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Vous devez lire la totalité du dossier (texte
et questions) avant de choisir le travail décriture. Deux
questions sont communes à tous les sujets : elles vous permettent
dapprofondir la lecture du texte. La troisième question est
reliée plus précisément à chaque type décriture : elle
est destinée à vous aider dans lélaboration de votre production
écrite.
Texte unique
Jean-Jacques Rousseau, Troisième lettre à
M. de Malesherbes.
À Montmorency,
le 26 janvier 1762
[
]
Quels temps croiriez-vous, Monsieur, que je me
rappelle le plus souvent et le plus volontiers dans mes rêves? Ce
ne sont point les plaisirs de ma jeunesse, ils furent trop rares,
trop mêlés d'amertumes, et sont déjà trop loin de moi. Ce sont ceux
de ma retraite, ce sont mes promenades solitaires, ce sont ces jours
rapides mais délicieux que j'ai passés tout entiers avec moi seul,
avec ma bonne et simple gouvernante, avec mon chien bien-aimé, ma
vieille chatte, avec les oiseaux de la campagne et les biches de
la forêt, avec la nature entière et son inconcevable auteur. En
me levant avant le soleil pour aller voir, contempler son lever
dans mon jardin, quand je voyais commencer une belle journée, mon
premier souhait était que ni lettres ni visites n'en vinssent troubler
le charme. Après avoir donné la matinée à divers soins que je remplissais
tous avec plaisir parce que je pouvais les remettre à un autre temps,
je me hâtais de dîner pour échapper aux importuns et me ménager
un plus long après-midi. Avant une heure, même les jours les plus
ardents, je partais par le grand soleil avec le fidèle Achate, pressant
le pas dans la crainte que quelqu'un ne vînt s'emparer de moi avant
que j'eusse pu m'esquiver; mais quand une fois j'avais pu doubler
un certain coin, avec quel battement de cur, avec quel pétillement
de joie je commençais à respirer en me sentant sauvé, en me disant
: " Me voilà maître de moi pour le reste de ce jour ! "
J'allais alors d'un pas plus tranquille chercher quelque lieu sauvage
dans la forêt, quelque lieu désert où rien remontrant la main des
hommes n'annonçât la servitude et la domination, quelque asile où
je pusse croire avoir pénétré le premier et où nul tiers importun
ne vînt s'interposer entre la nature et moi. C'était là qu'elle
semblait déployer à mes yeux une magnificence toujours nouvelle.
L'or des genêts et la pourpre des bruyères frappaient mes yeux d'un
luxe qui touchait mon cur, la majesté des arbres qui me couvraient
de leur ombre, la délicatesse des arbustes qui m'environnaient,
l'étonnante variété des herbes et des fleurs que je foulais sous
mes pieds tenaient mon esprit dans une alternative continuelle d'observation
et d'admiration : le concours de tant d'objets intéressants qui
se disputaient mon attention, m'attirant sans cesse de l'un à l'autre,
favorisait mon humeur rêveuse et paresseuse, et me faisait souvent
redire en moi-même : "Non, Salomon dans toute sa gloire ne
fut jamais vêtu comme l'un d'eux."
