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Séquence proposée par Mme Martine Nolot
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Problématique : en quoi la réécriture permet-elle
d'enrichir la légende ?
Perspectives d'étude :
- l'intertextualité : le texte fait écho à d'autres textes
;
- les genres (conte, légende) et les registres (fantastique,
épique, tragique) ;
- l'argumentation : quel effet est produit sur les lecteurs
?
On propose une démarche en trois temps :
- Avant la lecture de l'œuvre de Flaubert, l'observation
des matériaux du Moyen Age : une légende écrite et un vitrail.
- A partir de cette observation et avant la lecture de l'oeuvre,
un travail de réécriture fait en classe par les élèves.
- Enfin, la lecture analytique de l'œuvre de Flaubert, en
confrontation avec ce travail de élèves.
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Travail préparatoire : qu'est-ce qu'une légende
?
Document 1 : la Légende
dorée
- Donnez un exemple.
- Lisez la légende de saint Julien racontée par
Voragine et délimitez les étapes du récit.
En classe : corrigé : les deux sens du mot " légende
", sens courant et sens religieux.
Présentation de La Légende dorée.
Observation de la légende de Saint Julien.
Les étapes du récit : la prédiction du cerf
: Julien tuera ses parents ; Julien cherche à échapper
à son destin par la fuite ; la prédiction s'accomplit
; Julien se repent : il est sauvé.
Analogie avec la légende d'dipe . La légende
de saint Julien commence par : "On trouve encore un autre Julien
qui tua son père et sa mère sans le savoir."
Le
vitrail de la cathédrale de Rouen commenté.
Travail préparatoire : qu'est-ce qu'une hagiographie
?
- Que retrouvez-vous de la légende dans le vitrail ?
En classe : rétroprojecteur : travail par groupes, reconstitution
des étapes du récit de la vie de saint Julien. Confrontation
avec la légende racontée par Voragine :
- les invariants ;
- les ajouts sur le vitrail : l'enfance de Julien est évoquée
dans trois scènes, au bas du vitrail ; Julien devient chevalier
au service d'un seigneur. Il part pour la guerre ; à la
fin, intervention du diable tentateur auquel Julien et sa femme
résistent.
- Phrase finale du conte : " Et voilà l'histoire
de saint Julien l'hospitalier, telle à peu près
qu'on la trouve, sur un vitrail d'église, dans mon pays
". On se demandera au cours de la séquence dans quelle
mesure Flaubert a été fidèle à ce
modèle.
Procéder à un exercice de réécriture
en classe, à partir des matériaux de base étudiés,
avant de lire l'uvre de Flaubert.
Objectifs : définir les attentes générées
par le titre.
Flaubert propose de raconter " la légende de saint
Julien l'hospitalier " ; par ailleurs cette uvre fait
partie d'un triptyque intitulé Trois contes. Problème
de genre : légende ou conte ? Rappel des caractéristiques
de la légende, du conte.
A partir de la légende de Voragine et du vitrail, écrivez
l'incipit d'un conte qui raconterait la légende de saint
Julien. Réécrivez pour cela la scène de la
prédiction du cerf ; vous prendrez soin de la préparer
pour mieux la mettre en valeur ; vous inscrirez votre texte dans
le genre du conte merveilleux.
Lecture de l'uvre de Flaubert : références
à l'édition de poche, Trois contes.
Travail préparatoire : notez ce qui vous a surpris à
la lecture du conte de Flaubert ; qu'avez-vous aimé ? Dites
aussi ce qui vous a déçu(e).
On retrouve les passages obligés du récit de vie
: origines, enfance et formation, épreuves et mort (cf,
le biographique)
Comparaison avec la légende de Voragine et avec le vitrail
: les choix de Flaubert.
- Importance de l'enfance (17 pages, la 1° partie), suggérée
par le vitrail et développée chez Flaubert.
- Les exploits guerriers du chevalier, inspirés du vitrail
(document joint), sont également développés.
- Le diable, en revanche, présent sur le vitrail, disparaît
dans le conte.
- Le rachat et la mort (9 pages) sont moins développés
que dans les deux modèles du Moyen âge.
Quels sens donner à ces transformations ?
-un public différent
-des intentions différentes
Travail préparatoire : en quoi consiste l'amplification
à laquelle s'est livré Flaubert par rapport à
la légende racontée par Voragine ?
L'auteur amplifie considérablement ce début en
rajoutant la description du château fort, les différentes
prophéties, les scènes de chasse. Quels sont les
effets produits ?
Inscription du conte dans la réalité du Moyen
Age, en même temps que dans le conte merveilleux.
La classe est divisée en deux groupes : l'un travaille
sur les passages décrivant le château fort au Moyen
âge, l'autre sur les scènes de chasse à l'époque.
L'étude précise du lexique montrera que le texte
est très réaliste.
Cette séance durera deux heures : elle
a pour objectif de confronter le travail de réécriture
effectué par les élèves, avec celui de Flaubert
: ainsi les choix de l'auteur apparaîtront plus clairement.
Corrigé du devoir : comment mettre en valeur
la scène de la prédiction du cerf ?
La préparation de la scène par Flaubert: montée
progressive de la cruauté de Julien.
Confrontation : la scène du cerf chez Voragine et chez
Flaubert : le travail de réécriture.
Lecture analytique n°1: " De l'autre côté
du vallon
ferma doucement ses paupières, et mourut
", chap.1, pages 69-70, livre de poche.
- Quelles sont les différences entre les deux textes
?
- Le merveilleux, la force de l'oracle.
- La figure stoïque et puissante du cerf : les adjectifs
et les images lui confèrent une dimension religieuse
: une figure christique ?
