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La première partie des Confessions est dabord
un long catalogue de descriptions de « fantômes », de personnages disparus, que
JEAN-JACQUES ROUSSEAU ressuscite par la magie du souvenir et de ses corollaires
: lanalyse morale et lanalyse philosophique. Les livres 6 à 12 auront
dautres forces, dautres contingences, en particulier la peinture de
gens avec qui JEAN-JACQUES ROUSSEAU est toujours en relation damitié. Dès
lors, la mécanique de la « réminiscence » nest pas autant établie : la distance
entre le locuteur du présent énonciatif et le personnage se réduisant, le souvenir
nest plus autant marqué par la distanciation du début de luvre. Les
livres en détail - Livre 1 : Il semble constitué
dune multitude de souvenirs qui, par accumulation, tracent lidée dun
Bonheur perdu, comme entaché dune faute originelle (la mort de la mère vécue
comme un matricide). Lidée de faute, renforcée par laccès à la sensualité
par la célèbre fessée qui, infligée sans motif reconnu par JEAN-JACQUES ROUSSEAU,
est en fait ontogénétique et va se retrouver de loin en loin comme un prémisse
indispensable à la construction de soi par étapes. La quête de soi rousseauiste
apparaît donc comme une quête initiatique à différents degrés qui à chaque fois
sont constitutives dun JEAN-JACQUES ROUSSEAU final, narrateur omniscient
et sexprimant régulièrement au présent dénonciation afin de dessiner
les enseignements philosophiques et moraux de telle ou telle aventure et ses conséquences
dans la constitution de lêtre de JEAN-JACQUES ROUSSEAU.
- Livre II : Plus concentré que le premier (JEAN-JACQUES ROUSSEAU de
0 à 16 ans), il raconte 9 mois juste de la vie de JEAN-JACQUES ROUSSEAU... autant
de mois que pour faire un petit homme... Ce qui semble illustré par la grande
volonté dindépendance qui le traverse et le meut durant tout le texte. JEAN-JACQUES
ROUSSEAU y renforce le sens de lautocritique, cest-à-dire de la distanciation
critique, à travers par exemple la lecture de Cervantès et donc lidentification
auto-parodique à Don Quichotte. Rêvant dêtre un héros (romantique avant
lheure ?), il rencontre Mme de Warens, se convertit au catholicisme, et
tombe de son piédestal en fautant dans laffaire du ruban volé où toutes
ses espérances seffondrent, figé quil est dans le remords et/ou, auparavant,
dans le regard de sa maîtresse... au terme du Livre II, cest donc un homme
qui doit tout apprendre, sans grande certitude sur quoi que ce soit qui souvre
au temps noir de lâge adulte. - Livre III
: Sur presque deux ans, JEAN-JACQUES ROUSSEAU présente les difficultés de la toute
fin de ladolescence. Ses velléités exhibitionnistes, révélatrices dun
mal à ÊTRE, à saffirmer révèlent toutes les difficultés qui chez le comte
de Gouvon va « parfaire » son instruction. Mme de Warens, encore une fois salvatrice,
va, à Chambéry, tenter d en faire un musicien. versatile, il finit par se
retrouver seul et sans appui après avoir rencontré des personnages peu recommandables
(Le Maistre, venture) ou auxquels il ne sera guère fidèle... malgré une onomastique
troublante qui fait hésiter entre lexemplarité du maître et laventure.
JEAN-JACQUES ROUSSEAU grandit donc malgré tout, apprend, en tire des enseignements
et se fixe une ligne de droiture et dhonneur peu compatible avec les vicissitudes
du siècle comme le disent bien des uvres littéraires de lépoque (Cf.
par ex. Le Neveu de Rameau de Denis DIDEROT) - Livre
IV : Période équivalente à la précédente, elle représente encore une
fois la chute de JEAN-JACQUES ROUSSEAU. Cette chute est cependant atténuée par
le début de sa propension à la rêverie et à son amour pour la nature et le voyage
« à pied », où les chimères, fidèles compagnes, le suivent en tout et partout. EN
GÉNÉRAL Plus on avance dans la lecture de ce
texte, plus le lecteur prend de limportance, jusquà laveu final
où JEAN-JACQUES ROUSSEAU laisse entendre quil est impossible pour le lecteur
dêtre passif et quau contraire, i l sagit pour lui de sen
remettre à la sagacité du lecteur qui a pour la moitié la responsabilité de la
réussite de lentreprise des Confessions. Dès lors, JEAN-JACQUES ROUSSEAU
semble marquer que son ontogenèse est en fait une ontogenèse double, comme si
le lecteur se construisait dans son rapport à JEAN-JACQUES ROUSSEAU qui, ainsi,
suniversalise comme sujet pensant ; un sujet pensant au compte duquel il
sagit de créditer toute une pensée philosophique. Les étapes de cette ontogenèse
pourraient être résumées ainsi :
- JEAN-JACQUES ROUSSEAU sent, il a lintuition des choses par le cur
et dans le même temps emprunte à lantiquité sa conscience citoyenne et républicaine.
- JEAN-JACQUES ROUSSEAU passe du ressenti
à la raison en sattachant à son corps qui devient le siège exclusif de sa
sensualité à lexclusion partielle de lesprit qui peut ainsi laisser
place à la rationalité. - JEAN-JACQUES
ROUSSEAU pense et regarde avec aridité et exigence son passé, le ton se fait noir
et pessimiste, les concessions disparaissent, JEAN-JACQUES ROUSSEAU jouit de sa
personnalité pleine et entière. Parallèlement, JEAN-JACQUES ROUSSEAU apprend à
aimer sans savoir se départir de sa versatilité (en amour comme en amitié) : le
cur nest plus le siège dune passion exclusive mais seule la
raison - encore bien faible... et faillible - gouverne.
Le narrateur - le JEAN-JACQUES ROUSSEAU lucide et penseur - établit en fait au
fuir et à mesure de ces quatre livres une véritable archéologie de sa pensée...,
de son être : il pense, il est. |