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Vous devez lire la totalité du dossier (textes et questions) avant de choisir le travail écriture. Les questions vous permettent d’approfondir la lecture du texte. 

 

Textes et documents

A.    Albert Camus, avant-dernier chapitre de La Peste  (1947)

B.    Madame du Châtelet, Discours sur le bonheur (1746 ou 1747)

C.    Antoine de Saint Exupéry, Citadelle (1944)

 

 

Texte A

 

La première version de La Peste a été rédigée en 1943, le texte définitif a été publié en 1947.
L’extrait proposé se trouve dans l’avant-dernier chapitre du roman qui peint les comportement des êtres face à l’épidémie et à la mort. Albert Camus situe sa chronique à Oran. Rieux est médecin.

 

Rieux marchait toujours. À mesure qu’il avançait, la foule grossissait autour de lui, le vacarme s’enflait et il lui semblait que les faubourgs, qu’il voulait atteindre, reculaient d’autant. Peu à peu, il se fondait dans ce grand corps hurlant dont il comprenait de mieux en mieux le cri qui, pour une part au moins, était son cri. Oui, tous avaient souffert ensemble, autant dans leur chair que dans leur crâne, d’une vacance difficile, d’un exil sans remède et d’une soif jamais contentée. Parmi ces amoncellement de morts, les timbres des ambulances, les avertissements de ce qu’il est convenu d’appeler le destin, le piétinement obstiné de la peur et la terrible révolte de leur cœur, une grande rumeur n’avait cessé de courir et d’alerter ces êtres épouvantés, leur disant qu’il fallait retrouver leur vraie patrie. Pour eux tous leur vraie patrie se trouvait au-delà des murs de cette ville étouffée. Elle était dans les broussailles odorantes sur les collines, dans la mer, les pays libres et le poids de l’amour. et c’était vers elle, c’était vers le bonheur, qu’ils voulaient revenir, se détournant du reste  avec dégoût.

Quant au sens que pouvait avoir cet exil et ce désir de réunion, Rieux n’en savait rien. Marchant toujours, pressé de toutes parts, interpellé, il arrivait peu à peu dans des rues moins encombrées et pensait qu’il n’est pas important que ces choses aient un sens ou non, mais qu’il faut voir seulement ce qui est répondu à l’espoir des hommes.

Lui savait désormais ce qui est répondu et il l’apercevait mieux dans les premières rues des faubourg, presque désertes. Ceux qui, s’en tenant au peu qu’ils étaient, avaient désiré seulement retourner dans la maison de leur amour, étaient quelquefois récompensés. Certes, quelques uns d’entre eux continuaient de marcher dans la ville, solitaires, privés de l’être qu’ils attendaient. Mais d’autres comme Rambert, que le docteur avait quitté le matin même en lui disant « Courage, c’est maintenant qu’il faut avoir raison », avaient  retrouvé sans hésiter l’absent qu’ils avaient cru perdu. Pour quelques temps au moins, ils seraient heureux. Ils savaient maintenant que s’il est une chose qu’on puisse désirer toujours et obtenir quelquefois, c’est la tendresse humaine.

Albert CAMUS, La Peste, La Pléiade 1962

 

Texte B

Ce discours non publié du vivant de Madame du Châtelet fut rédigé en 1746 et 1747. Cette femme, qui fut un des esprits les plus cultivés du XVIIIème siècle, a été reconnue par la communauté scientifique de l’époque pour sa traduction du latin en français des textes du savant anglais Newton.

Qui dit sage dit heureux, du moins dans mon dictionnaire ; il faut avoir des passions pour être heureux ; mais il faut les faire servir à notre bonheur, et il y en a auxquelles il faut défendre toute entrée dans notre âme. Je ne parle pas ici des passions qui sont des vices, telles que la haine, la vengeance, la colère ; mais l’ambition, par exemple, est la passion dont je crois qu’il faut défendre son âme, si on veut être heureux ; ce n’est pas par la raison qu’elle n’a pas de jouissance, car je crois que cette passion peut en fournir ; ce n’est pas parce que l’ambition désire toujours, car c’est assurément un grand bien, mais c’est parce que de toutes les passions c’est celle qui met le plus notre bonheur dans la dépendance des autres ; or moins notre bonheur dépend des autres et plus il nous est aisé d’être heureux. Ne craignons de faire trop de retranchement sur cela, il en dépendra toujours assez. Par cette raison d’indépendance, l’amour de l’étude est de toutes les passions celle qui contribue le plus à notre bonheur. Dans l’amour de l’étude se trouve renfermée une passion dont une âme élevée n’est jamais entièrement exempte, celle de la gloire ; il n’y a même que cette manière d’en acquérir pour la moitié du monde, et c’est cette moitié justement à qui l’éducation en ôte les moyens, et en rend le goût impossible.

Il est certain que l’amour de l’étude est bien moins nécessaire au bonheur des hommes qu’à celui des femmes. Les hommes ont une infinité de ressources pour être heureux, qui manquent entièrement aux femmes. Ils ont bien d’autres moyens d’arriver à la gloire, et il est sûr que l’ambition de rendre ses talents utiles à son pays et de servir ses concitoyens, soit par son habileté dans l’art de la guerre, ou par ses talents pour le gouvernement, ou les négociations, est fort au-dessus de celle qu’on peut se proposer pour l’étude ; mais les femmes sont exclues, par leur état, de toute espèce de gloire, et quand, par hasard, il s’en trouve quelqu’une qui est née avec une âme assez élevée, il ne lui reste que l’étude pour la consoler de toutes les exclusions et de toutes les dépendances auxquelles elle se trouve condamnée par état.

