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Vous lirez l’ensemble des documents qui vous sont présenté, avant de choisir le travail d’écriture. Vous répondrez aux questions qui vous sont posées puis réaliserez le travail d’écriture que vous aurez choisi, en indiquant votre choix.

 

Textes du corpus :

  1. Rabelais, Le Tiers-Livre, Extraits ;
  2. La Fontaine, « Les Animaux malades de la peste », Fables ;
  3. Racine, Les Plaideurs, Acte III, scène 3, extraits.

  Texte A

À Paris, à la rôtisserie du Petit Châtelet, à la devanture de la boutique d'un rôtisseur, un portefaix mangeait son pain à la fumée du rôt et le trouvait ainsi parfumé, très parfumé, très savoureux. Le rôtisseur le laissait faire. Enfin, quand tout le pain fut avalé, le rôtisseur saisit le portefaix au collet, et voulait qu'il lui payât la fumée de son rôt. Le portefaix disait n'avoir en rien endommagé ses victuailles, n'avoir rien pris de son bien, n'être en rien son débiteur. La fumée dont il était question se dissipait à l'extérieur ; d'une façon comme de l'autre, elle était perdue : on n'avait jamais entendu dire qu'à Paris on avait vendu de la fumée de rôt dans la rue. Le rôtisseur répliquait qu'il n'était pas tenu de nourrir les portefaix de la fumée de son rôt et jurait que, s'il ne le payait pas, il lui enlèverait ses crochets.

Le portefaix tirait son gourdin, et se mettait sur la défensive. L'altercation prit de l'importance. Ce bedeau de peuple parisien accourut de toutes parts à la dispute. Là se trouva bien à propos Sire Joan le fou, citoyen parisien. L'ayant aperçu, le rôtisseur demanda au portefaix : "Veux-tu dans notre différend te fier à ce noble Sire Joan ?

-Oui, par le Sang Dieu, répondit le portefaix.

Alors, Sire Joan, après s'être mis au courant du désaccord, demanda au portefaix de tirer de son baudrier une pièce d'argent. Le portefaix lui mit dans la main un tournois-de-Philippe. Sire Joan le prit et le mit sur son épaule gauche comme pour vérifier s'il pesait le poids ; puis il le faisait sonner sur la paume de sa main gauche, comme pour entendre s'il était de bon aloi ; puis il le posa sur la prunelle de son œil droit comme pour voir s'il était bien frappé. Pendant toute cette action, tout le peuple badaud gardait un grand silence, tandis que le rôtisseur attendait fermement et que le portefaix se désespérait. Enfin il le fit sonner sur le comptoir à plusieurs reprises. Puis, avec une majesté présidentielle, tenant sa marotte au poing comme s'il s'était agi d'un sceptre, et ajustant sur sa tête son capuchon en martre de singe à oreillettes de papier, fraisé à points d'orgue, toussant au préalable deux ou trois bonnes fois, il dit à haute voix : « La Cour vous signifie que le portefaix qui a mangé son pain à la fumée du rôt a payé civilement le rôtisseur au son de son argent. Ladite Cour ordonne que chacun se retire dans sa chacunière, sans dépens et pour cause. »

Cette sentence du fou parisien a semblé si équitable,. voire admirable, aux docteurs susdits qu'ils se demandent si, au cas où la cause eût été tranchée au Parlement dudit lieu ou à la Rotta de Rome voire tranchée par les Aréopagites, la sentence eût été plus légalement prononcée par eux. Voyez donc si vous pouvez prendre conseil d'un fou.

Rabelais, Le Tiers-Livre, Extraits

 

Texte B

Un mal qui répand la terreur,

Mal que le ciel en sa fureur

Inventa pour punir les crimes de la terre,

La peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom),

Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,

Faisait aux animaux la guerre.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés:

On n'en voyait point d'occupés

A chercher le soutien d'une mourante vie;

Nul mets n'excitait leur envie,

Ni loups ni renards n'épiaient

La douce et l'innocente proie;

Les tourterelles se fuyaient:

Plus d'amour, partant plus de joie.

