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LES
SPÉCIFICITÉS
1)
Le livre a le format d'un album ; mais s'agit-il d'un album illustré
ou d'une bande dessinée ?
L'éditeur
est un spécialiste de la BD : Delcourt.
L'album
comporte des bulles, mais pas tout le temps (Par exemple, page
2, on voit des bulles, page 3, il n'y en a pas).
Les
paroles contenues dans les bulles sont accompagnées des
marques du récit (a dit ma petite sur, par exemple)
présentes dans ou hors les bulles.
L'illustration
est parfois contenue dans des "bandes" (cases de la
largeur de la page), mais pas systématiquement et moins
souvent qu'en pleine page (18 sur 33). On remarquera aussi quelques
cases carrées isolées.
2)
L'illustrateur utilise des cadrages très particuliers
page
3 : le cadrage se fait sur le bocal des poissons rouges qui outrepasse
les bords de la page et les visages des deux garçons sont
vus au travers.
pages
12 et 13 : le cadrage évite le visage de la mère,
alors même qu'elle parle (voir Les visages) Est-ce parce
qu'elle est elle-même (comme le père) très
occupée ? Est-ce pour éviter d'avoir à figurer
des traits inutiles à l'histoire (dans la partie supérieure
de la page, on la voit éloignée à gauche,
déformée par le bocal et floue à droite)
? NB : pages 14 et 17, la mère est de dos ! Est-ce pour
centrer l'histoire sur les enfants (le frère et la sur)
?
page
13 et haut page 15 : on ne voit que le haut du visage de la sur
que l'on trouve ligotée (mais on nous la cachait jusque
là !) page 15.
page
16 : la sur est en gros plan dans une attitude particulière
de cri et de dénonciation (bouche grande ouverte, mèche
sur les yeux).
page
18 : la mère de Nathan est elle aussi cadrée sur
le buste sans la tête.
page
20 : on découvre un face à face des deux garçons
après le côte à côte de la page 3.
page
21 : le cadrage choisi ne montre pas que Nathan a été
plaqué au sol par son ami !
page
23 : nouveau gros plan, sur le visage de Nathan cette fois (avec
le père en surimpression).
page
31 : le visage du policier est incomplet.
page
49 : c'est le visage du garçon qui cette fois est incomplet.
Les visages
Observer :
- la façon de représenter les yeux
- la façon de représenter le nez
Comparer avec le visage d'André dans "Andréléphant"
(Jean-Luc Cornette)
page
3 : enchaînement en un seul trait il-nez-bouche pour
le narrateur. Dessin des narines pour Nathan (et cela tout au
long de l'album).
page
6 : visages très sobres de profil (pas de sourcil, pas
de bouche pour le narrateur). Voir aussi les profils page 20.
page
8 : visage de la petite sur.
page
30 : tête de "petite fille innocente". Comparer
avec le visage page 16 quand elle crie.
page
33 : profil complet du majordome (et pourtant c'est un adulte,
on voit tout son visage !)
page
40 : on voit le visage des parents de Patti !
3)
L'illustration comporte de nombreux collages
En
feuilletant l'album, on remarque des pages couleur pleine page,
mais aussi des illustrations sur fond blanc, des illustrations
sans cadre et des illustrations avec cadre, bien souvent des rectangles
sur la largeur de la page occupant la moitié de la page
en hauteur.
Les personnages sont dessinés au crayon noir sur des fonds
peints faits de seule peinture ou de collages. Les poissons tiennent
une place particulière : le bocal avec les poissons est
une photographie parfaitement bien intégrée à
l'ensemble. On suppose donc l'utilisation d'un logiciel de traitement
d'images pour effectuer cet assemblage.
Dessins,
cartes, collages en surimpression : cet album rappelle des carnets
de croquis, des journaux intimes.
Voir :
- Le type / Philippe Barbeau. - L'atelier du poisson soluble,
2000
- Les cartes de ma vie / Sarah Fanelli
4)
Les rapports familiaux
Place
du père et rôle au sein de la famille
L'humanité du père est effacée : dans le
texte (pas de réaction, ne parle pas sauf une phrase à
la fin). Il n'a pas de visage (pas d'identité). Il ressemble
à une marionnette dont on tire les ficelles. Il a peu d'intérêt
(l'intérêt qu'on peut lui porter dure peu puisqu'il
est chaque fois rapidement échangé). On ne ressent
pas de pitié pour lui et pour ce qui lui arrive.
