Le texte : il s'agit d'un texte en randonnée par accumulation.
On trouvera ce procédé dans des albums d'Eric
Carle, dans le livre de Patrice Favaro " Maman me fait
une toit ", dans celui de Christain Bruel et Nicole Claveloux
" Alboum ".
L'illustration nous propose une narration à la fois parallèle
et complémentaire au texte. Il s'agit de petits personnages
modelés, mis en scène et photographiés
selon différents points de vue.
La couverture et la quatrième : dans ce cas précis,
une entrée dans le livre par la couverture et la quatrième
peut être intéressante.
Le titre formé de lettres colorées en capitales,
telles des lettres magnétiques des jeux d'enfants, situe
le récit dans l'enfance et le jeu. Les illustrations
renforcent cette idée et situent l'histoire entre six
mois et six ans. Un dessin d'enfant représentant un petit
roi rappelle le titre et invite à émettre des
hypothèses, ainsi que la couronne posée sur un
coussin au centre de la quatrième de couverture. "
On dirait que
"
Le début de l'histoire : il semble confirmé l'univers
enfantin du jeu et l'entrée dans un conte : lettres colorées
sur une double page qui ne respectent pas le sens conventionnel
de l'écriture (" Il " en majuscule, "
fois " en fin de ligne pour une invitation à tourner
la page), et utilisation d'une expression de début de
conte " Il était une fois ".
Le texte : il se construit progressivement par l'ajout à
chaque page d'un groupe de mots. Le texte augmente donc progressivement
mais chaque morceau de texte pourrait se suffire à lui
même. C'est une construction à partir d'une phrase
noyau. Le lexique est enfantin. Chaque page se termine par des
points de suspension nous invitant à poursuivre la lecture.
Le texte est à gauche en bas de page, chaque groupe ajouté
est écrit en orange au moment de sa première apparition.
La quantité de texte augmente au fil des pages. Aussitôt
la première phrase, l'illustration occupe une double
page sans texte.
"
Il était une fois un petit roi
" : le texte
annonce un petit roi mais l'illustration montre un enfant de
dos sans couronne dans un gros plan serré sur la tête
et les épaules. Le fond est noir pour laisser la première
place au personnage avec ses cheveux blonds. S'agit-il du petit
roi ? Qu'aperçoit-on ? Pourquoi n'a-t-il pas de couronne
?
"
Il était une fois un petit roi qui s'appelait Moi
" : remarquer la majuscule " Moi " qui fait de
ce mot un nom propre. Le personnage apparaît dans un même
plan mais de face, on découvre une enfant qui tient un
canard et qui regarde le lecteur. On notera également
le " qui " ; connecteur permettant l'existence de
ce nouveau groupe de mots.
"
Il était une fois un petit roi qui s'appelait Moi et
qui s'embêtait
" : contradiction texte et image,
le texte parle d'ennui mais l'image montre l'enfant dans un
plan plus large entouré de jeux. On peut imaginer l'enfant
dans sa chambre ou dans une pièce propice aux jeux. Ce
nouveau groupe de mots est introduit par " et qui ".
Comment peut-on s'embêter lorsqu'on est entouré
de jeux ?
"
Il était une fois un petit roi qui s'appelait Moi et
qui s'embêtait parce qu'il était tout seul
" : l'image se resserre à nouveau sur l'enfant que
l'on retrouve seul (avec son canard, un doudou peut-être
?). Il ne regarde plus le lecteur, il est seul sur la page et
" seul " dans le texte. " Parce que " permet
de relier ce groupe de mots avec le début de la phrase.
"
Il était une fois un petit roi qui s'appelait Moi et
qui s'embêtait parce qu'il était tout seul, perdu
dans une foule
" : texte et image se complètent,
la foule (pour l'enfant) est constituée d'autres enfants
qui se trouvent dans la même pièce que lui, nous
sommes dans un plan plus large qui montre une partie d'une pièce,
on peut mieux situer l'action. Il faut mettre en parallèle
la solitude et la foule, malgré le nombre chaque enfant
semble être seul. On pourra caractériser chaque
personnage en vue de les retrouver ultérieurement. C'est
une virgule qui relie ce nouveau groupe de mots avec la proposition
précédente.