Le lion tint conseil, et dit: «Mes chers amis,

Je crois que le Ciel a permis

Pour nos péchés cette infortune;

Que le plus coupable de nous

Se sacrifie aux traits du céleste courroux;

Peut-être il obtiendra la guérison commune.

L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents

On fait de pareils dévouements :

Ne nous flattons donc point, voyons sans indulgence

L'état de notre conscience

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,

J'ai dévoré force moutons.

Que m'avaient-ils fait? Nulle offense;

Même il m'est arrivé quelquefois de manger

Le berger.

Je me dévouerai donc, s'il le faut: mais je pense

Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi:

Car on doit souhaiter, selon toute justice,

Que le plus coupable périsse.

 

- Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi;

Vos scrupules font voir trop de délicatesse.

Eh bien! manger moutons, canaille, sotte espèce.

Est-ce un pêché? Non, non. Vous leur fîtes, Seigneur,

En les croquant, beaucoup d'honneur;

Et quant au berger, l'on peut dire

Qu'il était digne de tous maux,

Étant de ces gens-là qui sur les animaux

Se font un chimérique empire.»

Ainsi dit le renard; et flatteurs d'applaudir.

On n'osa trop approfondir

Du tigre, ni de l'ours, ni des autres puissances

Les moins pardonnables offenses:

Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,

Au dire de chacun, étaient de petits saints.

L'âne vint à son tour, et dit: «J'ai souvenance

Qu'en un pré de moines passant,

La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et, je pense,

Quelque diable aussi me poussant,

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.»

A ces mots on cria haro sur le baudet.

Un loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangue

Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,

Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout le mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l'herbe d'autrui! quel crime abominable!

Rien que la mort n'était capable

D'expier son forfait: on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

    Jean de La Fontaine, Fables, VII, 1.

                   

 

Texte C

Dandin veut sans cesse juger les autres. Pour lui permettre de satisfaire cette passion, son fils Léandre organise le procès de Citron, un chien qui a volé et dévoré un chapon. Le valet, l'Intimé, joue le rôle de l'avocat et défend son client.

.L’intimé

(Vite.)

Voici le fait. Un chien vient dans une cuisine ;

y trouve un chapon, lequel a bonne mine.

Or celui pour lequel je parle est affamé ;

celui contre lequel je parle autem plumé ;

et celui pour lequel je suis prend en cachette

celui contre lequel je parle. L' on décrète :

on le prend. Avocat pour et contre appelé ;

jour pris. Je dois parler, je parle, j'ai parlé.

 

Dandin.

Ta, ta, ta, ta. Voilà bien instruire une affaire !

Il dit fort posément ce dont on n'a que faire,

et court le grand galop quand il est à son fait.

 

L' intimé.

Mais le premier, monsieur, c'est le beau.

 

Dandin.

C' est le laid.

A-t-on jamais plaidé d'une telle méthode ?

Mais qu'en dit l'assemblée ?

 

Léandre.

                        Il est fort à la mode.

 

L' intimé, d'un ton véhément.

Qu' arrive-t-il, messieurs ? On vient. Comment vient-on ?

On poursuit ma partie. On force une maison.

Quelle maison ? Maison de notre propre juge !

On brise le cellier qui nous sert de refuge !

De vol, de brigandage on nous déclare auteurs !

On nous traîne, on nous livre à nos accusateurs,

À maître Petit Jean, messieurs. Je vous atteste :

Qui ne sait que la loi Si quis canis, Digeste,

De vi, Paragrapho, messieurs, Caponibus,

Est manifestement contraire à cet abus ?

Et quand il serait vrai que Citron, ma partie,

Aurait mangé, messieurs, le tout, ou bien partie

Dudit chapon : qu'on mette en compensation

Ce que nous avons fait avant cette action.

Quand ma partie a-t-elle été réprimandée ?

Par qui votre maison a-t-elle été gardée ?

Quand avons-nous manqué d'aboyer au larron ?

Témoin trois procureurs, dont icelui Citron

A déchiré la robe. On en verra les pièces.

Pour nous justifier, voulez-vous d'autres pièces ? […]

 

Dandin.

                        Reposez-vous,

Et concluez.

