Cahier de doléances du Tiers Etat du baillage de Sézanne (extraits)
C'est nous qui complétons les armées, qui payons la nourriture et l'entretien de nos enfants, qui, de gré ou par la presse, servent le roi et la patrie;
c'est nous qui payons les canons, les mortiers, les bombes, les fusils et tout l'attirail militaire;
c'est nous qui payons les constructions et réparations des fortifications, des casernes, des ponts, des vaisseaux et des grandes routes;
c'est nous encore qui supportons la charge du logement des gens de guerre lors du mouvement des troupes, sans avoir l'espoir de voir nos enfants parvenir aux grandes charges militaires; la porte leur en est fermée et ensuite on leur dit qu'ils ne sont point en état de commander; mais, outre toutes ces charges, nous sommes encore forcés de payer à l'officier noble ses appointements, ses croix, ses rubans, ses retraites, ses pensions, ses gouvernements et généralement toutes les grâces et faveurs dont il est accablé.
Il en est de même du clergé.
Dans notre classe, nous ne pouvons aspirer à aucune des grandes places de l'Eglise, ni à aucun des bénéfices simples qui sont un de ses grands apanages, à moins que ce ne soit par des abus qu'il serait peut-être bon de réformer; nous voulons dire les grâces et le recours à Rome.
Tous ces grands biens sont donnés au noble qui entre dans l'Eglise afin, dit-on, qu'il ait de quoi soutenir sa famille. Il n'en est pas de même pour nous, pauvres du Tiers Etat. Si un de nos enfants se destine à l'état ecclésiastique, il ne peut prétendre, généralement parlant, à autre chose qu'à une cure de campagne, car rien n'est donné au concours et par conséquent au mérite; lorsqu'un jeune homme est fait prêtre, on le fait vicarier pendant huit, à dix et quinze ans, avec une portion de revenu si modique que si sa famille ne venait point à son secours il ne pourrait subsister. Il nous paraît donc de toute justice que tous ces abus soient réformés (...).