Les témoignages juifs


Le silence des écrivains juifs sur Jésus surprend plus encore. Voici Philon d'Alexandrie, un homme dont l'horizon était certainement très large, un homme très instruit et actif pour le bien d'Israël. Il était né une trentaine d'années avant le début de l'ère chrétienne et ne devait mourir que cinquante quatre ans après. Or, dans plus de cinquante traités qui nous sont restés de lui, il est impossible de découvrir ne fût ce qu'une allusion à Jésus ou à ses fidèles. On fait remarquer qu'Alexandrie où il vivait n'entretenait peut être pas beaucoup de relations avec la Galilée, que l'attention d'un philosophe ne devait guère s'arrêter aux mouvements du fanatisme populaire, parmi lesquels, sans doute, il rangeait la levée de Jésus, qu'il a donc pu n'en rien apprendre ou trop la mépriser pour en parler. Admettons cette vraisemblance. Mais voici Juste de Tibériade, né lui même en Galilée, vers le temps où Jésus, dit on, est mort ; il a vécu dans le pays, parmi les hommes que, volontiers, nous imaginons tout émus encore de la prédication évangélique, des hommes qu'il a animés et commandés pendant leur révolte contre Rome; or, dans ses deux grands ouvrages, une histoire de la guerre d'indépendance et une chronique qui allait de Moïse à Agrippa Il (mort en 100 ap. J. C.), il n'avait pas fait la plus petite place au Christ. Photius, qui connaissait les deux livres l'atteste positivement.

Charles Guignebert « Jésus » La Renaissance du Livre 1923 Albin Michel 1969 , P 23
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