Le château de La Berlière

Agréablement situé au creux d'une vallée humide de l'Argonne, le château a fort heureusement échappé en mai 1940 à la destruction quasi générale du village.
Précédé d'un parterre à la française, encadré de tilleuls et agrémenté de buis taillés, c'est un édifice d'agréable dimension, plus proche des folies du XVIII ème siècle que des véritables demeures seigneuriales. Double en profondeur, il se limite en élévation à un rez-de-chaussée nettement surélevé et à un étage ménagé sous un ample comble à la Mansart.
La façade principale développe cinq travées, ordonnées à partir d'un étroit avant-corps souligné par un perron à double volée, des pilastres plats et un fronton triangulaire. Très classique, ce pavillon ne doit à l'Ardenne que la couleur ocrée de ses pierres, appareillées sur les deux façades principales, faites de moellons enduits sur les côtés. La figure féminine sculptée à la clé de la porte d'entrée, accompagnée d'une coquille et de guirlandes fleuries retombant sur le cintre, évoque l'élégance des demeures sedanaises, de même que les garde-corps en fer forgé placés devant les fenêtres latérales, plus basses que celles des travées centrales.
Réservé au service, le niveau de soubassement correspond à la cuisine, à la salle du commun et aux celliers, voûtés d'arêtes. Devant les quatre façades court un collecteur maçonné, alimenté par une source et rejoignant le ruisseau en contrebas, qui en assure la salubrité. Au rez-de-chaussée, l'escalier de bois à deux volées s'orne d'une rampe en fer forgé au motif simple. Dans les salons, orientés au sud et habillés de boiseries sobrement moulurées, les cheminées à agrafe Rocaille proviennent, dit-on, de l'abbaye voisine de Belval.
Sur la gauche, près du ruisseau, les bâtiments de l'ancienne ferme forment un intéressant ensemble de quatre corps, couverts de tuiles à faible pente, entourant une cour fermée : le porche-colombier trapu, surmonté d'un clocheton aveugle, fait face à l'habitation principale, entre la grange à droite et les logements ouvriers à gauche.
(Philippe Seydoux, "Gentilhommières et maisons fortes en Champagne", t.1 Marne et Ardennes, Ed. de La Morande, 1997)

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