- Le registre pathétique.
- Le symbolisme : Julien tue le père, la mère
et l'enfant.
- Postparation : comment Flaubert est-il parvenu à donner
toute sa force à cette scène ?
On retrouvera le cerf lors de la mort des parents.
Quels échos trouvez-vous encore dans ce conte ?
- Les échos et symétries d'une partie à l'autre
dans le conte.
- fin de la 1° partie, fuite de Julien : il quitte le monde
de l'enfance : " Julien s'enfuit du château, et ne
reparut plus ", page 72.
- fin de la 2° partie, fuite de Julien : il abandonne la richesse
et les biens de ce monde: " Il finit par disparaître
", page 88.
- fin de la 3° partie, dernier départ de Julien : il
quitte la terre pour le ciel : " Julien monta dans les espaces
bleus, face à face avec Notre-Seigneur Jésus, qui
l'emportait dans le ciel ", page 97.
- Les échos à l'intérieur des parties : travail
par groupes et échanges des réponses.
Exemples :
- trois prédictions sur l'enfant : celle de l'ermite faite
à la mère, celle du mendiant faite au père,
celle du cerf faite à Julien lui-même.
- trois références à la mort des parents
: lors de la prédiction (chap.1), Julien croit ensuite
tuer son père et sa mère lors de gestes maladroits
(chap.1), le véritable meurtre (chap.2)
- Les scènes inversées : Julien héros au
début du chapitre 2, devient un anti-héros au cours
de ce chapitre : " Un pouvoir supérieur détruisait
sa force ", page 83. Les animaux de la forêt lui échappent.
" Une ironie perçait dans leurs allures sournoises
", page 84.
(" Sa soif de carnage le reprenait
dans tout l'appartement
", pages 85-86)
L'art de la mise en valeur d'une scène : confrontation
avec le récit de Voragine.
- L'art de la préparation : la montée progressive
du désir de tuer : " Les bêtes manquant, il
aurait voulu tuer des hommes ", page 85.
- Le souci du réalisme
- L'esthétique, la poétisation : importance des
couleurs et du détail : " le reflet écarlate
du vitrail, alors frappé par la soleil, éclairait
ces tâches rouges. "
- L'ironie tragique
- La force de l'implicite : suppression des réactions
de Julien présentes dans la légende (le pathos).
Flaubert préfère l'implicite et la sobriété.
- Postparation : qu'est-ce qui contribue à rendre cette
scène poétique ?
La question du genre.
Flaubert s'inspire de modèles :
- le récit hagiographique : les passages obligés
de la vie d'un saint.
- le conte merveilleux : les prédictions comme dans un
conte de fée ; Flaubert multiplie les prophéties
et les signes.
- l'épopée et le roman de chevalerie.
Lecture cursive du début du chapitre 2, pages 73 à
75. Caractérisez le registre de ce passage ; quels procédés
permettent de le reconnaître ?
Les conventions et la mise à distance : pastiches ou parodies
? Relevé de quelques expressions ironiques.
Les intentions de la légende. Pour le public du
Moyen âge : il s'agit de raconter une légende édifiante
: importance de la repentance.
Flaubert a-t-il la même intention ? Recherche d'éléments
de réponse.
- Etude d'un motif particulier : le passeur qui ouvre sur le
voyage vers l'au-delà.
- Comparaison avec la légende de Voragine : Julien passe
un lépreux envoyé de Dieu.
- Comparaison avec le vitrail : Julien passe le Christ lui-même.
Chez Flaubert, le lépreux a " une majesté de
roi ", page 94 ; la traversée est difficile, mais
Julien comprend qu'il s'agit " d'un ordre auquel il ne fallait
pas désobéir ".
Comparaison avec la légende de saint Christophe.
Approfondissement de la réflexion sur
les intentions de l'auteur.
(La scène finale : " Quand ils furent arrivés
dans la cahute,
qui l'emportait dans le ciel ", pages
95-97).
Confrontation avec la légende de Voragine. L'histoire est
à peu près la même : dans la légende,
le lépreux vient annoncer le salut de Julien et de sa femme
; dans le conte, Julien est seul et on assiste à son salut.
Les ajouts de Flaubert :
- réalisme poignant de la scène.
- réécriture de scènes bibliques : les paroles
du Christ : " J'ai faim
j'ai soif
j'ai froid.
" (extrait de l'Évangile
de Matthieu)
" Il alla chercher la cruche
C'était du vin ;
quelle trouvaille ! "
- poésie et symbolisme : " Julien
comme au jour
de sa naissance ".
- transfiguration féerique de la fin après la scène
d'amour : une vision du paradis.
- reprise du motif du vitrail : l'ascension : l'âme de Julien
est emportée vers le Christ en majesté, au sommet
du vitrail (document joint)
- Quelle intention ? plutôt une uvre d'art au charme
poétique.
- Postparation : en quoi consiste ici le travail de réécriture
?
Entraînement à l'oral sur un texte non étudié
: l'extrait, pages 76-77, la description du palais : "
C'était un palais de marbre blanc
ou l'écho d'un
soupir ".
Question : s'agit-il d'un pastiche ou d'une parodie ?
Le travail réalisé par les élèves
jusque là devrait leur permettre de repérer le pastiche
du conte, teinté d'ironie.
En quoi la réécriture permet-elle
d'enrichir la légende ?
Ici, création d'une uvre poétique
: recherche d'échos à l'intérieur de l'uvre,
symbolisme des scènes, des lieux, des animaux,
Intertextualité : pastiche et parodie, clins d'il au
lecteur
Effets esthétiques.
La séquence suivante pourrait poursuivre l'étude
sur la poésie.
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