Neveu de Napoléon Ier, croyant comme
lui à son Etoile, il puisait sa force d'agir dans le Mémorial
de Sainte-Hélène. Emule d'Henri IV par ses amours, mystérieux
et secret, inébranlable dans ses desseins, il parvint au pouvoir
après trente ans d'exil et six ans de prison.
Nourri d'idées libérales, sensible et généreux,
instinctivement porté à secourir les plus faibles, son premier acte
fut de rétablir le suffrage universel. Elu président de la IIde
République par le peuple entier, puis devenu empereur par un coup
d'Etat plébiscité à une écrasante majorité, il mit dès lors en application
le plan gigantesque qu'il avait longuement mûri : rendre à la France
sa puissance ruinée par Waterloo, révolutionner son économie et
son industrie, mettre fin au paupérisme et au chômage, doter les
ouvriers de droits syndicaux, de caisses de mutualité et de retraite.
En vingt ans, il décupla la fortune nationale. Les expositions de
1855 et 1867, la métamorphose de Paris - le Paris dHaussmann
attestent sa réussite.
La guerre de 1870, imposée par l'opinion et le
quatrième pouvoir, fait oublier ses victoires militaires (en Crimée
et en Italie) et diplomatiques. Inlassablement attaché au bonheur
des Français, défenseur acharné du droit des peuples à disposer
d'eux-mêmes, trait d'union nécessaire entre le passé et l'avenir,
il fut le Prométhée des temps modernes.
Portrait de Napoléon III brossé par Georges
Bordonove dans louvrage cité plus haut :
Napoléon Ier avait quarante-cinq ans quand son
règne prit fin. Napoléon III commence le sien à quarante-quatre
ans. C'est un homme mûr avec un début de calvitie. Il mesure 1,66
m. Son buste est trop long pour les jambes ; sa tête, trop grosse,
s'enfonce dans les épaules. Il marche à pas lents, sans élégance.
Il manque de majesté. Il a une certaine finesse de traits, mais
que dépare un nez disproportionné. Ses joues sont pâles, creusées
de cernes assez marqués ; ses yeux, gris-bleu. La moustache aux
pointes effilées recouvre des lèvres épaisses et colorées. La barbiche
allonge un menton assez féminin par son arrondi. La chevelure est
châtain clair. L'empereur n'est pas beau et manque de prestance,
sauf à cheval. Cependant, comme l'observait un gentilhomme anglais,
« il y a en cet homme quelque chose d'indéfinissable qui force l'attention.
Il a une certaine grâce qu'il ne tient ni de son tailleur, ni de
son coiffeur, ni de son bottier ».
Il a en effet un charme inexprimable ; on dirait
aujourd'hui un charisme. Il plaît et il en impose. Son regard, quand
il consent à le révéler, comme on livre une confidence, a un éclat
incomparable. Les femmes n'y résistent guère ! Mais, le plus souvent
et presque toujours, les paupières le voilent à demi. C'est l'empereur
aux yeux mi-clos, énigmatique! Il ne sait que trop combien le regard
trahit les sentiments, voire la pensée. Il a appris à le dissimuler,
de même à contrôler les expressions de son visage, ses mouvements
d'impatience et de colère. Il paraît impassible ; plus encore, vide
de pensées, absent. Pour cet être passionné, obsédé par une idée,
cette maîtrise de soi n'a pas été acquise en un jour. Il a dû s'imposer
une rude discipline.
- « J'ai approché de Napoléon 1er, disait Molé,
de Louis XVIII, de Charles X, de Louis-Philippe. Je pouvais à peu
près deviner sur leur figure le fond de leur pensée. Avec le prince
Louis, cela est impossible. »
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