Le petit roi

Anne-Marie Lévêque
Isabelle Simon

Le Rouergue - 2005

 
   

Le texte : il s'agit d'un texte en randonnée par accumulation. On trouvera ce procédé dans des albums d'Eric Carle, dans le livre de Patrice Favaro " Maman me fait une toit ", dans celui de Christain Bruel et Nicole Claveloux " Alboum ".

L'illustration nous propose une narration à la fois parallèle et complémentaire au texte. Il s'agit de petits personnages modelés, mis en scène et photographiés selon différents points de vue.

La couverture et la quatrième : dans ce cas précis, une entrée dans le livre par la couverture et la quatrième peut être intéressante.
Le titre formé de lettres colorées en capitales, telles des lettres magnétiques des jeux d'enfants, situe le récit dans l'enfance et le jeu. Les illustrations renforcent cette idée et situent l'histoire entre six mois et six ans. Un dessin d'enfant représentant un petit roi rappelle le titre et invite à émettre des hypothèses, ainsi que la couronne posée sur un coussin au centre de la quatrième de couverture. " On dirait que… "

Le début de l'histoire : il semble confirmé l'univers enfantin du jeu et l'entrée dans un conte : lettres colorées sur une double page qui ne respectent pas le sens conventionnel de l'écriture (" Il " en majuscule, " fois " en fin de ligne pour une invitation à tourner la page), et utilisation d'une expression de début de conte " Il était une fois ".

Le texte : il se construit progressivement par l'ajout à chaque page d'un groupe de mots. Le texte augmente donc progressivement mais chaque morceau de texte pourrait se suffire à lui même. C'est une construction à partir d'une phrase noyau. Le lexique est enfantin. Chaque page se termine par des points de suspension nous invitant à poursuivre la lecture. Le texte est à gauche en bas de page, chaque groupe ajouté est écrit en orange au moment de sa première apparition. La quantité de texte augmente au fil des pages. Aussitôt la première phrase, l'illustration occupe une double page sans texte.

" Il était une fois un petit roi… " : le texte annonce un petit roi mais l'illustration montre un enfant de dos sans couronne dans un gros plan serré sur la tête et les épaules. Le fond est noir pour laisser la première place au personnage avec ses cheveux blonds. S'agit-il du petit roi ? Qu'aperçoit-on ? Pourquoi n'a-t-il pas de couronne ?

" Il était une fois un petit roi qui s'appelait Moi… " : remarquer la majuscule " Moi " qui fait de ce mot un nom propre. Le personnage apparaît dans un même plan mais de face, on découvre une enfant qui tient un canard et qui regarde le lecteur. On notera également le " qui " ; connecteur permettant l'existence de ce nouveau groupe de mots.

" Il était une fois un petit roi qui s'appelait Moi et qui s'embêtait… " : contradiction texte et image, le texte parle d'ennui mais l'image montre l'enfant dans un plan plus large entouré de jeux. On peut imaginer l'enfant dans sa chambre ou dans une pièce propice aux jeux. Ce nouveau groupe de mots est introduit par " et qui ". Comment peut-on s'embêter lorsqu'on est entouré de jeux ?

" Il était une fois un petit roi qui s'appelait Moi et qui s'embêtait parce qu'il était tout seul… " : l'image se resserre à nouveau sur l'enfant que l'on retrouve seul (avec son canard, un doudou peut-être ?). Il ne regarde plus le lecteur, il est seul sur la page et " seul " dans le texte. " Parce que " permet de relier ce groupe de mots avec le début de la phrase.

" Il était une fois un petit roi qui s'appelait Moi et qui s'embêtait parce qu'il était tout seul, perdu dans une foule… " : texte et image se complètent, la foule (pour l'enfant) est constituée d'autres enfants qui se trouvent dans la même pièce que lui, nous sommes dans un plan plus large qui montre une partie d'une pièce, on peut mieux situer l'action. Il faut mettre en parallèle la solitude et la foule, malgré le nombre chaque enfant semble être seul. On pourra caractériser chaque personnage en vue de les retrouver ultérieurement. C'est une virgule qui relie ce nouveau groupe de mots avec la proposition précédente.