 

L' intimé, d'un ton pesant.

Puis donc, qu'on nous, permet, de prendre,

Haleine, et que l'on nous, défend, de nous, étendre,

Je vais, sans rien obmettre, et sans prévariquer,

Compendieusement énoncer, expliquer,

Exposer, à vos yeux, l'idée universelle

De ma cause, et des faits, renfermés, en icelle.

Dandin.

Il aurait plus tôt fait de dire tout vingt fois,

Que de l'abréger une. Homme, ou qui que tu sois,

Diable, conclus ; ou bien que le ciel te confonde !

 

L' intimé.

Je finis.

 

Dandin.

Ah !

 

L' intimé.

Avant la naissance du monde...

 

 

Dandin, bâillant.

Avocat, ah ! Passons au déluge.

 

L' intimé.

Avant donc

La naissance du monde, et sa création,

Le monde, l'univers, tout, la nature entière

Était ensevelie au fond de la matière.

Les éléments, le feu, l'air, et la terre, et l' eau,

Enfoncés, entassés, ne faisaient qu'un monceau,

Une confusion, une masse sans forme,

Un désordre, un chaos, une cohue énorme […]

 

Léandre.

Mon père, il faut juger.

 

Dandin.

Aux galères.

Léandre.

            Un chien

Aux galères !

 

Dandin.

Ma foi ! Je n'y conçois plus rien :

De monde, de chaos, j'ai la tête troublée.

Hé ! Concluez.

L' intimé, lui présentant de petits chiens.

Venez, famille désolée ;

Venez, pauvres enfants qu'on veut rendre orphelins :

Venez faire parler vos esprits enfantins.

Oui, messieurs, vous voyez ici notre misère :

Nous sommes orphelins ; rendez-nous notre père,

Notre père, par qui nous fûmes engendrés,

Notre père, qui nous...

 

Dandin.

Tirez, tirez, tirez.

 

L' intimé.

Notre père, messieurs...

 

Dandin.

Tirez donc. Quels vacarmes !

Ils ont pissé partout.

 

L' intimé.

Monsieur, voyez nos larmes.

 

Dandin.

Ouf ! Je me sens déjà pris de compassion.

Ce que c'est qu'à propos toucher la passion !

Je suis bien empêché. La vérité me presse ;

Le crime est avéré : lui-même il le confesse.

Mais s'il est condamné, l'embarras est égal :

Voilà bien des enfants réduits à l'hôpital.

Mais je suis occupé, je ne veux voir personne.

                        Jean Racine, Les Plaideurs, III, 3.

 

 

 

Sujet 1 : Commentaire

Questions :

  1. Sur quoi repose, selon vous, l’unité de ce groupement ?
  2. Dans quelle mesure chacun des textes fait-il rire ou sourire ? Dans quelle mesure fait-il réfléchir ?

Écriture

Vous ferez le commentaire du texte C, de « Voici le fait » jusqu’à « d’autres pièces ? » selon le parcours d’étude suivant :

·        Étudier le comique de situation.

·        Étudier le comique verbal et les formes de parodie.

Sujet 2 : Dissertation

Questions :

  1. Sur quoi repose, selon vous, l’unité de ce groupement ?
  2. Dans quelle mesure chacun des textes fait-il rire ou sourire ? Dans quelle mesure fait-il réfléchir ?

Écriture

Pensez-vous que c’est en faisant rire ou sourire que les écrivains amènent le mieux leurs lecteurs à réfléchir ?

Vous appuierez votre réflexion sur les textes du corpus, et, plus largement, sur l’ensemble de vos lectures.

Sujet 3 : Invention

Questions :

  1. Sur quoi repose, selon vous, l’unité de ce groupement ?
  2. Dans quelle mesure chacun des textes fait-il rire ou sourire ? Dans quelle mesure fait-il réfléchir ?

Écriture

Dans la Fable de La Fontaine (texte B), personne ne défend l’Âne. Imaginez que l’Intimé devienne son avocat. Écrivez, en prose, une scène théâtrale dans laquelle l’Intimé se fait le défenseur de l’Âne en continuant à s’exprimer comme il le fait dans le texte de Racine.