La Grande Peur

Le 12 août, sur les 10 heures du matin, tous les habitants des villages de Prémillieu situés en la terre de Saint-Sulpice, se sont transportés tumultueusement, au nombre d’environ 5 à 600 personnes à ladite abbaye.
Ils se sont rendus en foule dans la Chambre dudit Révérend Dom Prieur, qu'ils ont forcé par toutes sortes de voies de leur délivrer des quittances des sommes qu'ils pourraient devoir à l'abbaye et duquel ils ont extorqué des promesses de sommes non dues, en ont fait antidater du 24 juillet dernier, ils ont fait promettre aux dits Révérends de reconnaître authentiquement qu'ils ne leur devaient aucuns droits ni servitudes ; qu'ils eussent à leur abandonner et relâcher partie de leurs héritages tant en fonds, prés, terres que autres. Ensuite ils sont entrés dans les archives d'où ils ont enlevé tous les titres et papiers, même les livres de comptes et autres actes qu'ils ont trouvés dans les appartements des Révérends dom Prieur et sous prieur ; le tout transporté dans la cour de l'abbaye où ils les ont mis en tas et ont forcé ces deux derniers et ledit Révérend Dom Demolire d'y mettre le feu et à l'instant les dits titres et papiers ont été entièrement consumés […]
Le lendemain, ils se sont retirés avec menaces que si les concessions qu'ils leur ont faites étaient nulles ils se porteraient au plutôt à des excès plus terribles que les premiers. Les habitants d'Armix se sont aussi trouvés à la dite abbaye les 13 et 14 courant, auxquels les dits religieux ont accordé toutes leurs demandes.

Cité par E. Dubois,La Révolution dans l'Ain. Bourg,Brochot, 1931,t.1,p.67.



La nuit du 4 août

Les circonstances malheureuses où se trouve la Noblesse, l'insurrection générale élevée de toutes parts contre elle, les provinces de Franche-Comté, de Dauphiné, de Bourgogne, d'Alsace, de Normandie, de Limousin, agitées des plus violentes convulsions, et en partie ravagées : plus de cent cinquante châteaux incendiés, les titres seigneuriaux recherchés avec une espèce de fureur, et brûlés ; l'impossibilité de s'opposer au torrent de la Révolution, les malheurs qu'entraînerait une résistance même inutile ; la ruine du plus beau royaume de l'Europe, en proie à l'anarchie, à la dévastation [...] : tout nous prescrivait la conduite que nous devions tenir ; il n'y eut qu'un mouvement général. Le Clergé, la Noblesse se levèrent et adoptèrent toutes les motions proposées.
[…] Il eut été inutile, dangereux même pour vous, de s'opposer au vœu général de la nation... Les nobles, qui ont consenti à ces sacrifices, perdent également, et plus que vous ; mais la nécessité, mais l'impossibilité de se conduire différeremment, mais les connaissances plus détaillées que nous avons de l'état malheureux de la Noblesse, dans toutes les provinces du royaume, ne nous ont pas permis de balancer un instant... Je conjure donc Messieurs de la Noblesse de ne témoigner aucun regret de l'abandon généreux qu'ils viennent de faire, de ne point blâmer publiquement l'arrêté de l'Assemblée Nationale et de mettre dans leurs discours une prudence, une circonspection d'où dépend leur tranquillité, et peut-être le salut général du royaume […].

Marquis de Ferrières, Correspondance.

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