On peut d'ailleurs se demander pourquoi tous ces enfants échangent
l'un de leurs objets contre ce père. Désirent-ils
tous avoir un père ou un autre père ? N'en ont-ils
pas ? La seule famille complète et réjouie que l'on
voit est celle de Patti, à la fin de l'album. Même
la "grand-mère" est là ("la reine
de Mélanésie"). Et pourtant Patti avait échangé
son lapin contre le père-lecteur de journal.
Les paroles du narrateur à la fin de l'album, "c'est
un très bon papa", posent question. Qu'est-ce qu'un
bon papa ? Et alors pourquoi l'ont-ils échangé ?
Voir la valeur relative accordé aux "objets"
dans "Qu'est-ce que tu me donnes en échange ?"
( Elsa Devernois/ Pierre Bouillé. - Nathan, 1998)
Place
de la mère : elle est très occupée, mais
elle a de l'autorité. Par son choix de cadrage, que nous
montre d'elle l'illustrateur ? Les courses, l'attitude corporelle,
etc. De quoi se préoccupe-t-elle ? Regarde-t-elle ses enfants
ou leur répond-elle sans vraiment les regarder ? Voir l'épisode
de son retour des courses où elle ne s'aperçoit
que tard de la position inconfortable de sa fille. Voir la scène
de la lessive à la fin du livre, où tout est passé
à la machine, même la carotte et le journal !
Rapports
frère-sur :
1 - Les rapports entre l'aîné et celle
qui paraît "trop" petite.
Les personnages des deux enfants ne sont pas non plus attirants.
Ils n'inspirent pas de sentiments positifs. Les rapports entre
le frère et la sur n'évoluent pas, contrairement
aux rapports frère /sur dans " Le tunnel ".
La sur sent que l'échange peut poser problème
mais elle ne s'y oppose pas.
- Le tunnel / Anthony Browne. - Kaléidoscope, 2001 (finalement
reconnaissance mutuelle)
- La colline (Les deux enfants partagent les mêmes jeux)
2 - Le caractère des personnages (voir plus
loin).
NB
: Les personnages du narrateur, de la sur, du père
et de la mère n'ont pas de nom alors que les autres personnages
participant aux échanges sont nommés (Nathan, Vashti,
Blinky, Patti).
5)
La construction de l'histoire
Histoire
en forme de randonnée (aspect linéaire) et
en structure de boucle (départ de la maison et retour
à la maison).
Définition :
"Comme son nom lindique, le conte-randonnée
se déroule comme une promenade et le petit héros,
chemin faisant, y fait des rencontres successives. La construction
du récit est simple et linéaire : la route parcourue
en est le fil directeur, tel le sentier sinueux de Roule Galette
qui se dévide comme un long ruban de page en page, jusquau
dénouement. Lenchaînement de ces rencontres
ponctue lhistoire de manière régulière,
répétitive, et la structure de ces randonnées,
dans sa simplicité épurée, semble se suffire
à elle-même. " Marie-Claire Bruley
http://www.crdp.ac-creteil.fr/telemaque/document/revues-didier2003janv.pdf
"Une
randonnée est un conte énumératif, court,
avec un enchaînement de situations, d'éléments
ou de personnages qui se répètent jusqu'au dénouement.
Ces textes destinés aux plus jeunes rassurent par leur
ordonnancement régulier et contribuent à structurer
l'enfant dans son rapport au monde.
La construction de ces randonnées peut adopter plusieurs
formes :
Enumération : la forme la plus simple, très linéaire
; une liste : a puis b puis c
Par exemple les jours de
la semaine
Elimination : un groupe qui perd ses membres un à un
Remplacement : a qui laisse la place à b qui laisse la
place à c
Accumulation : a, puis a+b, puis a+b+c
/ Accumulation par
l'image : l'image accumule tous les éléments sans
que le texte ne les reprenne systématiquement.