Madame du Châtelet, Discours sur le bonheur, Rivages poche/ Petite bibliothèque 1997

 

 

Texte C

 

Dans Citadelle, un jeune prince oriental reçoit les leçons de son père. Cet essai a été publié en 1944 après la mort de Saint-Exupéry (en juin 1944) au cours d’une mission aérienne en Afrique du Nord.

 

Vint celui-là qui contredit mon père :

-          Le bonheur des hommes, disait-il…

Mon père lui coupa la parole :

-          Ne prononcez point ce mot chez moi. Je goûte les mots qui portent en eux leurs poids d’entrailles mais rejette les écorces vides.

-          Cependant, lui dit l’autre, si toi, chef d’un empire, si tu ne te préoccupes point le premier du bonheur des hommes…

-          Je ne me préoccupe point, répondit mon père, de courir après le vent pour en faire des provisions, car, si je le tiens immobile, le vent n’est plus.

-          Moi, dit l’autre, si j’étais le chef d’un empire, je souhaiterais que les hommes fussent heureux…

-          Ah ! dit mon père, ici je t’entends mieux. Ce mot-là n’est point creux. [J’ai connu aussi des hommes gras et maigres, malades ou sains, vivants ou morts. Et moi aussi je les souhaite vivants plutôt que morts. Encore qu’il faut bien que les générations s’en aillent.]

-          Nous sommes donc d’accord, s’écria l’autre.

-          Non, dit mon père.

Il songea, puis :

-          Car quand tu parles de bonheur, ou bien tu parles d’un état de l’homme qui est heureux comme d’être sain et je n’ai point d’action sur cette ferveur des sens, ou bien tu parles d’un objet insaisissable que je puisse souhaiter de conquérir. Et où donc est-il ?
« Tel homme est heureux dans la paix, tel souhaite la solitude où il s’exalte, tel autre a besoin pour s’en exalter des cohues de la fête, tel demande ses joies aux méditations de la science, laquelle est réponse aux questions posées, l’autre, sa joie il la trouve en Dieu en qui nulle question n’a plus de sens.

« Si tu veux comprendre le mot, il faut l’entendre comme récompense et non comme but, car alors il n’a point de signification. Pareillement je sais qu’une chose est belle, mais je refuse la beauté comme un but. As-tu entendu le sculpteur te dire :  « De cette pierre je dégagerai la beauté » ? Ceux-là se dupent de lyrisme creux qui sont sculpteurs de pacotille. L’autre, le véritable, tu l’entendras te dire : « Je cherche à tirer de la pierre quelque chose qui ressemble à ce qui pèse en moi. Je ne sais point le délivrer autrement qu’en taillant. » Et que le visage devenu soit lourd et vieux, ou qu’il montre un masque difforme, ou qu’il soit jeunesse endormie, si le sculpteur est grand tu diras de même que l’œuvre est belle. Car la beauté non plus n’est pas un but mais une récompense.

« Dans le silence de mon amour je me suis beaucoup attardé à observer ceux de mon peuple qui paraissaient heureux. Et j’ai toujours conçu que le bonheur leur venait comme la beauté de la statue pour n'avoir point été cherché.

« Ne me demande donc point à moi, chef d’un empire, de conquérir le bonheur pour mon peuple. Ne me demande point à moi sculpteur, de courir après la beauté : je m’assiérais ne sachant où courir. La beauté devient, ainsi le bonheur. Demande-moi seulement de leur bâtir une âme où un tel feu puisse brûler. »

Antoine de Saint-Exupéry, Citadelle, éditions Gallimard 1944

   

Sujet 1. Commentaire

A.     Questions : 4 points

1.      Identifiez les deux textes qui sont des récits mis au service d’une argumentation. Résumez en une ou deux phrases la conception du bonheur développée par chacun d’eux.

2.      Pourquoi la tendresse humaine est-elle rendue à nouveau possible à la fin du texte d’Albert Camus ?

B.     Commentaire : 16 points

Faire un commentaire du texte d’Albert Camus (texte A).

Sujet 2. Composition française

A.     Questions : 4 points

1.      Identifiez les deux textes qui sont des récits mis au service d’une argumentation. Résumez en une ou deux phrases la conception du bonheur développée par chacun d’eux.

2.      Montrez en quoi le dernier paragraphe du texte de Madame du Châtelet est une condamnation de la condition faite aux femmes au XVIIIème siècle.

B.     Dissertation : 16 points

En prenant appui sur le corpus proposé, sur les œuvres étudiées au cours de l’année et sur vos lectures personnelles, vous montrerez comment les différents genres peuvent être utilisés pour donner des leçons.

 

Sujet 3. Invention

A.     Questions : 4 points

1.      Identifiez les deux textes qui sont des récits mis au service d’une argumentation. Résumez en une ou deux phrases la conception du bonheur développée par chacun d’eux.

2.      Quel texte utilise une parabole (récit sous lequel se cache un enseignement moral ou religieux) ? Identifiez-la et expliquez son rôle dans le dialogue.

B.     Invention : 16 points

Imaginez un débat dialogué entre un personnage défendant le propos de Mme du Châtelet : « moins notre bonheur dépend des autres et plus il nous est aisé d’être heureux » et son contradicteur.

Un court paragraphe placé avant le débat permettra au lecteur de connaître les circonstances dans lesquelles les personnages échangent leurs points de vue ainsi que leur condition sociale et leurs relations