"
Il était une fois un petit roi qui s'appelait Moi et
qui s'embêtait parce qu'il était tout seul, perdu
dans une foule d'autres petits rois
" : passage dans
le texte et dans l'image d' " un petit roi " à
" d'autres petits rois ", passage du singulier au
pluriel. Le petit roi du début de l'histoire disparaît
de l'illustration.
"
Il était une fois un petit roi qui s'appelait Moi et
qui s'embêtait parce qu'il était tout seul, perdu
dans une foule d'autres petits rois qui s'appelaient tous Moi
" : il faut remarquer la nouvelle proposition introduite
par " qui ", le pluriel du verbe " appelaient
", utilisé auparavant au singulier. On pourra mettre
en parallèle : " un petit roi qui s'appelait Moi
" / " d'autres petits rois qui s'appelaient tous Moi
".
A noter la singularité de chacun, tous uniques mais différents.
L'illustration donne à voir deux nouveaux personnages
que l'on imagine très bien dans la même pièce,
les regards sont tournés vers le lecteur. Se peut-il
qu'ils s'embêtent également ? Les points de suspension
peuvent nous laisser penser que la phrase n'est pas terminée
(voir les constructions précédentes).
Double
page d'illustration : gros plan sur deux autres personnages,
d'âge différents mais quand même des petits
rois et des " Moi ". Si on avait pu penser se trouver
dans une école, cette hypothèse peut être
remise en cause du fait de la présence du bébé.
On retrouve le dessin du petit roi de la couverture. L'un des
personnages a peut-être un regard vers l'autre. La narration
est dans l'illustration.
"
Il était une fois un petit roi qui s'appelait Moi et
qui s'embêtait parce qu'il était tout seul, perdu
dans une foule d'autres petits rois qui s'appelaient tous Moi.
Comme lui !" : Un nouveau personnage nous regarde et semble
nous faire signe, il se fait reconnaître comme individu
particulier parmi les autres. C'est une deuxième phrase
qui permet de passer de " moi " à " lui
", les trois points de suspension du texte précédent
convoquaient la narration de l'illustration.
"
Il était une fois un petit roi qui s'appelait Moi et
qui s'embêtait parce qu'il était tout seul, perdu
dans une foule d'autres petits rois qui s'appelaient tous Moi.
Comme lui ! Et ce n'était vraiment pas drôle
"
: Texte et illustration nous replongent dans l'isolement, la
solitude. Bien qu'un enfant joue sur un cube, il est seul, on
ne voit pas son regard, les fenêtres sont noires mais
on aperçoit une photo (réelle) d'un visage d'enfant.
" Il était une fois un petit roi qui s'appelait
Moi et qui s'embêtait parce qu'il était tout seul,
perdu dans une foule d'autres petits rois qui s'appelaient tous
Moi. Comme lui ! Et ce n'était vraiment pas drôle
car tous les petits rois criaient
" : au niveau du
texte, il s'agit d'un début d'explication introduit par
" car ". L'illustration propose dix visages dans des
cases, des visages déjà rencontrés et d'autres
nouveaux qui nous font dire que nous n'avions pas encore vu
toute la foule ni l'ensemble de la pièce. Le petit roi
du début de l'histoire est au centre (toujours avec son
canard), tous les personnages sont dans des cases bien différenciées
avec des attitudes très différentes (droit à
la différence dans le fond et dans la forme), la personnalité
de chacun se dégage de chaque vignette.
"
MOI, MOI,
" : Double page de " Moi ", de
différentes tailles et de différentes couleurs
sans être enfermés dans des cases.
Double
page d'illustration : Tous les personnages déjà
rencontrés sont présents plus un : "l'enfant
lecteur" (qui n'est sûrement pas seul). Les illustrations
de l'album sont des zooms de cette page.
On peut imaginer qu'il s'agissait du premier jour de vie en
collectivité pour cet enfant qui découvre d'autres
Moi et d'autres rois.