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Vous devez lire la totalité du dossier (textes et questions) avant de choisir le travail d’écriture. Les trois questions sont communes à tous les sujets : elles vous permettent d’approfondir la lecture des textes.

 

Corpus :

Texte 1 : Victor Hugo, Histoire d’un crime, « La Victoire », 1851-1852.

Texte 2 : Victor Hugo, « Souvenir de la nuit du quatre », Les Châtiments, 2 décembre 1852.

Texte 3 : Victor Hugo, Lettre à Hetzel.

 

 

Texte 1.           Histoire d’un crime

E. P... s'arrêta devant une maison haute et noire. Il poussa une porte d'allée qui n'était pas fermée, puis une autre porte, et nous entrâmes dans une salle basse, toute paisible,. éclairée d'une lampe.

Cette chambre semblait attenante à une boutique. Au fond, on entrevoyait deux lits côte à côte, un grand et un petit. Il y avait au-dessus du petit lit un portrait de femme, et, au-dessus du portrait, un rameau de buis bénit.

La lampe était posée sur une cheminée où brûlait un petit feu.

Près de la lampe, sur une chaise, il y avait une vieille femme, penchée, courbée, pliée en deux, comme cassée, sur une chose qui était dans l'ombre et qu'elle avait dans les bras. Je m'approchai. Ce qu'elle avait dans les bras, c'était un enfant mort.

La pauvre femme sanglotait silencieusement.

E. P..., qui était de la maison, lui toucha l'épaule et dit :

– Laissez voir.

La vieille femme leva la tête, et je vis sur ses genoux un petit garçon, pâle, à demi déshabillé, joli, avec deux trous rouges au front.

La vieille femme me regarda, mais évidemment elle ne me voyait pas ; elle murmura, se parlant à elle-même :

– Et dire qu'il m'appelait bonne maman ce matin !

E. P... prit la main de l'enfant, cette main retomba.

– Sept ans, me dit-il.

Une cuvette était à terre. On avait lavé le visage de l'enfant ; deux filets de sang sortaient des deux trous.

Au fond de la chambre, près d'une armoire entr'ouverte, où l'on apercevait du linge, se tenait debout une femme d'une quarantaine d'années, grave, pauvre, propre, assez belle.

– Une voisine, me dit E. P...

Il m'expliqua qu'il y avait un médecin dans la maison, que ce médecin était descendu, et avait dit : Rien à faire. L'enfant avait été frappé de deux balles à la tête en traversant la rue «pour se sauver». On l'avait rapporté à sa grand'mère «qui n'avait que lui».

Le portrait de la mère morte était au-dessus du petit lit. L'enfant avait les yeux à demi ouverts, et cet inexprimable regard des morts où la perception du réel est remplacée par la vision de l'infini. L'aïeule, à travers ses sanglots, parlait par instants : – Si c'est Dieu possible ! – A-t-on idée ! – Des brigands, quoi !

Elle s'écria :

– C'est donc ça le gouvernement !

– Oui, lui dis-je.

Nous achevâmes de déshabiller l'enfant. Il avait une toupie dans sa poche. Sa tête allait et venait d'une épaule à l'autre, je la soutins et je le baisai au front. Versigny et Bancel lui ôtèrent ses bas. La grand-mère eut tout à coup un mouvement.

– Ne lui faites pas de mal, dit-elle.

Elle prit les deux pieds glacés et blancs dans ses vieilles mains, tâchant de les réchauffer.

Quand le pauvre petit corps fut nu, on songea à l'ensevelir. On tira de l'armoire un drap.

Alors l'aïeule éclata en pleurs terribles.

Elle cria : – Je veux qu'on me le rende.

Elle se redressa et nous regarda et elle se mit à dire des choses farouches, où Bonaparte était mêlé, et Dieu, et son petit, et l'école où il allait, et sa fille qu'elle avait perdue, et, nous adressant à nous-mêmes des reproches, livide, hagarde, ayant comme un songe dans les yeux, et plus fantôme que l'enfant mort.