Emboîtement : poupées gigognes (par exemple une chaîne
alimentaire)
Toboggan : une situation mise en place par accumulation, emboîtement
ou remplacement puis déroulée dans un sens inverse."
http://www.croqulivre.asso.fr/selection/randonnees.htm
Exemples
de contes-randonnées basés sur le remplacement :
Edouard l'émeu / S. Knowles ; R. Clement. - Kaléidoscope
J'en ai marre d'être un hippopotame / P. Cornuel.
- Grasset
Plouf / P. Corentin. - L'école des loisirs
Le voyage de Léna / Guire. - L'école des
loisirs
La course / Michel Gay. - L'école des loisirs
La randonnée est de plus en plus longue : un plan devient
nécessaire pour aller chez le dernier échangeur.
(Cf. Poussin noir / Rascal. - Pastel). L'intérêt
ou désintérêt pour ce père est renforcé,
on en veut d'abord, puis on se le repasse, on s'en débarrasse.
6)
L'utilisation de la langue
Même
si le texte est une narration, il est très proche du récit
parlé :
- la syntaxe des verbes de parole rappelle le style de récit
que produit un enfant qui rapporte des faits : "j'ai dit",
"elle a dit" au lieu de "ai-je dit", "a-t-elle
dit", etc.
" Je te les échange ", j'ai dit.
" Où habite Blinky ? " j'ai demandé à
Vashti.
" Bon ", j'ai dit quand j'ai eu fini, " où
est mon père ? "
-
la fréquence de ces verbes de paroles :
Elle a appelé Nathan.
[ Tiens, tes poissons rouges. (j'ai dit) ]
[ Merci (a dit Nathan) ]
[ Tu peux me rendre mon père maintenant ? ]
[ Heu (a dit Nathan). Oui et non. ]
[ Ho ho. ] a dit ma petite sur.
[
Ça veut dire quoi ? ] j'ai demandé.
[ Suis-moi. ] a dit Nathan.
-
la syntaxe de la forme négative, dans le récit:
"C'est pas juste. "
-
la brièveté des phrases qui se juxtaposent :
"Il portait un bocal en verre. Il y avait quelque chose
dans le bocal."
- la longueur des phrases qui sont souvent des phrases à
rallonge
"Je lui ai montré mon vieux vaisseau spatial qui
ne flotte plus dans le bain et la marionnette avec les fils emmêlés
et même Clowney mon clown qui dort avec moi."
"Il y a des gens qui ont des idées géniales
peut-être une ou deux fois dans leur vie, et alors ils découvrent
le feu ou l'électricité ou l'espace ou je ne sais
quoi. "
"Quand on est rentrés, ma mère a dit des trucs
comme " Mais regardez dans quel état il est. "
et elle l'a envoyé prendre un bain et elle a mis toutes
ses affaires dans la machine à laver."
7)
Un humour grinçant
Récit
surréaliste, parti pris de l'absurde, qui crée un
humour grinçant du fait de "l'objet" échangé,
le père !
" absurde " : ce qui est contraire au bon sens,
aberration.
Ce
qui relève de l'absurde :
* Échanger son père contre deux poissons rouges.
* Placer le père et les poissons rouges sur un même
plan :
" C'est pas juste " a dit Nathan. " J'ai deux poissons
rouges et tu n'as qu'un père. "
* Le comportement de la mère :
- Elle détache la petite sur et retire la chaussette
de sa bouche comme si c'était quelque
chose de normal. Elle n'a pas de réaction par rapport à
cette situation.
- Elle lui dit de ne pas parler la bouche pleine comme si elle
ne voyait pas qu'elle est
attachée et qu'elle a une chaussette dans la bouche.
- Elle envoie son fils rendre les poissons rouges et récupérer
le père comme si c'était quelque chose d'anodin.
- Elle parle du père comme de quelqu'un d'irresponsable
:
" Mais regardez dans quel état il est. "
- Elle l'envoie prendre un bain comme s'il s'agissait d'un gamin.
- Elle lave le journal et la carotte dans la machine à
laver.
* La docilité du père. Il n'a aucune réaction.
Il est passif. Il se laisse emmener sans rien dire
d'une maison à une autre comme un objet. Il se laisse faire.
* Son fils lui parle comme à un irresponsable : "
Allez, viens papa. "
* Le père est mis dans un enclos grillagé. Il mange
une carotte et sort à quatre pattes.
* La reine de Mélanésie.