Mon imagination ne laissait pas longtemps déserte
la terre ainsi parée. Je la peuplais bientôt d'êtres selon mon cur,
et, chassant bien loin l'opinion, les préjugés, toutes les passions
factices, je transportais dans les asiles de la nature des hommes
dignes de les habiter. Je m'en formais une société charmante dont
je ne me sentais pas indigne. Je me faisais un siècle d'or à ma
fantaisie et, remplissant ces beaux jours de toutes les scènes de
ma vie qui m'avaient laissé de doux souvenirs, et de toutes celles
que mon cur pouvait désirer encore, je m'attendrissais jusqu'aux
larmes sur les vrais plaisirs de l'humanité, plaisirs si délicieux,
si purs, et qui sont désormais si loin des hommes. Oh ! si dans
ces moments quelque idée de Paris, de mon siècle et de ma petite
gloriole d'auteur venait troubler mes rêveries. avec quel dédain
je la chassais à l'instant pour me livrer sans distraction aux sentiments
exquis dont mon âme était pleine ! Cependant, au milieu de tout
cela, je l'avoue, le néant de mes chimères venait quelquefois la
contrister tout à coup. Quand tous mes rêves se seraient tournés
en réalités, ils ne m'auraient pas suffi ; j'aurais imaginé, rêvé,
désiré encore. Je trouvais en moi un vide inexplicable que rien
n'aurait pu remplir, un certain élancement du cur vers une
antre sorte de jouissance dont je n'avais pas d'idée et dont pourtant
je sentais le besoin. Hé bien, Monsieur, cela même était jouissance,
puisque j'en étais pénétré d'un sentiment très vif et d'une tristesse
attirante que je n'aurais pas voulu ne pas avoir.
Bientôt de la surface de la terre j'élevais mes
idées à tous les êtres de la nature, au système universel des choses,
à lÊtre incompréhensible qui embrasse tout. Alors, l'esprit
perdu dans cette immensité, je ne pensais pas, je ne raisonnais
pas, je ne philosophais pas; je me sentais avec une sorte de volupté
accablé du poids de cet univers, je me livrais avec ravissement
à la confusion de ces grandes idées, j'aimais à me perdre en imagination
dans l'espace, mon cur resserré dans les bornes des êtres
s'y trouvait trop à l'étroit, j'étouffais dans l'univers, j'aurais
voulu m'élancer dans l'infini. Je crois que si j'eusse dévoilé tous
les mystères de la nature, je me serais senti dans une situation
moins délicieuse que cette étourdissante extase à laquelle mon esprit
se livrait sans retenue, et qui, dans l'agitation de mes transports,
me faisait écrier quelquefois : " Ô grand Être ! Ô grand Être
! " sans pouvoir dire ni penser rien de plus.
A.
Questions (4 points)
1) Étudiez comment lauteur
organise la progressions du texte. (1.5 point)
2) Rousseau écrit plusieurs
oeuvres autobiographiques, notamment Les Confessions, Les Rêveries
du Promeneur solitaire. En quoi cette lettre correspond-elle à ces
deux titres ? (1 point)
3) Comment sallient
dans le premier paragraphe le thème de la « retraite »
et celui de la « nature » ? (1.5 point)
B.
Commentaire (16 points)
Vous rédigerez un commentaire composé
du passage compris entre « En le levant avant le soleil »
et « vêtu comme lun deux » (premier paragraphe).
A.
Questions (4 points)
1) Étudiez comment lauteur
organise la progressions du texte. (1.5 point)
2) Rousseau écrit plusieurs
oeuvres autobiographiques, notamment Les Confessions, Les Rêveries
du Promeneur solitaire. En quoi cette lettre correspond-elle à ces
deux titres ? (1 point)
3) Comment sallient
dans le premier paragraphe le thème de la « retraite »
et celui de la « nature » ? (1.5 point)
B.
Composition française (16 points)
Sans vous limiter à la lettre étudiée
et en prenant appui sur les textes autobiographiques que vous connaissez,
vous vous demanderez si une oeuvre autobiographique est nécessairement
une justification des actes ou des idées de son auteur.
A.
Questions (4 points)
1) Étudiez comment lauteur
organise la progressions du texte. (1.5 point)
2) Rousseau écrit plusieurs
oeuvres autobiographiques, notamment Les Confessions, Les Rêveries
du Promeneur solitaire. En quoi cette lettre correspond-elle à ces
deux titres ? (1 point)
3) Comment sallient
dans le premier paragraphe le thème de la « retraite »
et celui de la « nature » ? (1.5 point)
B.
Invention (16 points)
Vous rédigez une lettre faisant un éloge
vibrant, passionné et lyrique de la foule ou de la vie citadine.
Le destinataire de
votre lettre peut être Rousseau ou tout autre interlocuteur de votre
choix.
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