Puis elle reprit sa tête dans ses mains, posa ses bras croisés sur son enfant, et se remit à sangloter.

La femme qui était là vint à moi et, sans dire une parole, m'essuya la bouche avec un mouchoir. J'avais du sang aux lèvres.

Que faire, hélas ? Nous sortîmes accablés.

Il était tout à fait nuit. Bancel et Versigny me quittèrent.

 

Texte 2.           « Souvenir de la nuit du Quatre »

L'enfant avait reçu deux balles dans la tête.

Le logis était propre, humble, paisible, honnête ;

On voyait un rameau bénit sur un portrait.

Une vieille grand-mère était là qui pleurait.

Nous le déshabillions en silence. Sa bouche

Pâle s'ouvrait ; la mort noyait son œil farouche ;

Ses bras pendants semblaient demander des appuis.

Il avait dans sa poche une toupie en buis.

On pouvait mettre un doigt dans les trous de ses plaies.

Avez-vous vu saigner la mûre dans les haies ?

Son crâne était ouvert comme un bois qui se fend.

L'aïeule regarda déshabiller l'enfant,

Disant : - Comme il est blanc ! approchez donc la lampe !

Dieu ! ses pauvres cheveux sont collés sur sa tempe ! -

Et quand ce fut fini, le prit sur ses genoux.

La nuit était lugubre ; on entendait des coups

De fusil dans la rue où l'on en tuait d'autres.

- II faut ensevelir l'enfant, dirent les nôtres.

Et l'on prit un drap blanc dans l'armoire en noyer.

L'aïeule cependant l'approchait du foyer,

Comme pour réchauffer ses membres déjà roides.

Hélas ! ce que la mort touche de ses mains froides

Ne se réchauffe plus aux foyers d'ici-bas !

Elle pencha la tête et lui tira ses bas,

Et dans ses vieilles mains prit les pieds du cadavre.

- Est-ce que ce n'est pas une chose qui navre !

Cria-t-elle ! monsieur, il n'avait pas huit ans !

Ses maîtres, il allait en classe, étaient contents.

Monsieur, quand il fallait que je fisse une lettre,

C'est lui qui l'écrivait. Est-ce qu'on va se mettre

A tuer les enfants maintenant ? Ah ! mon Dieu !

On est donc des brigands ? Je vous demande un peu :

II jouait ce matin, là, devant la fenêtre !

Dire qu'ils m'ont tué ce pauvre petit être !

II passait dans la rue, ils ont tiré dessus.

Monsieur, il était bon et doux comme un Jésus.

Moi je suis vieille, il est tout simple que je parte ;

Cela n'aurait rien fait à monsieur Bonaparte

De me tuer au lieu de tuer mon enfant ! -

Elle s'interrompit, les sanglots l'étouffant,

Puis elle dit, et tous pleuraient près de l'aïeule

- Que vais-je devenir à présent toute seule ?

Expliquez-moi cela, vous autres, aujourd'hui.

Hélas ! je n'avais plus de sa mère que lui.

Pourquoi l'a-t-on tué ? je veux qu'on me l'explique.

L'enfant n'a pas crié vive la République. -  

Nous nous taisions, debout et graves, chapeau bas,

Tremblant devant ce deuil qu'on ne console pas.

Vous ne compreniez point, mère, la politique.

Monsieur Napoléon, c'est son nom authentique,

Est pauvre et même prince ; il aime les palais ;

Il lui convient d'avoir des chevaux, des valets,

De l'argent pour son jeu, sa table, son alcôve,

Ses chasses ; par la même occasion, il sauve

La Famille, l'Église et la Société ;

II veut avoir Saint-Cloud, plein de roses l'été,

Où viendront l'adorer les préfets et les maires ;

C'est pour cela qu'il faut que les vieilles grand-mères,

De leurs pauvres doigts gris que fait trembler le temps,

Cousent dans le linceul des enfants de sept ans.