LES
PAGES D'ENTREE DANS L'ALBUM
LE
PARATEXTE
La première de couverture présente une particularité
: c'est l'image qui est au centre, le titre, lui est sur le côté
et n'est pas lisible d'emblée.
L'image rappelle celles de Magritte : composition d'un personnage
masculin portant costume et chapeau melon, mais dont le visage
est remplacé par un bocal de poissons rouges.
Le titre est tapé dans une police de type machine à
écrire ancienne avec mélange de minuscules et de
majuscules, avec irrégularité des interlignes et
irrégularité dans l'alignement des lettres. En outre
ce titre typographié se superpose à l'inscription
manuscrite du même titre, sauf le mot PERE. Ce mot tient
une place particulière du fait de sa grande lisibilité
due à sa grosseur et à cette non superposition avec
d'autres graphismes.
La première de couverture semble être un montage
de photographies sur fond de peinture.
Les
premières pages de garde
C'est une image composite : on remarque des poissons rouges tournant
dans un univers sphérique non clairement défini.
On remarque une couronne de carottes réparties comme des
rayons solaires et de ce fait, on remarque le bleu sur la page
de gauche, tel un ciel nocturne et on se demande s'il ne faut
pas faire pivoter l'album pour apprécier l'image. On découvre
alors des reliefs terrestres, mais aussi un fragment de texte
manuscrit collé. On voit encore très vite une superposition
de feuilles peintes, sur le côté droit. On a donc
affaire à un montage de photographies et de collages peints.
Les
secondes pages de garde
Elles portent les mentions de l'éditeur en bas de la page
de droite. On repère à nouveau des fragments, fragments
de journaux (dont un daté de juillet 1996) et des dessins
au feutre noir fin ou à l'encre qui représentent
des maisons, une voiture, des arbres, une rivière et un
étang clôturé dans lequel figure un poisson
rouge, occupant toute la place.
La
page de rappel de titre
De manière très inhabituelle, elle est sur la page
de gauche ! Sur de nouveaux collages de journaux peints. Le titre
est cette fois sur deux lignes, plus clairement identifiable,
mais contenant là encore des irrégularités
de police et des superpositions de lettres. On a pu remarqué
à la page précédente que la tâche de
lettrage a été confié à un troisième
co-auteur : Nogar.
NB : toutes ces pages sont de pleines pages couleur.
La
quatrième de couverture
Que voit-on ? Une nouvelle photographie de composition artistique
avec une carotte qui semble plus vraie que nature et qui simule
sans aucun doute un nez au milieu d'une masse carré qui
représente sans doute un visage. Cette carotte est dans
la suite de l'histoire qui vient de se terminer par l'image du
père dans un clapier, revenu à la maison avec sa
carotte grignotée. De part et d'autre, en haut et en bas,
figure un extrait de texte, citation exacte au début et
condensé dans les deux dernières phrases.
Des
dessins proches d'ombres, mais jaunes, sont répartis dans
la page. Ils représentent différents objets plus
ou moins identifiables : une planète, un visage, un instrument
de mesure, etc. Quel est leur rôle ? La question semble
très ouverte.
LE
TEXTE
Rappel
: pour ce travail, la page du début du texte est numérotée
1.
1
- Le rôle de la première phrase et l'installation
de la situation
Page
1 :
"Un jour, ma mère est sortie en me laissant seul
avec ma petite sur et mon père."
Cette première phrase en rappelle d'autres, issues d'ouvrages
de genres différents :
- Les passants de Noël, Jo Hoestland (roman)
- La colline. - La joie de lire (bande dessinée)
- Radio maman, Anne Fine. - L'école des loisirs
Cette première phrase dans laquelle la mère s'en
va met les enfants dans une situation particulière, situation
de non contrôle propice à des évènements
inhabituels.
Le texte se termine souvent par le retour de la mère. L'expérience
littéraire des élèves peut les conduire à
rechercher d'emblée si tel va être la cas. En fait,
la mère revient assez vite provoquant la deuxième
partie de l'histoire, la randonnée nécessaire pour
récupérer le père.
On
peut noter un début d'histoire avec un narrateur "je"
dont on ne connaît pas le nom, mais que l'on comprend être
un garçon par le masculin de "seul" et par l'illustration
de la page 2.
"Mon
père lisait le journal assis devant la télévision.
