« LA CROIX » ET LES ACCORDS DU LATRAN

La Croix, quotidien catholique français accueille très favorablement l'accord défévrier 1929 entre le gouvernement italien et le Saint-Siège. Jusqu'en 1955, la position de La Croix sera dans l'ensemble favorable au fascisme (thème du coup d'arrêt à la contagion révolutionnaire) avec cependant des réserves déterminées par la politique religieuse de Mussolini.

La question romaine est arrivée à maturité, elle se résout, elle est résolue. On croit rêver. Pourtant, c'est un fait. L'Église est à un nouveau « tournant de l'Histoire ». Le temps a marché depuis la chute de Rome. Cinquante-neuf ans de négociations, de dissertations, qui rempliraient une bibliothèque; cinq pontificats protestataires, la conflagration mondiale, l'enfantement laborieux d'un nouveau régime ont eu raison d'un problème réputé insoluble et si gros de conséquences! Mais il a fallu, par-dessus tout, la coïncidence providentielle de deux hommes, la conjonction de deux astres.

Benito Mussolini vient de loin. Son point de départ, il faut le chercher dans le socialisme et le nietzschéisme. Son point d'arrivée... ou plutôt cet homme est « en route ». Mais déjà il trouve son équilibre spirituel. Les étapes de sa conversion, c'est d'abord la fascination confuse, irrésistible, que la Porte de Bronze a toujours exercée sur lui; c'est sa déclaration hardie, en pleine Chambre des Députés, au lendemain de la guerre : « On ne peut rester à Rome sans une idée universelle, et j'affirme que l'unique idée universelle, qui existe aujourd'hui à Rome, est celle qui irradie du Vatican ». C'est son fameux discours de Bologne, proclamant l'existence de Dieu, à l'ouverture du Congrès des Sciences. C'est la Croix replantée au Colisée et le catéchisme rétabli dans les écoles. C'est son attitude religieuse à la messe anniversaire de l'armistice italien. Il faut avoir vu cette figure énergique, volontaire, avec une proéminence accentuée des mâchoires, ce grand front blême, qu'illumine étrangement un regard tantôt lointain, mystique même, tantôt d'une précision sévère, fascinatrice, et dont les pupilles noires dilatées jettent des éclairs. Il faut l'avoir vu, au Te Deum de Sainte-Marie-des-Anges, la tête un peu rejetée en arrière, et les paupières alors mi-closes, comme pour une méditation...

... La Providence réservait Mussolini pour le règlement de la question romaine. Et il en a lu ' i-même un sentiment si vif que, lorsqu'à l'occasion du centenaire franciscain il fit au Vatican les premières ouvertures en vue d'un accord, il répondit simplement aux menaces qui montèrent de la franc-maçonnerie : « Dieu veillera! »...

... Ainsi les temps sont révolus. 20 septembre 1870-11 février 1929! La douloureuse parenthèse, ouverte par les protestations de Pie IX au corps baldiens diplomatique, réuni en hâte autour de son trône, alors que les garibaldiens enfonçaient la Porta Pia ', vient de se fermer par la séance historique du Palais de Saint-Jean-de-Latran, où les ministres plénipotentiaires apposaient leurs signatures sur le traité de paix. L'Église atteint donc un nouveau sommet. Elle reconquiert la plénitude de son indépendance. Elle sort une seconde fois des catacombes, de sa prison mystique. L'accord de 1929 est une réplique de l'édit de Milan, et Mussolini ferait figure d'un Constantin. D'incalculables perspectives s'ouvrent pour le Saint-Siège et l'univers catholique... Ce sera le plus grand événement du siècle.

ALVERNE, La Croix, 16 février 1929.