(Les
références sont faites à lédition Pocket « Bac 99 ») Au
XVIIIe siècle, la littérature traditionnelle n'aborde pas la sexualité
(même si des livres à caractère pornographique circulent sous le manteau). Pourtant
J.J. Rousseau, parce qu'il se veut fidèle à son projet autobiographique, évoque
sa sexualité dans son autobiographie ; une sexualité tourmentée marquée par
un certain masochisme, une horreur de lhomosexualité, un rejet des filles
de joie. Lévocation de cette sexualité est à la fois audacieuse pour cette
époque mais, dans luvre, elle est très pudique. De plus, elle n'est
pas gratuite mais est au contraire nécessaire. I. Une
sexualité tourmentée Il ne faut pas attendre longtemps
pour que le narrateur évoque sa sexualité : lépisode de la fessée à
Bossey le prouve (p. 55).
1. Le masochisme Rousseau
laffirme, cette fessée (punition) a eu des conséquences définitives sur
sa sexualité : il a gardé pour toujours ce goût pour la domination même sil
affirme quil a souvent préféré ne rien faire plutôt que de le demander à
sa partenaire (page 57-58). Évidemment, le narrateur perçoit
clairement ce goût comme une anomalie : « ce goût bizarre, toujours
persistant et porté jusquà la dépravation, jusquà la folie »
(p. 56). 2.
Lhomosexualité En
revanche, il se présente comme la victime lors des scènes « homosexuelles ».
Lors de la première, à Turin, il est trop innocent pour la comprendre (cf. pages
116-117) À chaque fois, il réagit avec dégoût (cf. le vocabulaire
utilisé : « une petite vilaine aventure assez dégoûtante » [p.
115], « Il me faisait mal au cur », « Jexprimai ma
surprise et mon dégoût » [p. 116]). Toutefois, lors de lévocation dun
troisième et dernier souvenir de cet ordre, à loccasion de son séjour à
Lyon, à la fin du livre IV, lattitude du religieux ne lui inspire plus de
réaction violente mais plutôt un discours (cf. p. 234-235).
3. Les filles de joie De
même, Rousseau déclare éprouver pour les prostituées une véritable aversion : « Javais
pour les filles publiques une horreur qui ne sest jamais effacée »
(cf. p. 57). 4.
Lonanisme Même
la masturbation est un acte coupable. Tout particulièrement celle des autres.
Il ny a quà évoquer la scène de lhospice des catéchumènes :
« mais tandis quil achevait de se démener, je vis partir vers la cheminée
et tomber à terre je ne sais quoi de gluant et de blanchâtre qui me fit soulever
le cur. » (p. 116) Sa propre masturbation est
également ressentie comme un vice ; cf. p. 165 (notamment le vocabulaire
utilisé) et p. 233 : « jétais sujet au même vice ; ce souvenir
men guérit pour longtemps ». Cette dernière citation
est loccasion de rappeler que cette sexualité tourmentée débouche alors
sur la frustration et sur une virginité prolongée (que Rousseau sempresse
de différencier de la chasteté). Pour
Rousseau, la sexualité est de lordre des choses ridicules et honteuses. II.
Un aveu pudique même sil est audacieux Dans les
Confessions, Rousseau aborde des thèmes quon naborde pas en
littérature au XVIIIe siècle.
1. Des scènes violentes les
scènes de masturbation les
scènes homosexuelles
la scène dexhibitionnisme à Turin début du livre III
(p. 142-143) 2. Une narration
retenue Pourtant
si la scène évoquée est violente et très suggestive, la narration, elle, reste
pudique. On peut ainsi noter l'utilisation de périphrases :
la fessée devient « la punition des enfants » (p. 55), le sexe masculin
est un « objet obscène » tandis que le sperme est le « je ne sais
quoi de gluant et de blanchâtre » (p. 116).
3. Lauto-dérision Rousseau,
pour atténuer la violence de son propos, peut profiter dune telle narration
pour se moquer de lui-même, ou plutôt de ladolescent quil était alors.
Lépisode des caves, au début du livre III en est lexemple parfait :
le personnage est ridiculisé (« Joffrais aux filles qui venaient au
puits un spectacle plus risible que séducteur », p. 142) et les conséquences
de l'épisode le font logntemps rougir. III. Une évocation
nécessaire Pourquoi alors raconter cela, au risque de
choquer le lecteur ? Cette narration na rien
de gratuit (ce nest pas de la pornographie ni même de lérotisme). Ces
aveux participent de son projet autobiographique. La narration de lépisode
de la fessée à Bossey constitue ainsi le premier des trois aveux difficiles que
voulaient faire Rousseau (le deuxième étant labandon de M. le Maistre et
le troisième lépisode du ruban volé). Évoquant la fessée, Rousseau écrit :
« Jai fait le premier pas dans le labyrinthe obscur et fangeux de mes
confessions. Ce nest pas ce qui est criminel qui coûte le plus à dire, cest
ce qui est ridicule et honteux. Dès à présent, je suis sûr de moi : après
ce que je viens de dire, rien ne peut plus marrêter » (p.58). Ainsi,
laveu de cette sexualité tourmentée est-il un élément de la stratégie de
lécrivain. Il participe au pacte autobiographique en tant que gage de la
sincérité de lauteur : « si jose dire de telles horreurs
qui me ridiculisent, penses-tu lecteur que je te cacherais autre chose, nécessairement
moins terrible ? » |