Il ne fait pas attention à grand-chose quand il lit son
journal."
Si la mère est sortie, le père est là, sans
qu'on le voie : il lit le journal, jambes croisées et son
visage est caché. Á noter qu'un poisson stylisé
figure dans le décor.
Page
2 :
"Ma petite sur et moi on a joué dans le jardin.
Ma sur jouait avec sa Barbie ;
et je jouais à verser de la boue dans le cou de ma sur.
Mon copain Nathan est arrivé."
Les personnages sont rapidement campés, y compris
dans leurs caractéristiques : la petite sur et sa
poupée, le grand frère désagréable
avec sa petite sur !
Ce type de relation rappelle l'album d'Anthony Browne "Le
tunnel" (Kaléidoscope). Définir le caractère
du garçon.
Ces caractéristiques se confirment quelques pages plus
loin, la petite sur "traîne derrière"
(comme une petite soeur encombrante) et le garçon semble
avoir un comportement peu reposant : "mon siffet dont maman
dit qu'il lui donne la migraine quand je siffle dedans",
il propose un vaisseau spatial devenu inutile pour lui, une marionnette
aux fils emmêlés.
Page 15, ce garçon-narrateur semble avoir ligoté
et baillonné sa petite sur !
Page 21, il a plaqué Nathan au sol : l'action n'est pas
présentée explicitement, mais Nathan est hors cadre
et se plaint d'être écrasé ! On ne voit que
ses mains et un morceau de ses jambes à l'horizontal.
Page 13, la sur n'est pas des plus agréables : elle
dénonce très vite, et page 24, elle n'est pas tendre
dans les échanges :
[ Je pourrais être une star de rock'n'roll ! ] j'ai dit
à ma petite sur.
[ Tu pourrais être un imbécile. ] m'a dit ma petite
sur.
Pages 28-29, le comportement du frère et de la sur,
lorsqu'ils ont récupéré un masque de gorille,
n'est pas très sympathique : lui se fait moqueur puis effrayant,
elle, une nouvelle fois dénonce son frère et cette
fois à un policier.
À la fin de l'album, le frère est présenté
comme une grande ombre menaçante pour sa sur (valeur
des couleurs noires et rouges, voir les albums de Rascal "Poussin
noir" et "Ami-Ami"). Un sentiment de
cruauté se dégage de ces attitudes.
2
- La place du texte dans la page
Le texte est réparti dans la page, y compris sur la couleur.
On remarque très vite de nombreuses bulles, rappelant la
bande dessinée, mais aussi en décalage : en effet,
les indications de personnages sont incluses dans les bulles ou
les accompagnent, alors que dans les bandes dessinées habituelles,
elles n'existent pas !
Exemple (les crochets simulent les bulles) :
["Qu'est-ce que c'est ?" (j'ai dit.)]
["Deux poissons rouges", il a dit. "Ils s'appellent
Gaspard et Oscar. Ils sont chouettes, non ?"]
Sur la page suivante - page 3 - , il n'y a pas de bulle ! Il faut
dire que cette page est composée d'une manière particulière.
Comment la comprendre ? On voit la tête des deux garçons
penchés vers le bocal de poissons rouges, bocal dont on
ne perçoit pas immédiatement les contours. Les poissons
sont au premier plan. On voit donc les deux têtes au travers
du bocal.
Les paroles échangées le sont entre les deux garçons
et elles sont graphiquement placées entre les deux. Il
s'agit d'un moment stratégique, la proposition d'échange.
Ces paroles ainsi placées sont comme dites à mi-voix,
dans une recherche de connivence.
LES
COMPÉTENCES EN JEU
-
Avoir compris que le sens d'une uvre littéraire n'est
pas immédiatement accessible.
Au-delà de l'histoire, quelle est l'intention de l'auteur
par rapport à ses lecteurs ? La place des parents dans
la famille, leur démission dans l'éducation de leurs
enfants, la conscience qu'ont les enfants de leurs parents (en
considérant tous les enfants de l'album) ?
Pistes :
- Mesurer la distance entre première approche du texte
et interprétation après un travail approfondi. Conserver
les premières réactions à chaud, les confronter
avec ce qui est progressivement découvert et pris en compte.
