union Européenne

Aperçus de l'Histoire autrichienne : conférence de Jean-Marie Winkler ( Professeur de littérature allemande à l'université de Rouen)

Thomas Bernhard et Place des héros