| Les pages
indiquées font référence à l'édition Pocket "Bac 99" Les
femmes ont joué un rôle important pour Rousseau qui les évoque très souvent dans
son autobiographie. Pourtant les relations quil a entretenues avec elles
sont complexes. Ainsi, il a rencontré des femmes qui représentaient
une sorte didéal, des femmes rêvées. Dautres ont participé à des relations
avortées. On réservera une place plus importante à Mme de Warens. Parmi elles, on
peut placer Mlle de Vulson et Mlle Goton, femmes rêvées parce que le « héros »
na alors que huit ans. Elles sont toutes les deux
très importantes car elles représentent en quelque sorte le double archétype de
la féminité rêvée par Rousseau. Mlle de Vulson et le narrateur
entretiennent une « relation » presque platonique : « en labordant
ma joie était tranquille et nallait pas à lémotion » (p. 71) Mais
Mlle Goton représente, elle, le côté pervers de Rousseau : Mlle Goton « daign[e]
faire la maîtresse décole » avec Jean-Jacques (p. 70). On pourra lire
également son portrait page 70. Plus
tard, Rousseau aura encore loccassion dêtre doublement attiré par
deux autres jeunes filles : Mlle de Graffenried, quil présente comme
une jeune fille discrète et timide, et Mlle Galley, bien plus délurée. Ainsi,
au cours dune journée mémorable à la campagne, dans les environs dAnnecy,
en juin 1730. Dans cet épisode, cest Mlle Galley qui
se montre bien plus entreprenante : « Une fois, Mlle Galley, avançant
son tablier et reculant la tête, se présentait si bien, et je visai si juste que
je lui fis tomber un bouquet [de cerises] dans le sein ». Léquivoque
sexuelle est à son comble et la jeune fille prend nettement le dessus. Pourtant
Rousseau ne concrètisera pas avec elle et la correspondance tournera court même
si le narrateur affirme que « le regard de Mlle Galley [lui] avait vivement
ému le cur. » (p. 200) De
même, avec Mme Basile, la jeune marchande de Turin que le narrateur présente comme
« une brune extrêmement piquante » (p. 124), Rousseau aimera encore
à être dominé. Devant elle, il perd ses moyens : « Jétais embarrassé,
tremblant, je nosai la regarder, je nosai respirer auprès delle ;
cependant je craignais plus que la mort de men éloigner ». Il en devient
même fétichiste et ne se contente pas dêtre à ses pieds moralement, il aime
également à lêtre physiquement. La jeune femme na quà, « dun
simple mouvement du doigt », lui montrer la natte à ses pieds pour quil
sy jette (p. 126). Pourtant, avec ces femmes
rêvées, la relation naboutit pas. À chaque fois, Jean-Jacques
nose pas prendre linitiative et ce même sil sait que cest
à lui de faire un pas. Ainsi, lors de lépisode des
cerises, léquivoque est trop forte pour que le narrateur ny ait pas
vu un appel de la part de Mlle Galley mais il nentreprend rien. Au contraire,
sa timidité lemporte : « mais je nosai rien dire, et ce
nétait pas à elle de le proposer » (p. 200). Pourtant
il y a eu un rapide baiser de main : « Ma bouche, au lieu de trouver
des paroles, savisa de se coller sur sa main, quelle retira doucement
après quelle fut baisée, en me regardant dun air qui nétait
point irrité. » (on notera au passage la litote). La
même chose se produit avec Mme Basile. Le voilà à ses pieds, scène masochiste
par excellence. « Mais ce quon aurait peine à croire est que dans cet
état je nosai rien entrerprendre au-delà, ni dire un seul mot, ni lever
les yeux sur elle, ni la toucher même, dans une attitude si contrainte, pour mappuyer
un instant sur ses genoux » (p. 126) et plus loin : « toute ma
bêtise ne mempêchait pas de jugeait quelle partageait mon ambarras,
peut-être mes désirs, et quelle « tait retenue par honte semblable
à la mienne, sans que cela me donnât la force de la surmonter » (p. 127). Il
semblerait que Rousseau ne recherche pas réellement lacte sexuel, la consommation.
Pour aimer, il ne lui faut pas posséder mais adorer : « cet état, très
tourmentant pour [lui], faisait cependant [ses] délices » (p. 125). Lamour
ne va pas sans la souffrance. La jeune femme
allie en fait les deux facettes féminines : elle est mère et amante. Elle
est la mère. Lors de leur première rencontre, elle opte tout de suite pour un
comportement maternel quelle conservera par la suite. pour elle, Jean-Jacques
est demblée « mon enfant », p. 95. Le narrateur souligne
à de très nombreuses reprises sa bienveillance à son égard. Elle le loge et le
nourrit. Cette bienveillance est renforcée par une certaine autorité (on relèvera
les impératifs dans ses paroles). Pourtant, comme dautres,
elle est une femme désirée par le jeune homme. On peut relire lépisode de
la première rencontre, ainsi que les pages 165-166. Elle est « jolie »
et il est « enivré du charme de vivre auprès delle, du désir ardent
dy passer [ses] jours ». Il a beau dire quil
« voyai[t] toujours en elle une tendre mère, une sur chérie, une délicieuse
amie, et rien de plus », il nempêche quil en fera sa maîtresse
ensuite. |