Reflets  n° 9 - 28 mars 2007
la shoah, mémoire commune
plaque émaillée : "les Juifs sont indésirables ici"
plaque émaillée : "les Juifs sont indésirables ici"
 
"La mémoire de la Shoah ne relève plus exclusivement de l'Histoire. C'est une mémoire commune. En prenant cette place centrale, elle est devenue un point d'articulation et de frottement avec d'autres mémoires, celle de la Résistance par exemple, qui a longtemps occulté l'importance du crime raciste et de l'entreprise de nettoyage social mise en place par les nazis."
| Philippe Mesnard, maître de conférences en littérature moderne, université de Marne-la-Vallée, Consciences de la Shoah. Critique des discours et des représentations, éd. Kimé, 2000.
 

"Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c'est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui pour un non.
Considérez si c'est une femme
Celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu'à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N'oubliez pas que cela fut,
Non, ne l'oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre coeur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant
Répétez-le à vos enfants
Ou que votre maison s'écroule
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous."
| Primo Levi, écrivain italien

Primo Levi a été déporté à Auschwitz III.
> Si c’est un homme (Se questo è un uomo) de Primo Levi
"Le seul fait qu'un Auschwitz ait pu exister devrait interdire à quiconque, de nos jours, de prononcer le mot de Providence". (Si c’est un homme)

Birkenau - Photo © Richard Soberka www.photoway.com
Photo © Richard Soberka www.photoway.com
 
"Dans les camps, l’homme devient cet animal capable de voler le pain d’un camarade, de le pousser vers la mort.
Mais dans les camps, l’homme devient aussi cet être invincible capable de partager jusqu’à son dernier mégot, jusqu’à son dernier morceau de pain, jusqu’à son dernier souffle, pour soutenir les camarades. C’est à dire, ce n’est pas dans les camps que l’homme devient cet animal invincible. Il l’est déjà. C’est une possibilité inscrite dès toujours dans sa nature sociale. Mais les camps sont des situations limites, dans lesquelles se fait plus brutalement le clivage entre les hommes et les autres. Réellement, on n’avait pas besoin des camps pour savoir que l’homme est l’être capable du meilleur et du pire. C’en est désolant de banalité, cette constatation."
| Jorge Semprun, écrivain espagnol, Le grand voyage, 1963
Jorge Semprun a été déporté à Buchenwald.
> L’Ecriture ou la vie de Jorge Semprun
 
"Cessez enfin de répéter qu'Auschwitz ne s'explique pas, qu'Auschwitz est le fruit de forces irrationnelles, inconcevables pour la raison, parce que le mal a toujours une explication rationnelle. Écoutez-moi bien, ce qui est réellement irrationnel et qui n'a pas vraiment d'explication, ce n'est pas le mal, au contraire : c'est le bien."
| Imre Kertész, écrivain hongrois, déporté à Auschwitz en 1944, prix Nobel de Littérature 2002, Kaddis a meg nem született gyermekért (Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas)
 
"Tout ce que Rudolf (Höss) fit, il le fit non par méchanceté, mais au nom de l'impératif catégorique, par fidélité au chef, par soumission à l'ordre, par respect pour l'État. Bref, en homme de devoir : et c'est en cela justement qu'il est monstrueux."
| Robert Merle, écrivain français, la Mort est mon métier, 1953
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