- Noter ce qui est n'avait pas été perçu
d'emblée (il est important de l'afficher pour que les lecteurs
ne considèrent pas ces phénomènes comme de
l'incompétence) :
Par exemple : que le narrateur avait plaqué au sol son
copain Nathan, qu'il avait ligoté sa petite sur.
Que l'auteur a choisi de donner une image du père, mais
aussi de la mère. Qu'il a choisi de montrer le caractère
particulier du narrateur, mais aussi celui de sa sur.
- Partager sa culture littéraire avec les autres et,
à travers elle, échanger sur les valeurs morales
(positionnement de l'auteur par rapport à telle ou telle
question morale, individuelle ou sociale).
Le rapport des enfants et des parents : caricature, effet humoristique.
Piste : participer à un débat sur la situation proposée
par les auteurs et son lien avec la réalité de la
vie.
- Partager sa culture littéraire avec les autres et,
à travers elle, échanger sur les valeurs esthétiques
(style de l'uvre).
Les collages, les cadrages, la couleur, l'écart ou la proximité
de la bande dessinée.
Pistes :
- Faire part de ses découvertes, des pages qui attirent
l'attention et pourquoi.
- Faire part des effets ressentis.
- Comparer avec un autre album des deux mêmes auteurs :
"Les loups dans les murs".
- Mettre en relation les informations pour se donner une représentation
du texte.
Pour construire le caractère du narrateur et de sa sur,
par exemple.
Pour s'interroger sur l'acceptation de l'échange par tous
les enfants successivement.
- Comprendre les relations existant entre les personnages.
Entre les membres de la famille, notamment.
- Comprendre la situation d'énonciation, ses enjeux,
sa dynamique (qui parle, à qui, quand et où, pour
quoi faire ?)
Le prénom du garçon-narrateur n'est jamais cité,
c'est lui qui conduit tout le récit. Il précise
toujours qui parle. Ce qui ne serait pas le cas dans d'autres
textes.
Pistes :
- réécrire un passage en supprimant les données
inutiles, ou en reformulant, en utilisant des substituts.
- réécrire l'histoire de façon plus brève
du point de vue de la petite sur (en tenant compte de leurs
relations et de son caractère).
- Être capable, chaque fois qu'on lit, de retrouver les
résonances qui relient les uvres entre elles (par
le biais d'un personnage, d'une situation narrative, d'une appartenance
à un genre
)
Rapprocher cet album de contes de randonnées.
Rapprocher cet album d'un journal intime comme "Le type"
de Philippe Barbeau.
Rapprocher cet album des romans d'Anne Fine qui porte un regard
critique sur les adultes qui n'ont pas suffisamment de considération
pour les enfants '"Un ange à la récré",
"Ma mère est impossible", "Bébés
de farine".
Rapprocher cet album de celui d'Anthony Browne "Une histoire
à quatre voix" dans lequel les relations entre parents
et enfants sont particulières à leur manière.
- Apprendre à interpréter l'écart entre
le déroulement chronologique des événements
(les faits) et le temps du récit (la narration) qui joue
des changements de rythme, des variations sur les durées,
des retours en arrière, des accélérations,
des ellipses narratives
La recherche du père, d'une famille à l'autre, est
longue, d'autant plus que les maisons sont de plus en plus éloignées.
Le retour à la maison est, lui, occulté. C'est une
ellipse narrative. Quel intérêt aurait eu cette narration
?
- Mettre en évidence comment les choix iconographiques
influent sur le sens du texte, comment l'image, tout autant que
le texte, mais par d'autres codes et effets, participe au travail
d'élaboration de la signification.
- Les choix de cadrages, par exemple. Les positions de la mère
(de dos) et du père (toujours derrière son journal).
Piste : proposer à des élèves de lire
le texte sans avoir vu les illustrations. Quelle image se font-ils
des personnages ?
- Observer ce qui est cohérent, convergent : le caractère
de la sur et le gros plan qui en est proposé, le
caractère du frère et l'image qui en est proposée
à la fin.
Proposition
d'un DISPOSITIF DE LECTURE
1
- Soulever le problème du genre : présenter
l'ensemble des livres du défi et demander aux élèves
d'en repérer les genres.
Ce livre sera immédiatement classé dans le support
album, mais album de bande dessinée (présence de
bulles) ou pas (faible fréquence de cases et illustrations
pleines pages) ? Une question à retenir pour tenter d'y
répondre après une séquence de travail.