 

                        Jersey, 2 décembre 1852.

 

Texte 3.           Lettre à Hetzel

Dans cet extrait d’une lettre à son éditeur Hetzel, Victor Hugo précise le rôle que doit jouer, dans les Châtiments, l’écriture poétique.

« Ce livre-ci sera violent. Ma poésie est honnête mais pas modérée.

J’ajoute que ce n’est pas avec de petits coups qu’on agit sur les masses. J’effaroucherai le bourgeois peut-être, qu’est-ce que cela me fait si je réveille le peuple ? Enfin n’oubliez pas ceci : je veux avoir un jour le droit d’arrêter les représailles, de me mettre en travers des vengeances, d’empêcher, s’il se peut, le sang de couler, et de sauver toutes les têtes, même celle de Louis Bonaparte. Or, ce serait un pauvre titre que des rimes modérées. Dès à présent, comme homme politique, je veux semer dans les cœurs, au milieu de mes paroles indignées, l’idée d’un châtiment autre que le carnage. Ayez mon but présent à l’esprit : clémence implacable. »

Sujet I. Commentaire

A.   Questions  

1)      Quelles différences essentielles apparaissent entre les textes 1 et 2 ? 

2)      Laquelle des deux versions (textes 1 et 2) vous paraît ail plus émouvante ? Justifiez votre réponse. 

3)      Dans quelle mesure les trois textes peuvent-ils être considérés comme argumentatifs ? Que dénonce à chaque fois Victor Hugo ?

B.   Commentaire 

Parlant des textes 1 (Histoire d’un crime) et 2 (« Souvenir de la nuit du quatre »), le poète Louis Aragon a affirmé : « Je ne crois pas qu’il y ait de leçon de poésie plus valable que la comparaison de ce récit en prose et de ce poème. Il y a mille choses à dire de cette prose et de ces vers comparés »

Vous direz quelques une de ces « choses », en vous intéressant aux deux axes d’étude suivants (les questions sont réservées aux séries technologiques) :

1)      Étudiez l’aspect dramatique et pathétique de la scène.

2)      Étudiez la façon dont Hugo passe d’un fait divers pathétique à la dénonciation d’une politique.

Sujet II. Composition française

A.   Questions 

1)      Quelles différences essentielles apparaissent entre les textes 1 et 2 ? 

2)      Laquelle des deux versions (textes 1 et 2) vous paraît ail plus émouvante ? Justifiez votre réponse. 

3)      Dans quelle mesure les trois textes peuvent-ils être considérés comme argumentatifs ? Que dénonce à chaque fois Victor Hugo ?

B.   Composition française 

Les poètes, les écrivains, les artistes en génal, vous paraissent-ils pouvoir, mieux que d’autres, « réveiller le peuple » (Lettre à Hetzel, texte 3) ?

Vous répondrez à cette question en un développement composé, prenant appui tout à la fois sur les textes et documents qui vous sont proposés, sur les textes étudiés cette année, et sur vos lectures et connaissances personnelles.

Sujet III. Invention

A.   Questions

1)      Quelles différences essentielles apparaissent entre les textes 1 et 2 ?

2)      Laquelle des deux versions (textes 1 et 2) vous paraît ail plus émouvante ? Justifiez votre réponse.

3)      Dans quelle mesure les trois textes peuvent-ils être considérés comme argumentatifs ? Que dénonce à chaque fois Victor Hugo ?

B.   Invention

En reprenant certains des procédés utilisés dans les texte 1 et 2, vous rédigerez un article de journal dénonçant avec vigueur le travail des enfants dans le monde actuel. Vous chercherez à susciter l’émotion et l’indignation de votre lecteur.

Comme chez Victor Hugo, votre réquisitoire partira de « choses vues ». Il s’élèvera ensuite à une dénonciation plus génale des abus. Il pourra se conclure par un appel à la mobilisation générale ou à des formes d’action.