" Il était une fois un petit roi qui s'appelait Moi et qui s'embêtait parce qu'il était tout seul, perdu dans une foule d'autres petits rois… " : passage dans le texte et dans l'image d' " un petit roi " à " d'autres petits rois ", passage du singulier au pluriel. Le petit roi du début de l'histoire disparaît de l'illustration.

" Il était une fois un petit roi qui s'appelait Moi et qui s'embêtait parce qu'il était tout seul, perdu dans une foule d'autres petits rois qui s'appelaient tous Moi… " : il faut remarquer la nouvelle proposition introduite par " qui ", le pluriel du verbe " appelaient ", utilisé auparavant au singulier. On pourra mettre en parallèle : " un petit roi qui s'appelait Moi " / " d'autres petits rois qui s'appelaient tous Moi ".
A noter la singularité de chacun, tous uniques mais différents. L'illustration donne à voir deux nouveaux personnages que l'on imagine très bien dans la même pièce, les regards sont tournés vers le lecteur. Se peut-il qu'ils s'embêtent également ? Les points de suspension peuvent nous laisser penser que la phrase n'est pas terminée (voir les constructions précédentes).

Double page d'illustration : gros plan sur deux autres personnages, d'âge différents mais quand même des petits rois et des " Moi ". Si on avait pu penser se trouver dans une école, cette hypothèse peut être remise en cause du fait de la présence du bébé. On retrouve le dessin du petit roi de la couverture. L'un des personnages a peut-être un regard vers l'autre. La narration est dans l'illustration.

" Il était une fois un petit roi qui s'appelait Moi et qui s'embêtait parce qu'il était tout seul, perdu dans une foule d'autres petits rois qui s'appelaient tous Moi. Comme lui !" : Un nouveau personnage nous regarde et semble nous faire signe, il se fait reconnaître comme individu particulier parmi les autres. C'est une deuxième phrase qui permet de passer de " moi " à " lui ", les trois points de suspension du texte précédent convoquaient la narration de l'illustration.

" Il était une fois un petit roi qui s'appelait Moi et qui s'embêtait parce qu'il était tout seul, perdu dans une foule d'autres petits rois qui s'appelaient tous Moi. Comme lui ! Et ce n'était vraiment pas drôle…" : Texte et illustration nous replongent dans l'isolement, la solitude. Bien qu'un enfant joue sur un cube, il est seul, on ne voit pas son regard, les fenêtres sont noires mais on aperçoit une photo (réelle) d'un visage d'enfant.
" Il était une fois un petit roi qui s'appelait Moi et qui s'embêtait parce qu'il était tout seul, perdu dans une foule d'autres petits rois qui s'appelaient tous Moi. Comme lui ! Et ce n'était vraiment pas drôle car tous les petits rois criaient…" : au niveau du texte, il s'agit d'un début d'explication introduit par " car ". L'illustration propose dix visages dans des cases, des visages déjà rencontrés et d'autres nouveaux qui nous font dire que nous n'avions pas encore vu toute la foule ni l'ensemble de la pièce. Le petit roi du début de l'histoire est au centre (toujours avec son canard), tous les personnages sont dans des cases bien différenciées avec des attitudes très différentes (droit à la différence dans le fond et dans la forme), la personnalité de chacun se dégage de chaque vignette.

" MOI, MOI,… " : Double page de " Moi ", de différentes tailles et de différentes couleurs sans être enfermés dans des cases.

Double page d'illustration : Tous les personnages déjà rencontrés sont présents plus un : "l'enfant lecteur" (qui n'est sûrement pas seul). Les illustrations de l'album sont des zooms de cette page.
On peut imaginer qu'il s'agissait du premier jour de vie en collectivité pour cet enfant qui découvre d'autres Moi et d'autres rois.