2
- Attirer l'attention sur des particularités de l'image
: même si le livre a déjà été
manipulé en 1., il ne l'a pas été dans le
détail : présenter le texte seul, pour que les élèves
découvrent l'histoire racontée et que dans un deuxième
temps, leur attention soit centrée sur l'image.
Noter leurs réactions lors de la lecture du texte : identifier
le narrateur, les personnages pricipaux ; reformuler l'histoire
; noter les surprises, les adhésions ou rejet, les incompréhensions,
les appréciations, les rapprochements avec d'autres textes
connus, etc..
Noter les réactions des élèves lors de la
découverte des illustrations : ce à quoi on ne s'attendait
pas (la présence de photographies, les collages, les superpositions,
le gros plan sur la sur, le cadrage sur le buste de la mère,
la position constante du père, la tête de la "reine
de Mélanésie", etc.).
3
- Première analyse des personnages, et approfondissement
du rapport texte-image : étude approfondie d'un extrait
: le retour de la mère
- L'effet des cadrages (à maintenir en suspens pour une
analyse complète du comportement de la mère, plus
tard ; par contre, repérer ce que cache le cadrage de la
sur en liaison avec le texte)
- Les relations frère-sur : première analyse,
la prolonger par une investigation des élèves dans
l'ensemble de l'album (relecture intégrale).
- Démarche de lecture : avait-on compris d'emblée
ce passage ? Comment l'illustrateur maintient-il le suspense ?
Importance de la relecture. Rechercher dans les pages précédentes
un effet du même type, un implicite sur le comportement
du frère que le texte révèle par un mot,
et l'image discrètement par un cadrage qui ne montre pas
en pleine page que Nathan s'est fait plaquer au sol.
4
- Les relations frère-sur : débat
avec mise en commun et justification dans le texte.
5
- Le sujet de l'histoire : échanger son père
! Débat : repérer le "problème",
interpréter, écouter l'avis des autres.
Se centrer sur ce qu'a fait le narrateur, mais aussi sur ce qu'ont
fait les autres enfants. S'interroger sur le pourquoi, sur le
comportement du père et de la mère, sur les attentes
des enfants.
C'est un texte qui nécessite une mise à distance
(le message ne doit pas être reçu au premier degré),
qui questionne :
· La démission des parents dans l'éducation.
· Le rôle du dialogue parents / enfants.
Si l'auteur avait choisi un jouet à échanger contre
les poissons rouges, le texte produirait-il le même effet
? Pourquoi ?
6 - La construction de l'histoire
7
- Le genre : album illustré ou bande dessinée
? Faut-il choisir ? Principe littéraire : la singularité,
il est donc possible de s'écarter d'un genre ou d'en mélanger
plusieurs.
Voir l'album "Vague" d'Anne Herbauts : est-ce une bande
dessinée ou un texte poétique ?
INFORMATIONS SUR L'AUTEUR, sur Internet
L'auteur est d'origine britannique, ce qui se repère vite
dans le choix des noms de personnages.
Animation,
écoute d'un extrait lu par Neil Gaiman.
http://www.mousecircus.com/goldfish/flash/goldfish.html
Biographie de Neil Gaiman :
http://www.cafardcosmique.com/auteur/gaiman.html
http://www.editions-delcourt.fr/auteur.php?id=207
Photos
:
http://gaiman.canalblog.com/
AUTRES LIVRES POUR ENFANTS
Coraline. - Albin Michel, 2003
Coraline vient d'emménager dans une étrange maison
et, comme ses parents n'ont pas le temps de s'occuper d'elle,
elle décide de jouer les exploratrices. Ouvrant une porte
condamnée, elle pénètre dans un appartement
identique au sien. Identique, et pourtant ... Dans la droite ligne
d'Alice au Pays des Merveilles, ce roman magnifique séduira
tous les publics. Neil Galman est un maître incontesté
de la nouvelle vague fantastique. Auteur d'une série culte
de comics, The Sandman, mais aussi scénariste et romancier,
il vient de recevoir le prix Hugo de la fantasy pour American
Gods.
Cote : R GAI c à la bibliothèque de Charleville-Mézières
Des
loups dans les murs. - Delcourt, 2003
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