Le B2i qui se limite apparemment à une simple attestation de compétence
délivrée aux élèves se révèle à l'analyse bien plus qu'un simple produit
fini destiné à satisfaire l'image que l'école donne d'elle-même au sujet
des TIC. Il s'agit surtout d'un véritable processus mis en place pour
répondre à une question d'équité entre tous, la certification
que tous les Français qui sortent de l'école disposent bien d'un "socle
de compétences" informatiques et internet.
[...] Le premier élément significatif de ce dispositif, c'est qu'il
est centré sur une évaluation
continue de compétences en contexte. Autrement dit, il nous
est demandé d'attester que les compétences que les élèves ont acquises
ne le sont pas seulement dans le cadre de la validation de l'enseignement
de l'informatique tel qu'il est effectué par les enseignants de technologie
au collège, mais surtout, qu'elles ont
été vérifiées dans différentes situations vécues au travers de plusieurs
disciplines. On pourra
ainsi dire qu'il s'agit avant tout d'une évaluation de "compétences
en acte" ou "en action". Derrière ce procédé, l'attention
de l'enseignant est attirée vers la question de la validation des apprentissages.
En effet suffit-il d'un simple examen "final" pour dire qu'un
élève maîtrise le savoir ? Le parti pris est ici de dire qu'une compétence
dont on sait qu'elle n'a de valeur d'usage que dans un contexte doit
aussi s'apprendre et se vérifier dans des contextes divers de mise en
œuvre.
Le deuxième élément significatif de ce dispositif est l'invitation
à utiliser des grilles de positionnement
pour évaluer les compétences. Les enseignants de primaire principalement
connaissent depuis longtemps les livrets de compétences. A partir d'un
ensemble de compétences spécifiques, un ensemble d'indicateurs objectifs
de ces compétences doit donc être évalué dans des contextes d'usage.
[...]
C'est là qu'intervient un nouveau facteur clé du dispositif : la demande
d'évaluation faite par l 'élève. C'est en effet
l'élève qui est chargé de demander sa validation de compétences lorsqu'il
estime qu'il peut le faire. Introduire ainsi l'autoévaluation
dans un dispositif scolaire de façon officielle entérine ce que de nombreux
enseignants ont essayé au travers des autocorrections, ou de stratégies
pédagogiques de remédiation ou d'aide méthodologique. Le B2i serait
donc un dispositif dans lequel il y aurait une co-évaluation.
Le quatrième point de notre analyse porte sur cette participation
de plusieurs enseignants et de l'élève à l'évaluation. Le
B2i incite donc à faire équipe entre plusieurs disciplines. Il montre
ainsi clairement que l'informatique et Internet peuvent exister dans
deux dimensions : celle d'un contenu à acquérir (cf le contenu des programmes
de technologie par exemple) et celle d'un usage qui doit se banaliser
à partir d'une maîtrise minimale. Même si la grille de positionnement
ne fait figurer la signature que d'un seul enseignant pour valider une
compétence, les textes attirent notre attention pour nous inciter à
faire en sorte que cette signature soit significative de plusieurs usages
dans différents contextes qui alors, permettent de valider la compétence.
Le cinquième point important est celui de la prise
en compte explicite d'acquis effectués en dehors de l'école
et validés par celle-ci. L'argumentaire principal repose sur le fait
qu'il s'agit d'une évaluation en milieu scolaire de compétences acquises
dans des contextes divers, scolaires et non scolaires. [...]
Le sixième point important concerne le rappel de la mission fondamentale
de l'école qui est de fournir à tous non pas le même contenu mais bien
l'assurance que tous maîtriseront un ensemble primordial de contenus
définis comme un "socle" pour l'enfant sortant
d'une scolarité obligatoire. En passant ainsi de l'égalité de traitement
à l'équité dans le résultat, le B2i nous incite à réfléchir à la différenciation
pédagogique. Il nous propose de mettre en place dans l'école et dans
le collège des dispositifs qui prennent réellement en compte les différences
entre les élèves et qui surtout garantisse au plus démunis qu'ils auront,
de la part de l'école, les remédiation nécessaires pour atteindre un
niveau de compétence "garanti".
Le septième point important du B2i est sa volonté de s'inscrire
dans la continuité de la scolarité, depuis le primaire jusqu'au
[supérieur]. [...] C'est pourquoi en déterminant [3] niveaux
de B2i il entérine les seuils traditionnels, mais introduit la continuité
au sein de chaque niveau. C'est surtout l'idée de continuité dans l'apprentissage
qui est sous jacente. En intégrant plusieurs disciplines (plan synchronique)
et l'évolution continue au travers de niveaux successifs (plan diachronique),
le B2i se veut incitatif à une réflexion sur ce qu'est l'apprentissage.
[...] dans plusieurs établissements il a été décidé de faire
passer un examen B2i et de faire des cours B2i. [...] Cette
position, contraire au textes officiels
(souligné dans le rapport de l'IGEN), est difficilement soutenable parce
qu'elle rangerait un usage social au rang d'une discipline scolaire,
et qu'elle ferait croire à un enseignement de l'informatique qui n'en
serait en fait pas. [...]
Il me semble que depuis plusieurs années le changement du système éducatif
s'appuie sur des dispositifs de ce genre. L'évaluation en CE2, 6è et
seconde, les livrets de compétences en primaire, les itinéraires de
découvertes ou les TPE sont autant d'éléments nouveaux qu'il nous faut
décrypter. Ainsi le sens qui se révèle à la lecture des documents sur
le B2i serait une forme nouvelle de dispositif basée sur la notion de
livret de compétence, interdisciplinaire et continu. Il
promeut les notions de socle, d'équipe et de progression permanente,
comme points de repère pour l'action des enseignants. [...]
Source : Le Café
Pédagogique